Le réchauffement climatique est très rapide, prévient le GIEC

Au moins 1500 maisons ont brûlé et 11 personnes ont été tuées lors des incendies en Californie en octobre dernier.
Photo: David McNew/Getty Images/Agence France-Presse Au moins 1500 maisons ont brûlé et 11 personnes ont été tuées lors des incendies en Californie en octobre dernier.

La faiblesse des engagements des pays signataires de l’Accord de Paris est telle que le réchauffement global dépassera 1,5 °C d’ici 20 ans, constate le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans l’ébauche de son prochain rapport, dont des extraits viennent de faire l’objet de fuites.

Selon le GIEC, il existe un « risque très élevé » que la hausse des températures mondiales atteigne rapidement 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Or cette limite est décrite par plusieurs scientifiques comme celle à ne pas dépasser pour éviter les pires effets des bouleversements climatiques.

Si les données inscrites dans l’ébauche du rapport du GIEC se révèlent exactes, la limite de 1,5 °C sera atteinte dès 2040. Dans le cadre de l’Accord de Paris, les 195 pays signataires se sont pourtant engagés à limiter, au mieux, le réchauffement à 1,5 °C d’ici 2100. Il s’agit d’ailleurs d’un scénario actuellement « extrêmement improbable », mais aussi très ambitieux, qui imposerait à la planète de réduire les émissions de 70 % à 95 % d’ici 2050.

Les engagements pris jusqu’à présent par les États sont toutefois nettement insuffisants pour respecter cette cible, puisque l’humanité se retrouve toujours sur une dangereuse trajectoire climatique, avec un réchauffement qui pourrait dépasser les 3 °C ou 4 °C d’ici la fin du siècle.

Cela signifie que la communauté internationale est encore loin de l’objectif minimal de l’Accord de Paris, soit de limiter le réchauffement « bien en deçà » de 2 °C. Une cible qui n’empêcherait toutefois pas la multiplication des événements climatiques extrêmes ni la fonte de certains glaciers continentaux, ce qui pourrait contribuer à l’élévation du niveau des océans.

Quoi qu’il en soit, pour espérer limiter le réchauffement sous les 2 °C, voire à 1,5 °C, le rapport préliminaire du GIEC prévient que les énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien devront devenir la forme dominante d’énergie d’ici 2050, au plus tard.

Qui plus est, il faudra absolument « retirer » du CO2 de l’atmosphère terrestre pour espérer respecter les objectifs de l’Accord de Paris. Cela pourrait signifier, par exemple, de mener des projets de reboisement à grande échelle, un objectif difficile à atteindre en raison de la demande croissante pour les terres agricoles.

Le GIEC indique en outre qu’au-delà des émissions de CO2, il est impératif de réduire les émissions de méthane, un gaz à effet de serre nettement plus puissant que le CO2. Ce gaz, libéré notamment dans le cadre de l’exploitation du pétrole et du gaz, se retrouve également en très grandes quantités dans le pergélisol de l’Arctique. Or, ce pergélisol tend à fondre en raison du réchauffement global, libérant ainsi ce que certains qualifient déjà de véritable « bombe climatique ».

Le GIEC a réagi aux fuites de son ébauche de rapport en déplorant la situation et en rappelant que les documents préliminaires peuvent être substantiellement modifiés avant la publication officielle.

Dans ce cas-ci, le rapport doit être publié en octobre 2018, soit avant la prochaine Conférence des parties (COP). C’est dans le cadre de ce sommet que les pays doivent faire le point sur les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

8 commentaires
  • Marc Brullemans - Abonné 13 janvier 2018 00 h 04

    Une situation pas jojo du tout!

    Cette "fuite" n'en est pas une car la cible de 1,5 degré est considérée depuis déjà plusieurs années comme inatteignable par les climatologues les plus avisés. Nous avons déjà atteint 1,0 degré de réchauffement et le taux de réchauffement actuel étant de l'ordre de 0,17 degré par décennie, nous devrions donc en toute vraisemblance passer le cap du 1,5 degré de réchauffement avant 2040 et celui du 2 degré dès 2075. Pour inverser la tendance, il nous faut réduire drastiquement nos émissions de méthane et de CO2 non pas en 2050 mais maintenant car la captation de carbone atmosphérique n'est toujours pas possible à grande échelle. Ainsi, en 2030, on espére séquestrer 30 millions de tonnes de CO2 par année alors que les émissions annuelles annuelles de GES dues à l'homme sont présentement de l'ordre de 50 milliards de tonnes! Il est clair que le robinet doit être volontairement brisé... Je conseille au lecteur du Devoir de consulter les écrits de Peters du CICERO Center for International Climate Research et de Gavin Schmidt de la NASA.

  • Louis Desjardins - Abonné 13 janvier 2018 11 h 02

    On dirait qu’ils ne vous entendent pas

    Pour reprendre la phrase de Gérald Filion lancée à la ministre Joly, c’est à croire que la classe politique est sourde aux signaux du radar qui indique l’obstacle fatal vers lequel nous nous précipitons à toute vapeur sans dévier d’un iota de notre course. Pourquoi si peu d’action sur le plan environnemental?

    Réchauffement et catastrophes climatiques dus au gaz à effet de serre (méthane, bioxyde de carbone), pollution (smog, bioxyde de carbone), empoisonnement (pesticides, composés organiques volatils, sel, sucre, opiacées), érosion (déforestation), etc. ne sont pourtant pas sans solutions.

