Quand le réchauffement climatique provoque des vagues de froid

Le bouleversement climatique causé par le réchauffement de l’Arctique provoquera des vagues de froid particulièrement intenses dans les prochaines années.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le bouleversement climatique causé par le réchauffement de l’Arctique provoquera des vagues de froid particulièrement intenses dans les prochaines années.

La chose pourrait en étonner plusieurs, mais le réchauffement climatique déjà bien en marche à l’échelle planétaire risque de favoriser le développement de vagues de froid comme celles qui ont balayé le Québec et une bonne partie du Nord-Est américain en l’espace d’à peine quelques jours.

Pour certains climatosceptiques, chaque épisode météo susceptible de remettre en cause la réalité des changements climatiques doit être souligné à gros traits. C’est d’ailleurs ce qu’a fait le président américain, Donald Trump, le 28 décembre dernier, en ironisant sur la question dans un tweet publié au moment où le nord-est des États-Unis était frappé par une vague de froid particulièrement intense.

« Dans l’est, cela pourrait être la veille du jour de l’An LA PLUS FROIDE jamais enregistrée. Peut-être qu’on pourrait utiliser un peu de ce bon vieux réchauffement climatique pour lequel notre pays, mais aucun autre pays, s’apprêtait à payer DES MILLIERS DE MILLIARDS DE DOLLARS afin de s’en protéger », a-t-il écrit dans ce bref message, partagé plus de 66 000 fois.

Le hic, c’est que la science climatique démontre que ce type d’épisode météorologique hivernal risque de se répéter de plus en plus souvent, précisément en raison du réchauffement global qui frappe la planète.

Vortex déréglé

L’origine de ce froid dit « polaire » se retrace d’ailleurs en regardant ce qui se passe autour du pôle Nord, et plus largement dans la région Arctique.

Dans une vidéo mise en ligne par le ministère de l’Environnement de l’Ontario, le conseiller scientifique John Liu explique ainsi qu’on retrouve en Arctique un « vortex circumpolaire », soit un courant aérien qui stabilise les masses d’air très froid dans la région nordique.

Or, l’Arctique se réchauffe de plus en plus, et à une vitesse deux fois supérieure aux régions situées plus au sud. Ce phénomène se nourrit notamment du recul accéléré des glaces dans la région année après année, une réalité déjà démontrée notamment par les satellites de la NASA.

Le réchauffement des latitudes nordiques a pour effet de « déséquilibrer le vortex circumpolaire », souligne M. Liu. Cela signifie que l’air très froid quitte l’Arctique pour atteindre des latitudes plus méridionales, notamment en Amérique du Nord.

C’est ce qui explique en partie les vagues de froid comme celles que nous vivons depuis la fin du mois de décembre. Et ce type de phénomène extrême devrait « augmenter » en raison du réchauffement climatique, selon le professeur John Holdren, qui a notamment été conseiller scientifique de l’ancien président américain Barack Obama.

Le réchauffement climatique est par ailleurs en voie de provoquer un refroidissement dans l’Atlantique Nord dont les effets se feront sentir en Europe de l’Ouest.

Ce phénomène prend son origine dans la mer du Labrador, où se produit un phénomène de « convection », soit un transfert de chaleur imputable aux courants marins, qui font remonter la chaleur vers la surface.

Un phénomène qui s’ajoute au ralentissement déjà observé du Gulf Stream, ce courant qui prend sa source dans les Caraïbes et qui contribue au climat tempéré de l’Europe.

7 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 6 janvier 2018 11 h 18

    Un Noël frisquet

    Il était une fois un mois de décembre 1980. Ce décembre-là nous avait fait connaître des minimums de -20 °C à 14 reprises sur 31. Et s'il avait fait 0 °C lors d'un bref redoux la veille de Noël, le lendemain fut bien différent avec un maximum de -24 °C et un minimum de -32 °C.

    Cette vague de froid du temps des Fêtes de 1980-81 se prolongea jusqu'aux environs du 20 janvier. Le 3 janvier, le maximum, oui, le maximum fut de -27 °C et dans la nuit du 3 au 4, on a essuyé un frisquet -35 °C.

    Alors, la vague de froid de cette année, c'est presque de la petite bière quand on la compare à ce qu'on a eu il y a moins de 40 ans.

    Il faudrait peut-être cesser de nourrir l'humour de Donald Trump...

    • Raymond Chalifoux - Inscrit 7 janvier 2018 05 h 02

      M'en souviens fort bien. C'était loufoque le lendemain de Noël de voir le nombre de bagnoles sur ma rue, immobilisées dans leur entrée de garage, capot relevé, batterie à plat, alors que le 24 décembre nous avions pataugé en masse merci!

  • Luc Le Blanc - Abonné 6 janvier 2018 11 h 48

    Espace gaspillé

    Est-il nécessaire de reproduire in extenso ces tweets d'une imbécilité notoire pour aborder le paradoxe d'une vague de froid provoquée par le réchauffement climatique?

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 6 janvier 2018 19 h 36

      L'avenir dira qui a raison

    • Gilbert Troutet - Abonné 6 janvier 2018 21 h 44

      Alexandre Shields fait là, au contraire, une analyse intelligente et bien documentée. Déjà, il y a 25 ans, Hubert Reeves disait que l'effet de serre aurait pour effet une déstabilisation des climats, ce à quoi on assiste actuellement.

  • Linda Dauphinais - Inscrit 7 janvier 2018 11 h 52

    Mon voeu le plus cher pour 2018

    c'est que les humains que nous sommes utilisent leur matière grise pour réfléchir intelligemment, pour respecter la planète dont ils dépendent pour tout: qualité de l'air, de l'eau, de la terre arable... pour pouvoir manger, boire, respirer et s'abriter convenablement... Il y a trop de je-m'en-foutisme barbare en ce moment... on ne veut plus réfléchir, on veut aller vite dans notre gros VUS ou 4x4 ou GROS RAM et se rendre dans les grosses cabanes à la Walt Disney comportant 3 étages, moult chambres, etc... pour 2 personnes qui aiment paraitre... et non ËTRE... Dommage pour la planète et pour les enfants nouveaux-nés et à naître... On ne semble pas comprendre que nous mettons en péril leur qualité de vie à tous points de vue...

  • Yves Loiseau - Abonné 7 janvier 2018 15 h 38

    Principe de précaution

    Il y a quelques années déjà, le GIEC prévoayit quer le Québéc vivrait dans une fourchette oscillant entre -50 et +50 avec des coups de vents et des tornades.... Il y a ceux qui restent le nez en l'air en attendant que ca se passe et que ceux qui essayent de prévoir.... Comment ne pas penser par exemple que les températures n'auront pas d'impact sur les flux migratoires..... Il n'y a pas que les autruches qui s'enterrent la tete dans le sable !