Ottawa investit 20 millions pour lutter contre la carpe asiatique

La carpe de roseau est l'une des quatre espèces de carpes asiatiques.
Photo: iStock La carpe de roseau est l'une des quatre espèces de carpes asiatiques.

Le gouvernement fédéral a confirmé mardi des investissements de 20 millions de dollars sur cinq ans dans la lutte contre la carpe asiatique, une espèce envahissante particulièrement vorace qui est déjà présente également au Québec.

Dans le cadre du dernier budget, le gouvernement Trudeau avait prévu des investissements totaux de 43,9 millions sur cinq ans pour lutter contre différentes espèces envahissantes qui menacent la biodiversité au pays.

Preuve du sérieux de la menace que représente la carpe asiatique, près de la moitié de cette enveloppe sera consacrée à cette famille de quatre espèces de poissons, qui a fait des ravages dans les cours d’eaux américains au cours des dernières décennies.

Selon ce qu’a fait valoir mardi Pêches et Océans Canada par voie de communiqué, le budget de quatre millions de dollars par année servira essentiellement à « poursuivre les efforts de prévention par la surveillance aux fins d’alerte précoce, l’établissement de partenariats et les activités de sensibilisation ».

Milieu propice

Ce financement permettra à Ottawa de poursuivre le Programme de lutte contre la carpe asiatique « pour accroître la protection de nos Grands Lacs et pour préserver nos pêches ».

Il faut dire que les « évaluations des risques » réalisées par le Canada et les États-Unis montrent que les Grands Lacs « contiennent assez de nourriture et offrent un habitat adéquat pour la carpe à grosse tête, la carpe argentée et la carpe de roseau, ce qui favorise leur invasion et leur établissement ».

La menace de la carpe asiatique est d’autant plus évidente que sa présence a été confirmée au début de 2017 dans les Grands Lacs. Pêches et Océans Canada admet d’ailleurs que « les conséquences écologiques de la présence de la carpe de roseau dans la plupart des zones du bassin des Grands Lacs pourraient être extrêmement graves dans les 50 prochaines années ».

Présente au Québec

Pourquoi ? Prédateur indélogeable, une telle bête peut mesurer plus d’un mètre, dépasser les 45 livres et vivre plus de 20 ans. Elle pèse au moins deux livres après sa première année de vie, ce qui fait qu’elle ne peut être une proie pour d’autres espèces. Et elle mange chaque jour l’équivalent du tiers de son poids, en plus de tolérer une grande gamme de températures et de faibles concentrations d’oxygène.

Côté américain, où les carpes ont été introduites accidentellement dans le Sud du pays dans les années 1970, leur capacité d’adaptation a d’ailleurs été phénoménale. Dans la rivière Illinois, à quelques dizaines de kilomètres des Grands Lacs, les carpes représentent à certains endroits plus de 90 % de la biomasse animale du cours d’eau.

La carpe asiatique, et plus précisément la carpe de roseau, est aussi déjà présente au Québec. Les travaux du ministère de la Faune ont permis en 2016 de détecter la présence de cette espèce à 16 endroits le long du Saint-Laurent, mais aussi dans les rivières Richelieu et Saint-François. Des preuves qui s’ajoutent à la prise, en 2016, d’une carpe de roseau de plus de 60 livres, dans le secteur de Contrecoeur.

Une fois installée, cette carpe risque donc de provoquer des ravages dans l’écosystème du fleuve, mais aussi des rivières et des lacs qu’elle pourra coloniser. Les cours d’eau du sud de la province représentent en effet un milieu très propice pour la carpe, de l’aveu même du ministère de la Faune.

Pour le moment, un budget de 1,7 million de dollars est prévu sur trois ans pour la lutte contre la carpe asiatique au Québec.

La carpe, poisson comestible

Est-ce qu’il est possible de manger de la carpe asiatique ? La question a été posée à plusieurs reprises cette semaine. Après tout, si l’espèce en venait à abonder dans les cours d’eau de la province, pourquoi ne pas tenter de lui trouver une utilité culinaire ? Aux États-Unis, des chefs ont trouvé des façons d’apprêter ce poisson. Même que des tests à l’aveugle menés par une équipe de recherche de l’Université du Missouri ont démontré que les consommateurs appréciaient la chair de la carpe. Mais encore faut-il qu’ils ignorent qu’ils mangent de la carpe. Ironie du sort, en Chine, d’où la carpe asiatique est originaire et où elle est consommée depuis des siècles, on ne boude pas la carpe en provenance des États-Unis. Des entreprises américaines en exportent donc plusieurs milliers de tonnes chaque année, non seulement vers la Chine, mais vers d’autres marchés ailleurs dans le monde.