La Norvège ralentit son soutien aux voitures électriques

La Norvège est devenue un laboratoire pour le reste du monde en matière de véhicules électriques, une étude de marché en temps réel.
Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse La Norvège est devenue un laboratoire pour le reste du monde en matière de véhicules électriques, une étude de marché en temps réel.

Précurseur dans le passage à la mobilité propre, le royaume nordique veut limiter les encouragements fiscaux et pratiques offerts aux véhicules électriques. Le pays fait figure de laboratoire pour le reste du monde.

L’un des plaisirs quotidiens de Jørgen Gilberg, lorsqu’il rejoint son domicile à Jessheim, une banlieue d’Oslo, est de tomber sur un embouteillage aux heures de pointe. « Avec une voiture électrique, vous pouvez emprunter les couloirs de bus, se félicite-t-il en faisant bondir sa Tesla. Cela me fait gagner presque une heure chaque jour. »

Cette dérogation est l’un des nombreux avantages dont bénéficient les conducteurs de voiture électrique en Norvège. Ces véhicules, exonérés de toutes taxes, sont au même prix que leurs équivalents thermiques. Leurs conducteurs ne paient pas les péages urbains, ni le passage par les ponts ou les ferries, et disposent de parkings réservés au centre des villes où ils peuvent se garer et recharger leur voiture gratuitement.

Des privilèges qui ont fait de la Norvège le premier marché, en matière de pénétration, pour la voiture électrique. Elles sont 135 000 à circuler sur les routes de ce pays qui compte seulement cinq millions d’habitants. Depuis janvier 2017, il s’y vend plus de voitures électriques ou électrifiées que de voitures à moteur thermique.

Premier marché de masse

La Norvège est devenue un laboratoire pour le reste du monde, une étude de marché en temps réel. Des constructeurs comme Audi, Mercedes ou Jaguar l’ont choisie pour lancer les ventes de leur premier modèle tout électrique.

« Nous sommes le premier marché de masse pour ce type de véhicules », estime Sture Portvik, chargé de la mobilité électrique à la mairie d’Oslo. Une performance obtenue aussi grâce à d’importants investissements.

La capitale norvégienne, qui dispose déjà de 2000 points de recharge, va doubler ce dispositif d’ici à trois ans. Elle a aussi développé des parkings « tout électriques », comme le Vulkan, le plus moderne d’Europe, où 100 bornes « flexibles » permettent aux usagers de choisir leur puissance, et donc leur tarif.

Avantages à durée limitée

Toute l’infrastructure est déjà prête pour accueillir la prochaine génération de « super-chargeurs », capables de charger une batterie en cinq minutes.

« Le Vulkan est utilisé la nuit par les résidants du quartier et le jour par les salariés qui viennent y travailler, explique Sture Portvik en enjambant les câbles qui courent au sol. La semaine dernière, j’ai parlé avec un livreur qui vient recharger sa fourgonnette ici… Il économise de l’argent, tout en préservant l’environnement. Il était ravi ! »

Un succès de l’électrique que la Norvège doit aussi apprendre à gérer. Les couloirs de bus, en effet, commencent à être encombrés d'el-bil (véhicules électriques, en norvégien). Les municipalités voient avec inquiétude leur base fiscale se réduire.

« Les avantages dont nous bénéficions ont servi à lancer le marché, mais cela ne va pas être éternel », admet Petter Haugneland, porte-parole de la puissante association norvégienne de propriétaires de voitures électriques, qui compte 50 000 membres.

Aucun véhicule thermique en 2025

Lors de la discussion budgétaire qui s’est terminée la semaine dernière au Parlement d’Oslo, certains avantages ont ainsi été limités. Les municipalités ont désormais la possibilité de faire payer parkings et péages aux voitures électriques, dans la limite de 50 % du tarif normal. L’avantage fiscal sera maintenu en 2018, mais son bien-fondé sera réexaminé en 2019. Un amendement qui prévoyait de taxer les véhicules électriques pesant plus de deux tonnes a en revanche été rejeté.

« Il y a un débat sur le rythme de la transition », reconnaît le député Ola Elvestuen, du parti Venstre (Parti libéral et social-libéral norvégien).

« Certains pensent qu’il fallait taxer les “gros” véhicules car, avec tous les avantages dont bénéficie l’électrique, le poids des taxes liées à l’automobile dans le budget a baissé. D’autres, comme nous, pensent qu’il faut maintenir les avantages fiscaux tant que les véhicules de livraison ou les voitures familiales ne sont pas passés à l’électrique. Mais tous les partis sont d’accord sur l’objectif, poursuit-il. Plus aucun véhicule thermique ne doit être vendu en Norvège en 2025. »

Une réalité dans la banlieue

Car pour ses promoteurs, la voiture électrique doit remplir toutes les fonctions d’une automobile classique, en s’adressant à tous les membres de la famille, comme chez les Gilberg.

