Les sacs de plastique ont-ils été bannis trop vite?

La Ville de Montréal a banni les sacs de plastique sur son territoire au début de l'année. 
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La Ville de Montréal a banni les sacs de plastique sur son territoire au début de l'année. 

Même s’ils sont de plus en plus honnis et bannis, les sacs de plastique jetables comportent certains avantages environnementaux. Il n’est d’ailleurs pas garanti que leur bannissement entraîne les gains écologiques souhaités. C’est du moins ce que conclut une étude réalisée par le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), à la demande de Recyc-Québec.

« Le sac de plastique conventionnel comporte plusieurs avantages sur les aspects environnementaux et économiques. Par sa minceur et sa légèreté, étant conçu pour un usage unique, son cycle de vie nécessite peu de matière et d’énergie », conclut le document de 160 pages, rendu public vendredi, et qui s’appuie sur une « analyse de cycle de vie environnementale et économique ».

L’étude du CIRAIG rappelle aussi que ces sacs de plastique conventionnels, interdits dès le début de janvier à Montréal, permettent d’éviter la production des sacs à ordures utilisés à la maison, étant couramment utilisés pour cette fonction.

Ces sacs, théoriquement recyclables, accusent toutefois une lacune majeure : le plastique n’est pas biodégradable. En plus de perdurer dans le temps et de s’accumuler dans les sites d’enfouissement, ils peuvent donc représenter une nuisance majeure pour la faune marine, qui peut les confondre avec de la nourriture. Leur fabrication nécessite aussi l’utilisation d’énergies fossiles.

Sacs réutilisables

Les travaux du CIRAIG ont aussi porté sur une analyse des sacs réutilisables, de plus en plus populaires auprès des consommateurs. Certes, « ils sont plus robustes que les sacs jetables, mais leur fabrication génère plus d’impacts et est plus coûteuse », peut-on lire en conclusion de l’analyse.

« Ils ont le potentiel d’offrir les résultats d’indicateurs environnementaux les plus faibles à condition d’atteindre les nombres équivalents d’utilisations obtenus » dans le cadre de l’analyse du cycle de vie environnementale et économique. En moyenne, « les sacs réutilisables doivent être utilisés minimalement entre 35 et 75 fois pour que leurs impacts sur les indicateurs environnementaux du cycle de vie soient meilleurs que ceux d’un sac en plastique conventionnel ou équivalents ».

Dans le cas des sacs de polypropylène tissés — qu’on retrouve notamment chez Metro —, il est question d’un minimum variant de 16 à 98 utilisations pour que leurs impacts potentiels soient similaires à ceux du sac de plastique conventionnel. Pour le sac de polypropylène non tissé — qu’on retrouve notamment chez IGA —, l’analyse fait état d’un minimum de 11 à 59 utilisations.

Le sac en coton serait en outre à proscrire, puisqu’il nécessite « entre 100 et 2954 utilisations » pour que son impact sur les indicateurs environnementaux de cycle de vie soit le même que celui du sac en plastique conventionnel.

Bannissement

L’analyse, commandée pour « fournir un éclairage scientifique supplémentaire sur les impacts des sacs à usage unique et des sacs réutilisables », estime par ailleurs que les résultats « ne permettent pas une conclusion simple quant à une augmentation ou une diminution des impacts environnementaux potentiels à la suite d’un bannissement ». Les chercheurs suggèrent donc d’étudier l’idée d’imposer des frais à l’utilisation des autres types de sacs jetables qui ne sont pas bannis.

Appelée à réagir, la Ville de Montréal a fait savoir vendredi qu’elle n’entend pas reculer sur l’interdiction des sacs de plastique, qui prendra effet en juin. Le responsable des services aux citoyens au comité exécutif, Jean-François Parenteau, se dit même satisfait des conclusions de l’étude. « L’idée, c’est de changer les comportements pour diminuer l’utilisation du sac de plastique », a-t-il dit. L’élu a cependant indiqué que la Ville pourrait ajuster son règlement si, dans un an, elle réalise que les citoyens ne réutilisent pas les sacs de plastique plus épais, toujours autorisés.

