La SEPAQ tente de redresser la barre

Le p.-d.g. de la SEPAQ, John MacKay, dit vouloir miser sur une approche plus «commerciale» que «comptable».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le p.-d.g. de la SEPAQ, John MacKay, dit vouloir miser sur une approche plus «commerciale» que «comptable».

Après avoir raté ou abandonné plus du tiers des cibles de son dernier plan stratégique, la SEPAQ croit avoir trouvé la bonne recette pour accroître la fréquentation de ses parcs et rajeunir sa clientèle. En entrevue au Devoir, son président-directeur général, John MacKay, admet les erreurs du passé et dit vouloir miser sur une approche plus « commerciale » que « comptable ».

La Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) vient de conclure la période couverte par son plan stratégique 2012-2017 en enregistrant des résultats largement inférieurs aux attentes. La société d’État a raté ou abandonné en cours de route 12 des 32 cibles qu’elle s’était fixées, à commencer par celles qui concernent ses revenus.

En cinq ans, ces derniers sont passés de 128 à 150 millions. Cette hausse de 17 % est inférieure à l’objectif de 25 %. La durée moyenne des séjours est demeurée la même (2,6 jours), tandis que les revenus moyens par jour de visite n’ont pas augmenté autant qu’espéré.

La SEPAQ a même abandonné l’idée de générer 900 000 $ par année grâce à un programme d’« alliance stratégique » après n’avoir engrangé que 11 000 $ en 2013-2014 et 55 000 $ l’année suivante.

La fréquentation a néanmoins augmenté, passant de 6,2 à 7,2 millions de visiteurs entre 2012 et 2017.

Une approche à repenser

Patron de la SEPAQ depuis 2015, John MacKay accepte de regarder la réalité en face. Lorsqu’on lui soumet les résultats des cinq dernières années, il n’hésite pas à parler d’une stratégie commerciale « loupée ». « La SEPAQ avait une façon de raisonner qui n’était pas si commerciale et peut-être plus comptable. On est en train de changer ce côté-là », dit-il.

Le nouveau plan stratégique 2017-2022 a été adopté en mars dernier et devrait recevoir le feu vert du Conseil des ministres sous peu.

« On a constaté il y a quelques années que la SEPAQ faisait face à des enjeux importants », explique l’ancien p.-d.g. de la Société d’habitation du Québec, en évoquant notamment un problème de renouvellement de la clientèle et un manque de notoriété.

Familles et minorités visibles

Au cours des cinq prochaines années, la SEPAQ se donne donc pour objectif d’accroître la fréquentation de son réseau de 35 % en diversifiant sa clientèle. Elle veut notamment attirer les familles en leur offrant des activités et des installations mieux adaptées.

La société d’État compte également « s’adresser aux minorités visibles » pour les inciter à visiter ses parcs et réserves fauniques en plus grand nombre.

La nouvelle stratégie vise par ailleurs à accroître l’achalandage en période hivernale et à plaire à différentes clientèles grâce à deux nouvelles offres d’hébergement « prêt-à-camper » : les chalets « Étoile » et « Écho ».

Photo: SEPAQ La SEPAQ compte attirer de nouvelles clientèles en misant notamment sur les formules «prêt-à-camper».

« Cette nouvelle clientèle va nous apporter de nouveaux revenus. Mais l’objectif principal, ce ne sont pas les nouveaux revenus. C’est d’avoir un effet sur le plus de Québécois possible, qui bénéficieront d’aller dans la nature », soutient John MacKay.

Pas d’accès gratuit

Il entend les critiques de ceux qui estiment que les services de la SEPAQ coûtent cher, mais il écarte l’idée de rendre l’accès aux parcs nationaux gratuit, comme ce fut le cas l’an dernier dans les parcs fédéraux à l’occasion du 150e anniversaire du Canada.

Ce refus, dit-il, est lié au fait que la SEPAQ s’autofinance à 85 % et que tous ses revenus sont réinvestis dans la gestion et la conservation des parcs nationaux et des réserves fauniques.

« C’est [un modèle] assez exceptionnel et ce serait difficile pour nous d’offrir la gratuité », précise-t-il, tout en faisant remarquer que les jeunes de 17 ans et moins bénéficient de la gratuité depuis deux ans.

À partir de cet été, la SEPAQ offrira néanmoins un rabais sur le prix de location d’un site de camping à partir de la troisième nuitée, en dehors des périodes de fort achalandage.