    Globalement, c’est triste à dire, les décideurs ne sont tout simplement pas à la hauteur des responsablités qui sont les leurs. Alors il faut soit les remplacer par d’autres qui sauront agir, enfin, ou exercer sur eux une pression de tous les instants pour qu’ils se mobilisent et passent à l’action.

    Certains semblent encore se demander si c’est vraiment le réchauffement climatique qui est le problème. Comme l’écrivait Camus dans La peste « Ce n’est pas une question de vocabulaire, c’est une question de temps. »

  • Claude Coulombe - Abonné 13 janvier 2018 17 h 41

    Rappelons-nous la fable de la grenouille

    Si on plonge subitement une grenouille dans de l'eau chaude, la grenouille s'échappera d'un bond rapide. Par contre, si la grenouille est placée dans de l'eau chauffée progressivement, la grenouille s'engourdit pour mourir ébouillantée. La morale de cette fable vise à nous mettre en garde contre les menaces qui évoluent lentement. Beaucoup de souffrances pourraient être évitées aux générations futures si nous avions la sagesse de réagir à temps au lent réchauffement climatique de notre planète.

    Pour être tout à fait rigoureux, la grenouille deviendra de plus en plus active et finira par s'échapper si cela est possible, ou elle mourra lorsque sa température atteindra environ 40 degrés Celsius.

    • Louis Desjardins - Abonné 13 janvier 2018 19 h 45

      Bonjour M. Coulombe,

      L’histoire est bonne et qu’elle soit vraie ou pas n’empêche pas de comprendre. On s’habitue et on perd nos réflexes. La force d’inertie est à l’œuvre!

      Je mets un lien vers l’article de Wikipedia qui traite de cette fameuse fable dont vous parlez. C’est intéressant!
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Fable_de_la_grenouille

      Finalement, l’humain est peut-être plus batracien qu’il ne le croâ! :)

  • Claude Coulombe - Abonné 13 janvier 2018 18 h 13

    Maintenant la fable du nénuphar...

    Une deuxième fable, la fable du nénuphar, nous permettra de comprendre ce que représente un phénomène exponentiel et l'urgence d'agir avant qu'il ne soit trop tard.

    C'est l'histoire d'une colonie de nénuphars qui double de surface chaque jour. On suppose qu'ils occuperont toute la surface de l'étang dans 100 jours et qu'à ce moment toute vie aquatique sera impossible, disons par asphyxie (c'est une légende...).

    Pendant plus de 90 jours, rien ne semble se passer. Au jour 90, seulement 1/1000 de l'étang est affecté. Au jour 95, les nénuphars n'occuperont que 3% de la surface de l'étang et on sera tenté de se dire qu'on a bien le temps de réagir à la menace et il sera facile d'arracher ces quelques nénuphars envahissants.

    Au jour 96, 6% de la surface sera occupée et au jour 97, 13%. Hum... cela commence à faire beaucoup de nénuphars à arracher. Mais, c'est un vendredi et on se dit qu'on s'occupera du problème sans faute après une bonne fin de semaine de repos... Mais lundi, au jour 100, c'est la fin! Il est trop tard!

    • Jules-A Ouellet - Abonné 14 janvier 2018 16 h 04

      À lire: l'Equation du Nénuphar, par Albert Jacquard

  • Jean Richard - Abonné 14 janvier 2018 10 h 39

    Une question d'économie

    La situation ne changera pas aussi longtemps qu'on ne sera pas capable de remettre en question le cœur du problème : notre système économique.

    Avec la population mondiale toujours en hausse, une économie fondée sur la croissance de la consommation et de la production, croissance qui est plus rapide que celle de la population, n'est plus viable. Cette croissance de la production-consommation entraîne, outre des matières première en quantité toujours croissante, une demande toujours plus grande d'énergie.

    Parlons d'énergie. Afin d'éviter la remise en question de notre système économique, on a inventé cette notion tordue d'énergie renouvelable. Remanions le discours ambiant : nous pouvons continuer à surproduire et à surconsommer si nous remplaçons les sources d'énergie fossiles, charbon, pétrole et gaz, par des sources d'énergie renouvelables, soit l'électricité – hydraulique, éolienne, solaire et nucléaire. Les gens tombent dans le piège et se laissent embobiner par ce mensonge vert.

    Or ces sources d'énergie que l'on qualifie de renouvelables sont soumises à un environnement se retrouvent dans un écosystème aux dimensions définies, non extensibles. Pour construire des éoliennes, des cellules photovoltaïques, des grands barrages et des centrales nucléaires, il faut des matières premières, qui ne sont pas illimitées, et de l'espace pour les faire fonctionner – le territoire n'est pas sans limite.

    On ne crée pas d'énergie : on transforme celle qui existe. Or, se pourrait-il qu'à vouloir transformer, au nom de la croissance économique, des quantités toujours plus grandes d'énergie, on en finisse par dérégler le blian thermique de l'atmosphère terrestre ?

    Suivant des cycles quotidiens et saisonniers, la terre reçoit une quantité x d'énergie solaire et la restitue. Or, en captant davantage d'énergie tout en diminuant la capacité de restitution de celle-ci, il semble probable qu'on joue sur le bilan thermique.

    Mais nous avons perdu le contrôle de notre é