Les partisans de l’utilisation des sacs de plastique ont pour leur part profité de l’occasion pour critiquer le mouvement de bannissement, qui prend de l’ampleur au Québec. Selon l’Association canadienne de l’industrie des plastiques, l’étude « prouve hors de tout doute que le sac d’emplettes classique en plastique mince est le meilleur sac sur les plans environnemental et économique ». Le lobby du plastique demande donc « à toutes les municipalités qui ont banni le sac en plastique mince de revenir sur leur décision ». Même son de cloche du côté du Conseil canadien du commerce de détail, qui estime que l’interdiction « n’est pas la solution ».

Recyc-Québec est moins catégorique dans son analyse des résultats des travaux du CIRAIG. Selon la société d’État, « ne pas utiliser de sac demeure la meilleure option en tout temps. Si vous avez absolument besoin d’un sac, utilisez les sacs réutilisables que vous avez déjà lorsque vous faites des emplettes. »

Un avis que partage le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard. Ce dernier a d’ailleurs rappelé que les centres de tri du Québec ne sont habituellement pas équipés pour trier les différents types de sacs de plastique qui y sont acheminés. « Ces matières recyclables sont donc habituellement vendues par la suite, en vrac, vers les marchés d’exportation. »

Avec la fermeture du marché chinois pour les matières recyclables, ces sacs risquent plus que jamais de constituer rapidement un sérieux problème de gestion des matières résiduelles, selon M. Ménard.

34 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 12 janvier 2018 15 h 05

    Lettre parue dans «Le Journal de Montréal» (Opinions, Commentaires, le lundi 11 décembre 2017, p. 29) et «Le Journal de Québec» (Opinions, Commentaires, le lundi 11 décembre 2017, p. 17) :

    Une mauvaise nouvelle pour les clients

    Il sera interdit aux commerçants montréalais de donner à leurs clients des sacs en plastique à usage unique à compter de 2018. C’est une mauvaise nouvelle pour moi, car je conserve ces sacs pour les réutiliser de bien des manières possibles (comme sac-poubelle maison, par exemple).

    Les commerçants seront gagnants sur toute la ligne dans cette histoire. En effet, comme ils n’auront plus à donner des sacs en plastique, ils vendront davantage de sacs-poubelle (dont le plastique est d’ailleurs trop épais pour rien, comme si une enclume devait y tenir) et de sacs faits d’une autre matière, réutilisables.

    Quand j’étais jeune, les pots de moutarde d’une certaine compagnie se transformaient en jolis verres à table une fois vides. Il y en avait de toutes les couleurs. Aujourd’hui, ces contenants se retrouvent malheureusement tous dans le bac vert.

    Au lieu d’interdire les sacs en plastique, il faudrait inviter les compagnies à les concevoir de telle manière qu’ils puissent avoir une seconde vie au bénéfice des clients. Par exemple, il serait écrit sur une partie du sac le message suivant : « Ce sac ferait un parfait sac-poubelle ! »

    Sylvio Le Blanc, le 10 décembre 2017

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 15 janvier 2018 00 h 43

      Une fois par semaine, je mets sur le trottoir un petit sac de pain comme poubelle. Les déchets de table vont au compost (j'ai deux bacs de compost dans ma toute petit cour en ville), je recycle papier, plastique, verre, alu, que j'évite le plus possible et métal dans l'ex bac vert, malheureusement remplacé par des sacs de plastique sur le Plateau (mais nous utilisons des boîtes en carton pour y déposer nos matières à recylcer). Certes, nous ne sommes que deux au foyer, mais les citoyens pourraient faire des efforts pour diminuer le contenu de leurs poubelles. Réclamer que les sacs de plastique minces ne soient pas bannis sous prétexte qu'ils servent pour les poubelles, c'est oublier que ces fameux sacs de plastique se retrouvent très souvent sur les trottoirs, et ultimement dans le fleuve et autres cours d'eau, accrochés aux branches des arbres, pas très esthétique, bref, il faut interroger notre quantité de déchets. Les poissons devraient manger autre chose que du plastique. Depuis que la SAQ ne donne plus de sacs de plastique, j'utilise leurs sacs de coton depuis plusieurs années et j'utilise aussi ces sacs pour faire mes courses. Le plastique, s'il peut être très pratique pour certaines choses, n'en abusons pas! Nous sommes dans une barque de secours et certainEs ont une perçeuse et font des trous dans la barque. Au secours! Irène Doiron

