Le potentiel pétrolier québécois est très faible, selon Québec

Le ministre Pierre Moreau en compagnie du président de l'Association pétrolière et gazière du Québec, Michael Binnion, en octobre
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le ministre Pierre Moreau en compagnie du président de l'Association pétrolière et gazière du Québec, Michael Binnion, en octobre

Après avoir injecté des millions de dollars de fonds publics dans des projets d’exploration pétrolière, le gouvernement Couillard juge aujourd’hui que le potentiel au Québec est très faible. Le lobby de l’industrie affirme toutefois que certaines entreprises développent des projets d’exploration « très intéressants ».

Coup sur coup, deux ministres du gouvernement ont affirmé cette semaine que le potentiel pétrolier du sous-sol québécois présenterait peu d’intérêt pour une éventuelle exploitation commerciale. « Est-ce qu’on peut [exploiter] beaucoup de pétrole ? La réponse, c’est non. Il n’y en a pas vraiment de pétrole, au Québec », a ainsi soutenu au Devoir la ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon.

La ministre s'est d’ailleurs reportée à son collègue ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, qui a tenu des propos similaires sur les ondes du 98,5 FM lundi matin, dans le cadre d’une entrevue à l’émission Puisqu’il faut se lever. « Selon l’état de la science et des connaissances que nous avons, le potentiel pétrolier au Québec est très, très faible. On parle plus de gaz », a alors fait valoir le ministre Moreau.

Intérêt pour le gaz

Le ministre est allé plus loin en soulignant que l’exploitation d’or noir pourrait être incompatible avec les objectifs du gouvernement du Québec. « Si on veut être cohérents avec la politique énergétique et réduire de 40 % d’ici 2030 notre dépendance au pétrole, on ne va pas aller vers l’exploitation du pétrole », a-t-il laissé tomber.

« Par contre, il y a un intérêt dans l’exploitation du gaz, parce que le gaz réduit entre 25 et 32 % les gaz à effet de serre, si on le compare à l’essence ou au diesel », a ajouté le responsable des dossiers énergétiques. Isabelle Melançon a elle aussi vanté le recours au gaz naturel, qu’elle juge « beaucoup plus vert que le pétrole », surtout dans un contexte de « transition » énergétique.

Il n’en demeure pas moins qu’à l’heure actuelle, un total de 304 permis d’exploration pétrolière et gazière sont en vigueur au Québec. Ceux-ci couvrent un territoire totalisant 53 225 km2. Une bonne partie de ce territoire, située en Gaspésie, est surtout convoitée pour son potentiel pétrolier.

Est-ce que cela signifie que le gouvernement est obligé de composer avec la présence de ces permis, et donc qu’il y aura un jour de l’exploitation d’énergies fossiles au Québec ? « Je ne peux pas répondre, parce que nous sommes en consultations, a répondu la ministre Melançon. On va écouter et on prendra des décisions. »

Trois projets

Concrètement, le ministre Moreau avait prolongé jusqu’au 9 décembre la période d’information et de consultation sur les projets de règlement qui devront encadrer les projets pétroliers et gaziers. Il faut dire que le gouvernement a essuyé de nombreuses critiques, puisque la première mouture de ces règlements, publiée en septembre, prévoyait d’autoriser les forages près des zones habitées, des parcs nationaux et dans les cours d’eau.

« Le gouvernement du Québec n’autorisera jamais l’exploration ou l’exploitation d’hydrocarbures dans les cours d’eau, dans les parcs nationaux, à proximité des garderies, des cours d’école, dans les espaces résidentiels ou au coeur des zones urbaines », a depuis promis le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles. La version définitive des règlements devrait être publiée en 2018.

Selon Pierre Moreau, il y aurait « très peu d’espace » au Québec pour des projets de cette nature. « Il y a environ trois sites sur lesquels il pourrait y avoir un potentiel », a-t-il précisé lundi, en entrevue avec l’animateur Paul Arcand. Il s’agit du projet Galt, de Junex, mais aussi des projets Haldimand et Bourque, développés par Pétrolia et aujourd’hui contrôlés par l’entreprise albertaine Pieridae Energy.

Fonds publics

Ces trois projets, tous situés en Gaspésie, sont surtout développés pour leur potentiel pétrolier. Par exemple, Pieridae a annoncé à la fin du mois de novembre que le projet Bourque pourrait renfermer plus de 800 millions de barils de pétrole. Mais cette ressource nécessiterait des opérations de fracturation pour être exploitable, conclut une étude menée par la firme Sproule.

Selon les données de la société d’État Investissement Québec, le gouvernement est le principal partenaire du projet. Il a aussi injecté plus de 20 millions de dollars dans les travaux d’exploration à Bourque. Investissement Québec a également injecté plus de 18 millions de dollars dans le projet Galt.

En tout, les trois projets mentionnés lundi par Pierre Moreau ont reçu, depuis cinq ans, plus de 50 millions de dollars de fonds publics, par l’entremise d’Investissement Québec.

