Sables bitumineux: l’ONE prévoit une croissance de 73 % de la production d’ici 2040

Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne

La production des sables bitumineux pourrait augmenter de près de 75 % d’ici 2040, indique une nouvelle analyse détaillée sur l’« avenir énergétique » du Canada publiée par l’Office national de l’énergie (ONE). La production du secteur dépasserait alors les 4,5 millions de barils par jour.

Dans le cadre d’une série de documents produits pour la première fois afin d’« explorer diverses possibilités qui pourraient s’offrir aux Canadiens à long terme », l’organisme fédéral a analysé différents scénarios de croissance du secteur des sables bitumineux.

L’ONE a ainsi établi un « scénario de référence » qui permet d’entrevoir une croissance soutenue de la production des sables bitumineux pendant plus de 20 ans. En vertu des projections de l’Office, la production quotidienne pourrait atteindre « un peu plus de 4,5 millions de barils par jour en 2040 ».

Une telle option, qui équivaut à 1,6 milliard de barils par année, représenterait une augmentation de 73 % par rapport à la production de 2016, qui s’élevait à 2,6 millions de barils par jour. Déjà, rappelle l’ONE, la production quotidienne des sables bitumineux est passée de 1,6 million à 2,6 millions de barils entre 2010 et 2016.

Besoin de pipelines

Qui plus est, la croissance du secteur ira de pair avec une augmentation de la production in situ, qui nécessite d’injecter dans le sol un mélange de vapeur et de solvants qui permet de chauffer le bitume avant de le pomper. Quelque 80 % des gisements recensés devront être exploités de la sorte, selon l’ONE.

Les scénarios établis dans le cadre de cette analyse publiée jeudi supposent toutefois des prix en hausse pour le baril de pétrole, « qui atteignent 80$ US le baril en 2027 », une demande soutenue et de la disponibilité des infrastructures de transport au Canada. « La disponibilité de l’infrastructure pipelinière voulue influera sur les prix du pétrole brut au Canada et sur la rentabilité des activités de production », note d’ailleurs l’ONE.

Les trois projets de pipelines actuellement en développement (Trans Mountain, Keystone XL et le remplacement de la Ligne 3) seraient insuffisants pour transporter tout ce pétrole puisqu’ils équivalent à 2,5 millions de barils par jour. Il manquerait donc toujours l’équivalent de deux pipelines Énergie Est pour pouvoir exporter la production des sables bitumineux envisagée pour 2040.

Six millions de barils

Outre le pétrole des sables bitumineux, le Canada continuera par ailleurs de produire du pétrole traditionnel et du pétrole de schiste, à raison de 1,4 million de barils par jour en 2040, selon un autre document produit par l’ONE et publié jeudi.

Cela signifie que la production pétrolière canadienne pourrait avoisiner les 6 millions de barils par jour en 2040. Et le Canada possède les troisièmes réserves pétrolières mondiales, soit quelque 173 milliards de barils.

Les données de l’Office sont cohérentes avec celles de l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP), qui indiquent pour leur part que la croissance prévue du secteur pétrolier fera passer la production quotidienne de 3,85 millions de barils, en 2016, à 5,1 millions de barils en 2030. La production des sables bitumineux augmenterait alors à 3,7 millions de barils par jour, soit une hausse de la production d’un peu plus de 53 %.

Les plus récentes données fédérales indiquent que le secteur pétrolier et gazier compte pour 26 % des émissions de gaz à effet de serre du pays. Il devance donc les transports, qui se situent à 24 %. Qui plus est, depuis 1990, les émissions de l’exploitation de pétrole et de gaz ont augmenté de 76 %. Les émissions provenant de l’extraction des sables bitumineux ont quant à elles « plus que quadruplé ».

Dans un contexte de lutte contre les changements climatiques, des institutions internationales ont d’ailleurs annoncé leur intention de retirer leurs investissements du secteur pétrolier, voire de celui des sables bitumineux. C’est le cas de la Banque mondiale, qui a annoncé en décembre qu’elle cessera de financer des projets d’énergies fossiles après 2019.

