La norme sur les véhicules sans GES entrera en vigueur en janvier

La ministre de l'Environnement Isabelle Melançon
Photo: Christophe Ena Associated Press La ministre de l'Environnement Isabelle Melançon

Avec l’entrée en vigueur en janvier de la norme « véhicules zéro émission », le gouvernement Couillard estime que les ventes de voitures électriques ou hybrides au Québec pourraient représenter 10 % du total des ventes annuelles en 2025. Un objectif jugé insuffisant par les groupes environnementaux, qui soulignent que plusieurs États ont des cibles nettement plus ambitieuses.

La ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, a annoncé lundi l’entrée en vigueur, au début 2018, de la norme « véhicules zéro émission » (VZE), dans la foulée de l’adoption en octobre de la loi conçue pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) du parc automobile.

En vertu de la réglementation élaborée par le gouvernement, les constructeurs automobiles qui vendent plus de 4500 véhicules neufs chaque année au Québec devront vendre des véhicules électriques ou hybrides. Ces ventes leur permettront d’accumuler des crédits, afin de se conformer aux règles en vigueur.

S’ils dépassent les « crédits obligatoires » qui leur sont exigés, les constructeurs pourront les vendre, par exemple à des constructeurs qui n’auraient pas atteint les cibles fixées par Québec. S’ils ne se conforment pas à la norme VZE, les constructeurs pourraient toutefois devoir payer une « redevance » au gouvernement.

100 000 véhicules

Au-delà du calcul très technique élaboré pour les « crédits » de cette norme VZE, la ministre Isabelle Melançon a soutenu lundi que cette norme devrait permettre d’atteindre l’objectif gouvernemental de 100 000 véhicules électriques ou hybrides sur les routes du Québec d’ici 2020.

« On a fait différents calculs avec la norme, et nous savons que nous allons pouvoir atteindre l’objectif de 100 000 véhicules. Nous sommes très optimistes », a-t-elle fait valoir dans le cadre d’un point de presse tenu dans les locaux d’un concessionnaire automobile de L’Île-des-Soeurs.

Il s’agit toutefois d’une cible encore loin d’être atteinte. Selon les données de Transition énergétique Québec, en date du 30 septembre 2017, on dénombrait 8 864 véhicules entièrement électriques et 10 569 véhicules hybrides rechargeables. Le total des deux types représente environ 0,4 % de la flotte des véhicules personnels au Québec.

Le parc automobile actuel dépasse les 4,5 millions de véhicules dans la province, tandis que les ventes annuelles s’élevaient à plus de 465 000 véhicules en 2016.

Cible insuffisante

Le gouvernement Couillard souhaite par ailleurs que 10 % des véhicules vendus en 2025 soient électriques ou hybrides. Une cible jugée nettement insuffisante par le directeur général d’Équiterre, Sydney Ribaux. « Même si nous nous réjouissons de cette annonce, nous continuons de croire que les objectifs de ventes de véhicules électriques en 2025 demeurent bien en deçà de ce que nous pouvons réaliser au Québec », a-t-il fait valoir lundi, tout en saluant la mise en oeuvre de la norme VZE.

Le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, a pour sa part affirmé que le Québec est « loin derrière » certains États qui ont annoncé leur intention de bannir les véhicules consommant des énergies fossiles au cours des prochaines années. À titre d’exemple, l’Inde souhaite que toutes les voitures mises en marché en 2030 soient électriques.

Équiterre a d’ailleurs rappelé que si 40 % des ventes canadiennes de véhicules électriques sont réalisées au Québec, ces ventes ne représentent encore que 1,25 % du total des véhicules vendus. En Islande, ce total est de 9 % alors qu’en Norvège, il atteint déjà presque 40 %. La Chine a quant à elle annoncé que cette exigence sera de 8 % dès l’an prochain.

Équiterre estime donc que l’objectif de Québec devrait être « d’au moins 50 % » à l’horizon 2025. La ministre Melançon a d’ailleurs reconnu le besoin d’aller « plus loin ». « Les transports étant responsables de 41 % des émissions de gaz à effet de serre du Québec, réduire les GES dans ce secteur constitue une priorité du gouvernement pour lutter contre les changements climatiques », a-t-elle souligné.