Projets intéressants

Sans vouloir répliquer directement aux propos des ministres Moreau et Melançon, le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec, Michael Binnion, estime que le potentiel pétrolier au Québec est bien réel. « Certains de nos membres développent des projets d’exploration très intéressants », a-t-il fait valoir mardi.

Tant les entreprises Junex que Pétrolia ont extrait quelques milliers de barils de pétrole brut dans le cadre de leurs travaux exploratoires en Gaspésie. Dans le cas du projet Galt de Junex, plus de 18 000 barils ont notamment été produits en 2016, un record au Québec.

Interpellée sur la suite des travaux pour les projets Bourque et Haldimand, Pieridae a dit attendre une décision conjointe avec ses partenaires, dont Ressources Québec, une filiale d’Investissement Québec. « Tant que la coentreprise n’aura pas statué sur les prochaines étapes, et tant que le nouveau cadre réglementaire ne sera pas connu, il est un peu prématuré de parler d’exploitation alors que nous en sommes toujours à l’étape de l’exploration », a expliqué son porte-parole, Jean-François Belleau.

6 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 20 décembre 2017 00 h 26

    quels enmerdeurs

    Une raison de plus de ne pas enmerder les paysants avec des équipements de forages

  • Jacques Boucher - Abonné 20 décembre 2017 07 h 44

    "Le gaz réduit entre 25 et 32 % les gaz à effet de serre"??????????????

    Monsieur Shields, pourquoi répétez-vous sans mise en garde les propos de la ministre à l'effet que "le gaz réduit entre 25 et 32 % les gaz à effet de serre, si on le compare à l’essence ou au diesel " alors que, si ces pourcentages s'appliquent au CO2 émis lors de la combustion, ils ne tiennent pas compte des fuites de méthane qui font du gaz naturel un combustible fossile comparable au pétrole, en ce qui concerne sa contribution au réchauffement climatique?

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 décembre 2017 09 h 00

    Le non dit


    Même si l’extraction du gaz naturel au Québec était rentable — il ne l’était pas à Anticosti — on ne doit pas oublier que ce gaz devra être acheminé vers les marchés de consommation. En d’autres mots, il faudra construire un réseau d’oléoducs.

    Le 7 juin 2016, le gouvernement Couillard faisait adopter sous le bâillon la loi 106 dont l’article 55 du chapitre III cède aux pétrolières le droit d’expropriation.

    Or justement, pour acheminer le gaz extrait, les pétrolières devront traverser toute la vallée du Saint-Laurent, fortes de ce pouvoir _absolu_ d’exproprier.

    Cela implique donc une expropriation massive, analogue à celle qui a mené à la création du parc Forillon et de l’aéroport de Mirabel dans les années 1970. Avec la différence que tous les mécanismes adoptés depuis pour limiter les abus de pouvoir de l’Etat seront cout-circuités par cette expropriation privée.

    Que ce soit pour le passage du pipeline d’Énergie Est ou un gazoduc ‘québécois’, le résultat sera le même; des centaines de Québécois seront forcés de céder du terrain pour une bouchée de pain avec la complicité du gouvernement libéral ou caquiste.

    À mon grand regret, le PQ a refusé jusqu’ici de s’engager à abroger l’article 55. J’espère qu’il prendra cet engagement d’ici les élections.

  • Danielle Houle - Abonnée 20 décembre 2017 13 h 41

    Potentiel très faible...

    Tout pour endormir les québécois-ses, tout pour endormir les municipalités, les maires ne savent plus où donner de la tête dans ce dossier, alors ils dorment au gaz en attendant que ça leur pète en plein visage. Un jour c'est oui aux hydrocarbures et le lendemain, eh bien on est pas certain...

    Entretenir la confusion afin de contrôler par en dessous.

    Si c'est si faible, pourquoi donc avoir mis en place la maudite loi 106?

    On endort les gens et par la suite, on fore autour d'eux et eux n'ont rien à dire parce que la gang à Couillard en décide ainsi. L'acceptabilité sociale c'est de la poudre aux yeux!!! Tout dans la loi 106 est fait pour faire taire les citoyens-es.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 21 décembre 2017 07 h 13

    Le Devoir doit profiter de la présence accalmie

    Le Devoir devrait profiter d'une accalmie gazière pour nous renseigner sur les effets nocifs pour l'environnement de l'exploitation et de l'utilisation du gaz naturel et du pétrole: lesquelles sont les pires, pourquoi et de combien? Il devrait également publier un article sur les émanations gazières de puits laissés à l'abandon: il y en aurait des milliers Après les élections, ce sera très tard: gagner du temps et, avant les élections, ne pas indisposer le monde municipal, voilà le mandat donné à M. Moreau. Surtout que la CAQ se dit encore plus favorable à ces industries que le gouvernement actuel. Sauf erreur, Anticosti, la CAQ le voulait et le veut encore...
    Au pouvoir, un parti politique éprouve encore plus de difficultés à résister au « chant des sirènes» insolvables en cas de sinistre important, têteuses d'argent public et désireuses de faire rapidement beaucoup d'argent dans des endroits éloignés et peu peuplés.