Nouvelle image de marque

Le nouveau plan stratégique de la SEPAQ s’accompagne d’une nouvelle image de marque. Le logo qui sera dévoilé mercredi apparaîtra graduellement sur les panneaux, les camions et le matériel promotionnel de la société d’État. L’objectif annoncé est d’unifier l’image de marque de la SEPAQ, qui se déclinait jusqu’à maintenant en plusieurs logos différents. La conception du logo, effectuée en interne, a coûté 75 000 $. L’implantation de la nouvelle image de marque se fera surtout lors du remplacement du matériel afin de limiter les coûts, assure le p.-d.g. John MacKay.
9 commentaires
  • Hugo Tremblay - Abonné 17 janvier 2018 05 h 20

    Le cliché du fonctionnaire

    Nous avons l'habitude de pratiquer le ski de fond au parc du mont Tremblant. Ils y trouvent toujours une bone raison de ne pas tracer les pistes en bonne et due forme.
    La seule fois que nous y sommes allés cet hiver, le temps y était parfait, nouvelle neige tombée dans la nuit, base excellente. Mais voilà, il n'avais pas assez neigé pour tracer selon ces fonctionnaires. Résultat, nous avons gâché notre journée et n'y retournerons plus.
    Ce genre de gestion du tracage est quasi permanent à cet endroit.

  • René Bourgouin - Inscrit 17 janvier 2018 05 h 42

    Conservation ou business?

    Moi qui pensait que la mission première des parcs était la conservation... On ne parle que d'approche commerciale, d'objectifs de revenus, d'imarge de marque, de renouvellement de clientèle, d'«attirer les minorités visibles» (vraiment loufoque celle-là: aux Îles de Boucherville, à Yakaska, à Saint-Bruno, des gens des «minorités visibles» viennent avec toute leur famille faire des pic-nics les belles journées d'été), de fréquentation qui doit nécessairement augmenter, augmenter et augmenter... La bull..it corporatiste à son meilleur!

    Dans les Adirondaks, tu gares ta voiture et tu grimpes la montagne, point! Aucun frais. Alors que Sepaq ne cesse d'augmenter les frais d'entrée. Il y a longtemps c'était gratuit, puis ce fut un frais «raisonnable» de 3,50$ pendant un bon moment, puis ça s'est mis à augmenter en fou. Là on est rendu à 8,50$ je crois? Le ski de fond va devenir aussi cher que le ski alpin si ça continue, tandis qu'on peut en faire pour bien moins cher à Val-David par exemple.

    Avec des prix aussi exhorbitants, c'est encore beau que la fréquentation ait quand même augmenté! Ah et en passant on est juste 8,4 millions au Québec, plus quelques touristes, la fréquentation ne peut pas augmenter à l'infini. Est-ce qu'on va finir par ouvrir des centres d'achat dans les parcs pour attirer la clientèle qui n'aime pas le plein air?

  • Jean Hébert - Abonné 17 janvier 2018 07 h 54

    C'est pourtant simple

    Nous faisons du camping depuis 1980, partout au Canada et aux États-Unis. Nous n'avons jamais cherché le camping de luxe, ni décidé où aller sur la base d'une image de marque! Nous apprécions être dans la nature dans des parcs bien entretenus et aux attraits naturels ou historiques distinctifs. Les quelques pars de la SEPAQ que nous connaissons répondent bien à cette description. Sauf que nous avons compris que pour une expérience camping de qualité ET offert à prix raisonnable, il fallait éviter les installations de la SEPAQ (et les parcs provinciaux de l'Ontario). Du coup, en plus de 35 ans au Québec, nous avons fait qu'un seul long voyage de camping au Québec. Car les parcs de presque toutes nos autres destinations canadiennes et américaines sont beaucoup moins coûteux que ceux de la SEPAQ. Même en période d'achalandage. Les autres provinces et états américains cherchent à attirer des gens chez eux pendant le période courte de camping estival... Au Québec on cherche à faire des profits. Le modèle est à revoir au complet.

    Jean Hébert
    Gravelbourg SK

  • Jacques Lalonde - Abonné 17 janvier 2018 08 h 33

    Nominations

    À quand une recherche journalistique exhaustive sur toutes ces nominations partisannes? L'incompétence de M. MacKay (ex-organisateur du PLQ) a déjà été démontrée dans un artcile du Journal de Montréal alors qu'il était à la Société d'habitation du Québec. Pour avoir connu de près un ex-membre du comité politique du PLQ, je sais pertinement que cette pratique est courante et que chacun au parti n'espère que se partager l'assiette au beurre. Qu'en est-il du principe d'excellence? Qu'en est-il du bien commun?

    • Maxime Bélanger - Abonné 17 janvier 2018 12 h 31

      Votre lien étant incomplet, je me permet de le corriger ici. En effet, à la lecture du fil de nouvelle du gouvernement sur le même sujet, on ne retrouve pas du tout les même conclusions que ce que l'article rapporte.
      http://www.fil-information.gouv.qc.ca/Pages/Articl