Le monde entre «dans une période critique», prévient Davos

Une femme marche dans les rues inondées d’Immokalee, en Floride. Cette petite ville a été durement frappée par l’ouragan «Irma», en septembre dernier.
Photo: Spencer Platt Getty Images Agence France-Presse Une femme marche dans les rues inondées d’Immokalee, en Floride. Cette petite ville a été durement frappée par l’ouragan «Irma», en septembre dernier.

L’humanité entre « dans une période critique où les risques sont intensifiés », avertit le Forum économique mondial dans son rapport 2018 sur les risques planétaires. Un document qui insiste sur la multiplication des crises environnementales, des affrontements politiques et économiques, mais aussi des risques de guerre impliquant de grandes puissances.

Les menaces croissantes pour l'environnement dominent toutefois le Global Risks Report sur la perception des risques dans le monde pour la deuxième année consécutive, selon ce qui se dégage de l’enquête menée auprès de 1000 experts du milieu des affaires, des universitaires et divers autres acteurs majeurs de la scène internationale.

Le Forum économique mondial a d’ailleurs souligné mardi que ce nouveau rapport « met en évidence de nombreux domaines où nous poussons les systèmes jusqu’à leur limite, que ce soit en provoquant un taux trop élevé d’extinction des espèces, une réduction trop importante de la biodiversité, ou en nous dirigeant vers la possibilité de nouvelles guerres ».
 

Les risques environnementaux, conjugués à une vulnérabilité croissante à d’autres risques, menacent maintenant sérieusement les fondements de la plupart de nos biens communs

 

Pas moins de 59 % des experts interpellés dans le cadre de cette enquête annuelle ont fait part d’une « intensification des risques », et seulement 7 % d’une « baisse des risques ». Ce pessimisme pour 2018 s’explique en partie par la détérioration du paysage géopolitique international : 93 % des sondés affirment qu’ils s’attendent à une aggravation des affrontements politiques ou économiques entre grandes puissances, et près de 80 % « s’attendent à une augmentation des risques de guerre impliquant les grandes puissances ».
 

L’enquête, menée dans le contexte de la première année de la présidence de Donald Trump, met aussi en garde contre des « chocs futurs » qui présentent des risques internationaux, dont l’émergence de « nouvelles vagues de populisme » qui « menacent l’ordre social dans une ou plusieurs démocraties matures ». Le rapport établit de même des risques de « guerres commerciales en cascade » auxquelles les institutions multilatérales, « trop faibles », ne pourraient répondre.

Risques environnementaux

Au-delà de ces risques éminemment politiques, l’environnement demeure, et de loin, la principale préoccupation, comme c’était déjà le cas en 2017. Invités à hiérarchiser les 30 premiers risques mondiaux en matière de probabilité et d’impact, les experts ont même placé les cinq risques environnementaux dans le peloton de tête des deux classements.

Or, ces risques ont tous un potentiel d’impacts dévastateurs pour la vie humaine sur Terre : les conditions météorologiques extrêmes, la perte de biodiversité et l’effondrement de l’écosystème, les catastrophes naturelles majeures, les catastrophes écologiques causées par l’homme et l’échec de l’atténuation du changement climatique et de l’adaptation.

« Les phénomènes météorologiques extrêmes ont encore une fois été classés au premier rang des risques globaux en matière de probabilité et d’impact. Les risques environnementaux, conjugués à une vulnérabilité croissante à d’autres risques, menacent maintenant sérieusement les fondements de la plupart de nos biens communs », a prévenu mardi Alison Martin, du bureau de l’analyse de risques du Zurich Insurance Group, une multinationale de l’assurance active dans plus de 170 pays et territoires.

 
Photo: David McNew Archives Getty Images/AFP

« Malheureusement, la réaction des gouvernements et des organisations face au changement climatique est bien trop tardive », a-t-elle ajouté, faisant écho à un risque clairement établi dans le rapport publié à quelques jours du Forum économique mondial de Davos. Dans une analyse publiée mardi, Alison Martin souligne que la communauté internationale est toujours très loin de respecter l’objectif de l’Accord de Paris, soit de limiter le réchauffement global à 2 °C d’ici la fin du siècle.

Occasions à saisir

D’un autre côté, les risques économiques occupent une place moins importante cette année, ce qui conduit certains experts à s’inquiéter que l’amélioration des taux de croissance du PIB mondial n’engendre une certaine complaisance au sujet des risques structurels des systèmes économiques et financiers mondiaux.

Dans ce contexte, « la reprise économique, qui se généralise chaque jour, nous offre une occasion que nous ne pouvons pas gaspiller pour faire face aux fractures qui ont sous nos yeux affaibli les institutions, les sociétés et l’environnement dans le monde », estime Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du Forum économique mondial.

« Nous devons prendre au sérieux le risque d’un effondrement global des systèmes. Ensemble, nous disposons des ressources et des nouvelles connaissances scientifiques et technologiques pour empêcher cela. Le défi consiste surtout à trouver la volonté et l’élan de travailler ensemble pour un avenir commun », a-t-il fait valoir, mardi, dans une déclaration écrite.

