Des pesticides néonicotinoïdes toujours autorisés dans les champs

La lutte contre les pesticides néonicotinoïdes fait rage dans plusieurs pays. En France, les manifestations ont mené à un bannissement complet à compter de 2020.
Photo: Lionel Bonaventure Agence France-Presse La lutte contre les pesticides néonicotinoïdes fait rage dans plusieurs pays. En France, les manifestations ont mené à un bannissement complet à compter de 2020.

Santé Canada propose l’abandon graduel de deux néonicotinoïdes pour certaines utilisations seulement. Ces pesticides pourront continuer à être largement utilisés en agriculture pour l’enrobage des semences.

Les « projets de décision » pour la clothianidine et la thiaméthoxame ont été publiés mardi par l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA). Il s’agit de deux des trois néonicotinoïdes les plus utilisés au Canada. Ces décisions sont maintenant soumises à la consultation du public durant 90 jours.

L’homologation de ces deux types de pesticides sera reconduite pour trois ans, sauf pour certains usages. L’application sur certains arbres fruitiers, sur les surfaces gazonnées ou plantes ornementales ainsi que sur les champs de fraises et de cucurbitacées (courges, concombres, etc.) devra notamment être abandonnée graduellement. D’autres restrictions pour les légumineuses seront aussi mises en vigueur.

Plusieurs municipalités, dont Montréal, interdisent déjà l’utilisation de ces pesticides sur leur territoire.

C’est la mort d’un nombre anormalement élevé d’abeilles domestiques en 2012, au moment de la plantation du maïs et du soja, qui avait déclenché le premier examen par Santé Canada. En réévaluation depuis janvier dernier, il s’agissait à cette étape-ci de déterminer les risques pour les pollinisateurs.

Insuffisant

Ces nouvelles limites ne touchent pas « l’utilisation la plus répandue et qui cause le plus de dommages », soit l’enrobage des semences, déplore Annie Bérubé, directrice des relations gouvernementales chez Équiterre.

« On se demande comment l’ARLA peut rendre une telle décision alors que des groupes de scientifiques pointent dans l’autre direction », ajoute Mme Bérubé.

Elle cite à ce titre le Groupe de travail sur les pesticides systémiques, qui a conclu, après une analyse de la quasi-totalité de la littérature scientifique, que les pesticides de cette famille menacent les fondements de la biodiversité.

« Tant au fédéral qu’au provincial, on disait vouloir réduire l’utilisation des pesticides, mais on ne va pas dans la bonne direction », déplore quant à lui Maxime Laplante, président de l’Union paysanne.

Au Québec, presque toutes les semences de maïs et environ la moitié des semences de soya sont traitées depuis 2008 avec les insecticides de type néonicotinoïdes, selon l’Ordre des agronomes du Québec.

Des semences qui représentent 85 % des volumes de grains totaux vendus dans la province, un marché de 1,1 milliard, évaluent les Producteurs de grains du Québec (PGQ).

Le troisième « néonic », l’imidaclopride, a été détecté en quantité nocive dans les cours d’eau canadiens, au point où l’ARLA en a proposé l’abandon graduel en trois à cinq ans.

L’utilisation de cette classe de pesticides sera restreinte à quelques cultures seulement en France en 2018, puis complètement bannie dès 2020. L’Italie a quant à elle interdit les semences de maïs prétraitées avec des « néonics ».

Ottawa comme Québec doivent accoucher d’une nouvelle politique alimentaire en 2018.

3 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 23 décembre 2017 16 h 41

    Les néonicotinoïdes c'est de la cochonnerie c'est pourtant bien clair.

    Les abeilles en meurent qu'est-ce que vous voulez de plus...? Plus d'abeilles, plus de polonisation c'est clair ça aussi.

    Un monde vivait sans néonicotinoïdes. Avant. Mais on sait maintenant que c'est mortifère pour les abeilles...

    Qu'est ce qui fait que le gouvernement ne tient pas en compte la santé des abeilles? Parce qu'elles ne votent pas?

    Qui sont les imbéciles qui demandent que leur usage soit maintenu...?

  • Yvan Lachapelle - Abonné 24 décembre 2017 05 h 18

    Nos politiciens invertébrés suivront toujours les ordres que Monsanto et Bayer leur ordonnent de faire.

  • Michel Bessette - Abonné 24 décembre 2017 07 h 58

    "Requiescat in pace"... la dernière abeille vient de mourir... fini les fleurs, les fraises, les framboises, les concombres, les tomates, les courges, les pommes, les poires, les prunes, les pommettes, les aubergines, et tout le reste...