  • Hélène Boily - Abonnée 12 janvier 2018 18 h 14

    Moins consommer, moins jeter

    J'ai des sacs de ce type depuis 10 ans et je ne suis pas près de les mettre au rebus. Plus un vieux sac à dos dont j'ai remplacé une attache pour 1 $. Un peu de bon sens et d'éducation, s'il vous plait. Une paire de pantalons (usés à la corde) peut très bien devenir un sac commissions: il suffit de couper les jambes et de les coudre. Il faudrait réapprendre à faire, réparer, confectionner, créer. Le réflexe d'acheter est mauvais et pourrait bien nous conduire notre perte. Quel secteur n'est pas lié de près au marketing? Tous ces marchands qu'on pourrait convertir en artisans, j'en rêve!

    • Yves Mercure - Abonné 13 janvier 2018 08 h 40

      Vous avez parfaitement raison. Le problème : tout est désormais "économie" et l'essence meme de l'enseignement se transforme vers le marketing. Le resultat est que peu de gens ont désormais d'autres capacités que celles de vendeurs. Il en faut, mais lorsque tout se développe autour du lobbyisme, on s'assure de rentrer dans la muraille. Les algorithmes utilises pour le calcul de cycle de vie ne permettent pas de dépasser cette limite du fric car la complexité fait que 0,001% des gens sont à meme de s'y retrouver et le recyclage lui-même, comme le consumérisme, est sous contrôle du lobbyisme. Pour ma part, j'utilise encore des sacs en coton fabriqués en Afrique et je n'ai aucune idée si 10 ans plus tard ils ont atteint le seuil du 2900 qui les qualifierait d'écologiques. Ce que je sais, c'est qu'il y en a qq centaines de moins de piqués aux épines d'acacias et que chèvres et chiens auront du se nourrir autrement et prolonger leurs durées de vie.

  • Serge Pelletier - Abonné 12 janvier 2018 18 h 31

    Et la contamination elle?

    D'une part, l'engouement des sacs rutilisables (généralement en plastiques, ou en contenant eux-aussi) passe sous silence les forts risques de contamination des aliments ou autres biens y étant déposés...

    D'autre part, ces sacs dits réutisables sont-ils généralement recyclables? Et bien, non. Il y a trop de croissements de matières (plastiques, tissus, encres, etc.) dans chacun. En fait, ils s'emplilent dans les résidences, puis par la suite dans les sacs poubelles... Donc, au dépotoire.

    Et si la solution était autre que ces perpétuels apitoiements sur les sacs plastiques... Quand j'étais jeune... il y avait des sacs en papier (généralement bruns pâles)... Pour les cas de lourdes emplettes, on les doublait... Ils existaient en divers formats... Que sont-ils devenus? Pourtant, ils sont 100% recyclables.

    Au début des années 1980, Place Montréal Trust, donnait (ce qui signifie gratuitement) à l'ouverture de deux places commerciales des sacs en denin à courroie épaule d'une très bonne qualité... Ils sont lavables (ce que je faits régulièrement), et je m'en sert encore, y compris en voyage à l'étranger. Les commerces devraient s'en inspirer au lieu de vouloir à tous pris faire de l'argent facile sur le dos de l'écologie et du client.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 13 janvier 2018 11 h 22

      L'article de M. Shield ne le mentionne pas mais selon l'étude du CIRAIG les sacs de papier, bien qu'ils soient biodégradables, ont plus d'impact négatives pour l'environnement.