5 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 17 janvier 2018 17 h 09

    SUGGESTION DE LECTURE

    « Homo oeconomicus ou Homo situs ? Un choix de civilisation » par Hassan Zaoual
    https://www.cairn.info/revue-finance-et-bien-commun-2005-2-page-63.htm

    À lire avant la lecture du rapport du Forum économique mondial.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 18 janvier 2018 14 h 12

    Les donneurs de leçon de Davos ou le renard qui veut faire la leçon aux poules...

    Toutefois, ce n'est pas, comme l'affirme Klaus Schwab, initiateur de Davos, parce que "la reprise économique, qui se généralise chaque jour, nous offre une occasion que nous ne pouvons pas gaspiller pour faire face aux fractures qui ont sous nos yeux affaibli les institutions, les sociétés et l’environnement dans le monde" que nous pourrons éviter la catastrophe, mais bien plutôt par une solide remise en question de la présence du renard dans le poulailler, c.-à-d. de la place occupée dans nos sociétés par le système capitaliste. Car celui-ci ne carbure qu'à "faire de l'argent avec de l'argent", que ce soit par le paiement de dividendes sur le capital investi ou par le versement d'intérêts sur des prêts consentis, le tout nécessitant une sempiternelle croissance économique. Or la croissance est un phénomène exponentiel qui au bout d'un temps défini fini par nécessiter le double de ce qui était initialement requis. Par exemple, une croissance économique de 3% par année après 25 ans requiert d'avoir doublé la production de départ, pour 2% c'est après 35 ans... Dans tous les cas, ce système finit par défoncer les capacités en ressources de la planète, non seulement en générant des inégalités criantes, mais encore en détruisant les équilibres terrestres. Alors pour que ce système continue à se maintenir, le monde financier a créé de l'argent scriptural en prêtant de l'argent qui n'existe pas! Sur une colonne, l'institution bancaire inscrit une sortie d'argent et sur l'autre une entrée d'argent, le solde au bilan étant nul pour la banque, mieux on inscrit comme revenus les paiements des intérêts... comme s'il y avait eu création de richesse pour le justifier, alors que toute l'opération n'est que virtuelle. Par la suite, il faudra donc qu'il y ait croissance des activités économiques réelles pour compenser. On se retrouve ainsi comme dans Alice au Pays des Merveilles avec la course de la reine rouge qui doit courir sans cesse pour se maintenir sur place.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 18 janvier 2018 14 h 41

    Le renard dans le poulailler (suite)

    Alors pour que ce système continue à se maintenir, le monde financier a créé de l'argent scriptural en prêtant de l'argent qui n'existe pas! Sur une colonne, l'institution bancaire inscrit une sortie d'argent et sur l'autre une entrée d'argent, le solde au bilan étant nul pour la banque, mieux on inscrit comme revenus les paiements des intérêts... comme s'il y avait eu création de richesse pour le justifier, alors que toute l'opération n'est que virtuelle. Par la suite, il faudra donc qu'il y ait croissance des activités économiques réelles pour compenser. On se retrouve ainsi comme dans Alice au Pays des Merveilles avec la course de la reine rouge qui doit courir sans cesse pour se maintenir sur place.

    Comment alors sortir de ce cercle vicieux?

    Il faudra que des contraintes extérieures viennent perturber durablement le monde de la finance jetant à terre les "too big to fail" pour qu'une crise oblige l'humanité à revoir ses pratiques. Le texte, "Sortir de l’entreprise-monde pour reconquérir notre temps", publié par Yves-Marie Abraham dans les pages du Devoir le jeudi 4 janvier dernier en esquisse certains contours ( http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-soci ) . Mais surtout le livre de Harvey Mead, "Trop tard. La fin d'un monde et le début d'un nouveau" (édition Écosociété, 2017), en dresse un portrait réaliste.

    • Gilbert Troutet - Abonné 18 janvier 2018 17 h 27

      Vous avez entièrement raison. Voir pour cela la réflexion très approfondie de Harvey Mead, qui prévoit ni plus ni moins un « effondrement » à moyenne échéance. Les grands apôtres de Davos sont eux-mêmes à l'origine de cette situation : le système économique actuel, qui prône la croissance infinie, va à sa perte. Il est déjà trop tard pour l'épuisement des ressources planétaires et il semble impossible de réformer le système économique que nous connaissons, à moins de changer radicalement les habitudes de vie dans les pays développés.

  • François Beaulé - Abonné 18 janvier 2018 16 h 47

    Des changements radicaux sont nécessaires

    Le Forum économique mondial a conscience des conséquences du développement économique réalisé principalement sous l'impulsion du marché.

    Il lui reste à établir comment les gouvernements des États pourraient se placer au-dessus du marché pour modifier nos modes de vie et imposer aux entreprises la production de biens durables.

    « Nous disposons des ressources et des nouvelles connaissances scientifiques et technologiques » mais il est douteux que le libre marché arrive seul à ordonner l'économie. Il n'est pas certain que le capitalisme soit compatible avec la sauvegarde de la nature.