12 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 19 décembre 2017 08 h 48

    On jase!

    La norme fait quoi avec les prochaines générations de camions qui viendront sur la route?

    • Cyril Dionne - Abonné 19 décembre 2017 18 h 23

      Les piles électriques (accumulateurs) ne sont pas à point. Les chercheurs ont atteint l'Everest en ce qui concerne une pile qui pourrait donner autant d'énergie qu'elle en reçoit, tout ceci, dans un laps de temps raisonnable. C'est beau rêver comme Équiterre, mais quelle sorte de voiture ou camion voulez-vous si vous être pris dans une tempête de neige au milieu de nulle part en Abitibi?

  • Bernard Terreault - Abonné 19 décembre 2017 09 h 25

    Pas la bonne cible

    L'électrification, c'est bien beau - j'ai une hybride, c'est mieux que rien - mais le véhicule tout électrique n'est absolument pas pratique et coûte ridiculement cher. Subventionner ce dernier revient à subventionner les riches! De plus, en dehors du Québec, l'électricité est produite par combustion de charbon, pétrole ou gaz, et un peu par le nucléaire: on ne fait que déplacer le problème. Le gros du travail à faire pour réduire significativement les émissions de GES et autres polluants, c'est de passer du transport des personnes en auto, et des marchandises en camion, au transport des personnes en bus hybride, tramway ou train électrique, et des marchandises en train ou en bateau autant que faire se peut (même si ça ne plait pas au soi-disant commerce électronique avec ses livraisons à la porte par camionette).

  • Jean Richard - Abonné 19 décembre 2017 10 h 14

    Débrancher les mirages

    Il faut féliciter la mairesse de Montréal pour avoir débranché ce mirage électrique, la formule E, qui aura coûté des millions aux contribuables montréalais.

    Trouverons-nous un jour à Québec, à l'Assemblée nationale, quelqu'un qui aura le cran de procéder à un autre débranchement de mirage : celui de la voiture individuelle électrique, mirage qui nous coûte beaucoup plus cher qu'il nous rapporte.

    Au départ, ce gros calque de l'anglais, « Véhicule Zéro Émission » est aussi brumeux que l'objet qu'il sert à définir. Quand on prend des tonnes de matières premières pour en faire une voiture de deux tonnes et que ces transformations nécessitent des quantités phénoménales d'énergie, principalement de source fossile, et quand en fin de vie utile on devra disposer de ces deux tonnes de matériaux très peu recyclables (comme les bouteilles de verre), on ne peut pas parler d'un véhicule sans émissions (de GES). Faire l'économie de ce détail important, c'est mentir par omission.

    Si la tendance des dernières années se maintient, nous pourrions atteindre les 500 000 voitures neuves vendues au Québec en 2020. C'est énorme. Et ce serait encore plus énorme si ces véhicules étaient tous électriques, car elles coûtent plus cher et nécessitent encore plus de matières premières à transformer.

    D'accord, l'électrification des transports est souhaitable, mais encore faut-il la faire au bon endroit – ce qui exclut l'automobile individuelle. Réduire notre dépendance au pétrole passe d'abord par la réduction de notre dépendance à l'automobile.

    Toutes ces subventions par acheteurs interposés à l'industrie automobile seraient mieux investies dans l'électrification des transports collectifs, du transport des marchandises, des véhicules de service et même des transports actifs assistés. Avalons nos illusions : l'automobile individuelle ne s'installera pas au Québec pour produire ces 500 000 véhicules. Elle restera en Asie, et pour longtemps. Affirmer le contraire s'apparente au men

    • François Rivest - Abonné 19 décembre 2017 12 h 36

      Je suis d'accord avec vous, puisqu'il faudrait évidemment réduire notre dépendance à l'automobile. Néanmoins, il ne faut pas rêver en couleur. À court et à moyen terme, la majorité des déplacements au Québec continueront de se faire en véhicules individuels. Il est certainement préférable que ceux-ci soient des véhicules électriques. Au cours de leur cycle de vie (production et utilisation), ils produisent beaucoup moins de GES et en plus, ils sont nettement moins bruyants. En outre, rien de plus désagréable que de respirer des gaz d'échappement quand on fait du vélo ou de la marche!