7 commentaires
  • Bruno Detuncq - Abonné 26 janvier 2018 07 h 41

    Mauvaise nouvelle pour la planète

    L’industrie des sables bitumineux et les organismes qui les financent poussent au développement de la filière la plus polluante et négative pour la planète. C’est comme s’ils ne savaient pas lire les rapports du GIEC et que les changements climatiques ne les concernent pas. Tous les humains sont concernés.

    Certaines précisions sont à apporter l’article de monsieur Shilds. Premièrement, l’extraction du pétrole des sables bitumineux est la pire filière d’extraction du pétrole de l’ouest et le mode ‘in situ’ est encore plus nocif que celle par excavation. La raison en est que l’énergie qui doit être employée pour extraire le pétrole de ces sables est énorme par rapport à l’énergie que l’on récupère par le pétrole extrait. Cela s’appelle le ‘Taux de retour énergétique’. Pour un pétrole conventionnel, ce taux est actuellement d’environ 15 à 1. C’est-à-dire qu’il faut 1 baril de pétrole en termes d’énergie pour en produire 15. Pour la méthode ‘in site’, on a un taux d’environ 3 à 1. Toute l’énergie utilisée pour l’extraction produit alors des émissions de CO2 beaucoup plus élevées que toutes les autres filières énergétiques et beaucoup moins d’énergie utilisable par les humains.

    Deuxièmement, les réserves de 175 milliards de barils de pétrole représentent ce qui est sous terre et est loin d’être ce qui peut réellement être exploité. Une bonne part des sables bitumineux resteront sous terre, car ils sont soit trop profondément enfouis, soit de concentration trop faible. La proportion de pétrole actuellement produite est en moyenne de 12 % de la masse, le reste étant du sable, de l’eau et des métaux lourds. Prétendre que le Canada possède la troisième réserve de pétrole mondiale est un abus de langage et fait fi de la réalité physique.

    Il faut cesser de développer la forme d’énergie la plus polluante, surtout que ce développement vise l’exportation. Il nous faut modifier notre mode de vie, de consommer et de voter.

    Bruno Detuncq

    • Diane Germain - Abonné 26 janvier 2018 10 h 24

      Tout à fait d'accord.

  • Diane Germain - Abonné 26 janvier 2018 08 h 57

    Poursuite contre le gouvernement canadien?

    Si les Québécois peuvent poursuivre Volkswagen pour leur avoir pollué l'air durant des années par des véhicules truqués, pourquoi les Canadiens ne pourraient pas poursuivre leur gouvernement pour avoir laissé des compagnies exploiter les sables bitumineux, générant ainsi d'immenses quantités de CO2, en plus de polluer l'air et d'acidifier les océans, et ce en toute connaissance de cause?

    Au fait, on dirait que les scientifiques de l'ONE ne lisent pas les rapports du GIEC ou du PNUE, ou les ignorent totalement.

  • André Côté - Abonné 26 janvier 2018 10 h 02

    Double langage trompeur

    Et à Ottawa, on continue d'affirmer, sans sourciller, qu'on travaille fort pour améliorer notre environnement. Faut-il en rire ou en pleurer? À part ceux qui en tirent un profit financier immédiat, qui donc peut bien vouloir de cette saloperie de sables bitumineux? Et en plus, on autorise les forages exploratoires en mer, bien sûr, juste pour savoir si... Est-ce cela qu'on appelle le double langage?

  • Jean Roy - Abonné 26 janvier 2018 10 h 07

    Est-ce qu’on va s’en sortir, un jour?

    Voilà quelques temps, les gens de l’est ont poussé un gros ´OUF!´ de soulagement: les nouvelles du jour nous suggéraient que le développement des pipelines dans l’ouest suffirait pour desservir la hausse de production de pétrole prévue.

    La nouvelle nouvelle du jour nous dit, ce matin, que les ambitions de l’ONE semblent avoir été revues à la hausse... et nous suggère que, dans ce contexte, le pipeline d’Energie-Est redeviendrait nécessaire!

    Et pendant ce temps-là, notre beau grand chef canadien continue de se draper sous une verte couverture...

  • Gilles Théberge - Abonné 26 janvier 2018 13 h 25

    Ça prouve que les politiciens parlent des deux côtés de la bouche en même temps. Et Trudeau est spécialiste en cette matière.

    Attention, un boomerang, ça revient...