« Aujourd’hui, je peux tout faire avec ma Tesla, même accrocher une remorque ou entreprendre de longs voyages, assure Jørgen en conduisant d’un seul doigt grâce au pilotage automatique. L’autonomie n’est plus un problème : je peux aller d’Oslo à Gibraltar en m’arrêtant tous les 300 kilomètres, sans payer un centime. »

Arrivé chez lui, ce chef d’entreprise gare son véhicule à côté de la BMW électrique de sa femme, plus petite, mais largement suffisante pour conduire les enfants à l’école et faire 20 kilomètres jusqu’au bureau.

« Cela fait quatre ans que l’on a vendu notre dernier diesel et je ne ferais plus marche arrière », dit Jørgen en souriant.

Le graal de l’industrie du véhicule électrique, qui rêve de voir les moteurs thermiques évincés du foyer, que ce soit pour la « deuxième » voiture ou pour le véhicule principal, dont on se sert en famille les week-ends ou pour partir en vacances, est déjà devenu réalité dans la banlieue d’Oslo.

4 commentaires
  • Pierre Robineault - Abonné 4 janvier 2018 10 h 40

    Et tout cela ...

    Et tout cela grâce aux profits réalisés par la Norvège dans l'exploitation de ses énergies fossiles vendues ailleurs. 2000 points de recharge que l'on veut en plus doubler d'ici trois ans, ça coûte un bâton!
    Cela dit, si le Québec voulait bien commencer par favoriser le transport en commun électrique, je serais davantage d'accord. Mais comme nous sommes constamment en retard en tout, le bon côté serait de s'y lancer au moment même où les super-chargeurs seront enfin disponibles. Sauf que nous serions malgré tout encore aux prises avec la congestion de la circulation.

  • Bernard Terreault - Abonné 4 janvier 2018 13 h 15

    Transport électrique....

    ... par trains, tramways, trolleybus, métros, trottoirs roulants, escaliers de métro, ascenseurs, mais pas en encourageant la voiture individuelle!

  • Jean Richard - Abonné 4 janvier 2018 13 h 36

    Un portrait douteux...

    « une banlieue d’Oslo » – Veut-on vraiment voir les banlieues pousser comme des champignons, anarchiques, autour des villes qu'elles étouffent ?

    « vous pouvez emprunter les couloirs de bus, se félicite-t-il » – Les couloirs de bus ont été mis en place pour améliorer la mobilité des transports en commun. Veut-on réellement les redonner à l'automobile pour amplifier la congestion et augmenter les coûts des transports en commun tout en les rendant moins efficaces ?

    « faisant bondir sa Tesla » – Assez des bolides inutilement coûteux et puissants. On a eu la Formule E pour démontrer que les gens ne veulent pas tous se laisser électriser par les vroum-vroums électriques.

    « exonérés de toutes taxes (...) ne paient pas les péages urbains, ni le passage par les ponts ou les ferries, et disposent de parkings réservés au centre des villes où ils peuvent se garer et recharger leur voiture gratuitement. » – La gratuité n'existe pas. Il y a quelqu'un quelque part qui paie pour cette gratuité. La gratuité des services publiques, passe, on paie collectivement et on en jouit collectivement, ce qui permet d'amoindrir les inégalités sociales et économiques. Mais une Tesla n'est pas un service publique. C'est un joujou pour gens aisés qui n'ont aucun scrupule à en reflier le coût aux moins fortunés.

    La Norvège offre-t-elle la gratuité des transports collectifs ?

    « a puissante association norvégienne de propriétaires de voitures électriques » – Les lobbies de la voiture électrique quoi ! Ça existe aussi au Québec mais on en parle peu.

    « suffisante pour conduire les enfants à l’école » – Pour automobiliser les enfants le plus tôt possible... Et pour aider la Norvège à conserver un taux d'obésité parmi les plus élevés en Europe...

    Et la Norvège exporte du pétrole, beaucoup de pétrole. Et la Norvège émet plus de GES que la moyenne mondiale et même la moyenne européenne. Et la Norvège est particulièrement énergivore comparée au reste du monde.

    Et si on se prenait un

  • Daniel Grant - Abonné 4 janvier 2018 17 h 51

    Aidons ceux qui agissent avant que ça nous pète dans la face


    C’est bien la moindre des choses d’aider ceux qui ont le courage d’être des adapteurs précoces aux solutions du futurs comme le VE pour cesser de détruire les conditions d’existence de l’humanité.

    Soyons honnête, ses incitatifs au VE sont une infime portion des subventions (en milliards/année), des réductions d’impôt, des royautés ridiculement basses, des prêts généreux des banques, de la dé-responsabilisation accordés aux pollueurs comme Gaz Métro, les pétrolières et l’industrie de l’auto à pollution.

    La pollution des pétrolières coûte beaucoup plus chère à la société (maladies, mortalités, destruction de l’environnement, conflits armés partout dans le monde etc) que les petits incitatifs octroyés par nos gouvernement provinciaux au VE (rien du fédérale).

    Ceux qui croient que le VE pollue croient probablement aussi les gazouillis de Trump et je leur suggère de ne pas s’en faire pcq Trump a dit que le charbon est propre!!!

    Et ceux qui croient qu’il faut réduire la pollution alors depuis 2016 la pollution du transport est supérieure à la pollution causée par la génération d’électricité, alors tout ajout de VE réduira la pollution.


    Bagnole à pollution…voiture électrique…tapis volant