L’Europe se prononce sur un recours accru à la pêche électrique

La pêche électrique est interdite en Europe depuis 1998, mais elle bénéficie cependant de dérogations depuis 2007, à titre expérimental.
Photo: Koji Ueda Associated Press La pêche électrique est interdite en Europe depuis 1998, mais elle bénéficie cependant de dérogations depuis 2007, à titre expérimental.

L’Union européenne pourrait ouvrir la porte à un recours plus étendu à la pêche électrique en mer dans le cadre d’un vote qui se tient ce mardi. Cette méthode de pêche est dénoncée par des scientifiques et des groupes environnementaux, qui mettent en garde contre ses impacts sur les milieux marins.

Cette méthode de pêche consiste à utiliser des chaluts munis d’électrodes qui émettent des impulsions électriques, principalement pour électrocuter les poissons qui se tiennent dans les fonds marins. Cette technique permet notamment de récolter aisément les espèces de poissons de fond, y compris ceux qui se cachent dans les sédiments, dont la sole.

La pêche électrique est interdite en Europe depuis 1998 par un règlement en faveur de la conservation des ressources de pêche. Elle bénéficie cependant de dérogations depuis 2007, à titre expérimental. La réglementation en vigueur permet donc à chaque État membre de l’Union européenne d’équiper en électrodes jusqu’à 5 % de sa flotte de chalutiers, et uniquement pour pêcher en mer du Nord.

Débat sur les impacts

Réuni à Strasbourg mardi, le Parlement européen pourrait décider d’élargir les autorisations de recours à la pêche électrique, une demande maintes fois réitérée par le lobby des pêcheurs commerciaux des Pays-Bas.

Pour ses partisans, cette technique permet surtout de réduire la consommation de carburant des navires utilisés pour la pêche, ce qui réduit les coûts pour les entreprises. Elle aurait en outre de moins grands impacts sur les fonds marins que le chalutage traditionnel.

En novembre dernier, la commission du Parlement européen a d’ailleurs pris position en faveur du développement accru de la pêche électrique, une technique interdite dans plusieurs pays, dont les États-Unis.

Mais à la veille du vote de ce mardi, des voix s’élèvent pour réclamer « l’interdiction totale » de cette pêche, un appel lancé lundi par la principale organisation française de restaurateurs et par le programme européen pour sensibiliser consommateurs et professionnels à la consommation durable des produits de la mer.

« Les professionnels de la restauration sont totalement opposés à cette technique de pêche antiresponsable qui détruit les fonds marins, leur écosystème et abîme considérablement les poissons pêchés », ont ainsi fait valoir l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) et le programme Mr Goodfish, par voie de communiqué.

Pour l’UMIH, « la dérogation accordée par l’Union européenne en 2007 est déjà difficilement compréhensible », « l’élargir serait contraire à la raison et condamnerait les océans à la chaise électrique ».

Technique destructrice ?

Selon l’organisation environnementale Bloom, les impacts sur la faune marine seraient tout simplement inacceptables : les poissons remontés dans les chaluts montrent souvent des brûlures, des ecchymoses et des déformations du squelette consécutives à l’électrocution. Selon son directeur scientifique, Frédéric Le Manach, « la technique est très efficace, mais elle transforme l’océan en désert ».

Il n’existe par ailleurs pas, à l’heure actuelle, d’étude environnementale sur les impacts de cette méthode sur les oeufs de poissons, les juvéniles ou certaines espèces particulièrement sensibles, comme les requins, qui ne sont pas visées par la technique.

Dans un avis scientifique publié avant l’autorisation de dérogations à l’interdiction de la pêche électrique, en 2007, l’organe scientifique de la Commission européenne, le Comité scientifique, technique et économique de la pêche, mettait en garde contre « un certain nombre de problèmes qui doivent être résolus avant que toute dérogation puisse être accordée ».

Dans une tribune publiée mi-novembre dans Le Monde, des scientifiques et des responsables politiques européens, dont l’ex-ministre française de l’Écologie Ségolène Royal, avaient appelé l’Europe à prohiber définitivement une technique « tout aussi menaçante pour les ressources que pour les pêcheurs eux-mêmes ».

La surpêche en croissance

La consommation croissante des ressources des océans signifie que la surpêche prend de plus en plus d’ampleur dans le monde. Selon les plus récentes données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), pas moins de 90 % des stocks de poissons sont désormais exploités au maximum, ou alors carrément surexploités.

Globalement, 31,4 % des stocks de poissons sont actuellement surexploités. C’est trois fois plus qu’il y a 40 ans. Selon la FAO, une autre part importante des stocks des océans du globe, soit près de 60 % du total, est « exploitée au maximum » de sa capacité, et ce, dans un contexte de croissance continue de la demande mondiale.

Le portrait n’est toutefois pas complet, puisque la pêche illégale représenterait pas moins de 26 millions de tonnes de poisson par an, soit plus de 15 % de la production totale de la pêche de capture dans le monde.
1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 16 janvier 2018 01 h 35

    quels prédateurs nous sommes

    n'est ce pas dans la nature humaine de vouloir exploiter les ressources naturelles jusqu'a leur extinction, heureusement que la vie est complexe et a termes renouvelables