      Extrait,
      "Le sac de bioplastique fait d’amidon et de polyester, ainsi que celui de plastique épais ont, respectivement, 2 à 11 fois et 4 à 6 fois plus d’impacts potentiels que le sac conventionnel, selon l’indicateur et le scénario d’emplettes. Le sac de papier est soit le moins ou parmi les moins performants des sacs jetables avec 4 à 28 fois [plus d'impact environnementale].

      Par ailleur l'article mentionne a propos de sacs de plastique que -"Leur fabrication nécessite aussi l’utilisation d’énergies fossiles"-

      Ici il y a peut-être une nuance a apporter, ces sacs sont fabriqué avec le "matière" fossile, mais pas obligatoirement avec de l'énergie fossile.

      Du plastique qui est enfoui doit bien avoir la même stabilité que la matiière fossile dont il est fait, et n'entraine donc pas d'émission de GES. Il reste tout de même surement des émissions de GES liés a leur utilisation, mais c'est le cas pour les solutions, sauf pour celle de ne pas utiliser de sac du tout.

      Pour la salubrité des sacs réutilisables et bien c'est comme toutes chose, ça se lave !

    • Serge Pelletier - Abonné 13 janvier 2018 16 h 36

      M. Arès, je doute fort de l'objectivité d'une telle affirmation : "Le sac de papier est soit le moins ou parmi les moins performants des sacs jetables avec 4 à 28 fois [plus d'impact environnementale]".

      D'autant plus que l'industrie papetière a grandement amélioré ces procédés de production.

      Quand à l'affirmation que: "Le sac de bioplastique fait d’amidon et de polyester", ils ne sont aucunement recyclables, et polluent autant que tous plastiques... l'amidon se décompose, mais pas le plastique - cela dernier prends des centaines d'années.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 12 janvier 2018 20 h 38

    Tiens tiens...

    ... le lobby des sacs de plastique - ou du plastique tout court - tente de trouver via recyc-Québec une voie écologiste pour des polluants....je serais curieuse de voir la liste de bailleurs de fonds de cette étude....

    • Serge Pelletier - Abonné 13 janvier 2018 03 h 39

      Attention, ici, il s'agit de l'analyse du cycle de vie d'un produit, et non de la promotion de l'un ou l'autre.

    • Serge Lamarche - Abonné 13 janvier 2018 15 h 36

      Il existe des sacs digestibles et biodégradables déjà. Pas assez de quantité à date mais ça devrait venir.

  • Sylvain Auclair - Abonné 12 janvier 2018 20 h 50

    Là n'est pas la question

    Le problème, c'est les millions de sacs qui partent au vent.

    • Jean Richard - Abonné 13 janvier 2018 09 h 35

      Un ou deux petits nœuds et le problème est réglé.

      Et un peu de sensibilisation des gens ne nuira pas non plus.

      Enfin, nos méthodes de cueillette des matières recyclables sont on ne peut plus perfectibles. Il n'y a pas que les sacs légers qui se balladent dans le décor urbain les jours de cueillette.

      Il y a même la consigne sur les contenants qui contribue à détériorer la situation. Car avant que n'arrive le camion à ordures recyclé en camion à récupération, il y a des gens peu fortunés qui espèrent faire quelques sous en éventrant les sacs à la recherche de quelques 0,05 $ ou 0,10 $ de consigne. Je ne blâme pas ces pauvres gens. On pourrait même leur faciliter la tâche en déposant les contenants consignés dans un sac à part.

      Et une fois rendus à l'usine de recyclage, nos matières récupérées ne sont pas au bout de leur peine. Les sacs légers s'y envolent comme des pigeons et encore une fois, au lieu de s'adapter, on préfère opter pour des solutions qui déplacent le problème au lieu de le régler.