    • Jean Richard - Abonné 20 décembre 2017 10 h 20

      « rien de plus désagréable que de respirer des gaz d'échappement quand on fait du vélo ou de la marche! »

      Ce qui est le plus néfaste à respirer pour les cyclistes et les piétons, ce ne sont pas les gaz d'échappement des voitures, mais les particules fines. Jadis il y avait le monoxyde de carbone mais avec les pots catalytiques, on a réduit leur concentration à un niveau acceptable.

      Du côté des transports, les deux gros émetteurs de particules fines sont les moteurs diesel (très peu de voitures, surtout des camions et... des autobus). Les diesel les plus récents ont des filtres à particules, mais c'est encore la minorité des véhicules qui en sont équipés.

      Le deuxième gros émetteur, ce sont tous les véhicules, le taux d'émission étant proportionnel à la masse du véhicule. Ici, il ne s'agit pas de gaz d'échappement, mais de poussières fines provenant de l'usure des pneus et dans une moindre proportion, de celle des freins. On use chaque jour dans la région de Montréal de 300 à 500 pneus, ce qui veut dire quelques tonnes de caoutchouc synthétique (un cocktail non comestible de sous produits du pétrole) pulvérisées en fines poussières que nous respirons. Ces poussières sont lessivées en partie par les eaux de pluie – quand il pleut abondamment. Autrement, elles s'accumulent. En hiver, les particules de sel (généreusement épandu pour faciliter le passage des voitures) s'ajoutent au mélange.

      Plus lourdes que les autres, les voitures à batteries 100 % rechargeables sont loin de contribuer à améliorer la qualité de l'air comme on le prétend. Elles n'ont comme seul avantage que de réduire la consommation de pétrole à l'usage. Quant au bruit, au dessus de 30 km/h, il est aussi élevé que celui des voitures à essence de même catégorie, le plus gros du bruit venant des pneus sur la chaussée.

      Bref, la priorité pour l'électrification des transports n'est pas la voiture individuelle car avec elle, on investit beaucoup pour très peu de résultats.

    • François Rivest - Abonné 20 décembre 2017 13 h 10

      Tant mieux pour vous, si vous aimez l'odeur des gaz d'échappement. Pour ce qui est du poids des véhicules, une Nissan Leaf est à peine plus lourde qu'une berline de la même taille (environ 10%), mais elle est plus légère que les VUS à essence, qui sont les véhicules les plus populaires sur le marché à l'heure actuelle.

  • Pierre Fortin - Abonné 19 décembre 2017 17 h 47

    Pourquoi pas prendre le problème par ses deux bouts ?


    C'est bien de mousser les ventes de véhicules propres, mais l'objectif étant de réduire la production de GES, on peut tout autant prendre le problème par l'autre bout et taxer les gros cylindrés pour les rendre moins attrayants (pour ceux qui aiment ça). L'exercice est plus facile et offre les meilleures chances de résultats.

    L' " Homo Motor " résiste encore à son éducation et il ne changera pas sans être responsabilisé à son devoir de citoyen comme tout le monde. Car il n'y a pas d'alternative, l'avenir climatique ne nous laisse pas le choix.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 20 décembre 2017 14 h 15

      Vous avez raison M. Fortin. Étant moi-même propriétaire d'une voiture 100% électrique (je vis à 50km de mon lieu de travail), je trouve fantastique d'avoir déjà parcouru 28,000Km pour ZÉRO émission. Cependant, je trouve ANORMAL de devoir payer plus, alors que je fais partie de la solution du problème...comme vous dites, il serait GRAND TEMPS que les GROS cylindrés soient pénalisés. Bref, que ce soit le pollueur qui paye! Encore une fois, il s'agit ici d'une question d'ÉDUCATION et de JUGEMENT. «Il y a loin de la coupe aux lèvres.»

  • Cyril Dionne - Abonné 19 décembre 2017 18 h 17

    Des voitures électriques propulsées par le charbon

    « À titre d’exemple, l’Inde souhaite que toutes les voitures mises en marché en 2030 soient électriques. »

    65% de l’énergie électrique en Inde est produite par le charbon. C’est beau d’avoir des voitures électriques, mais elles seront propulsées par le charbon. C’est « ben » pour dire.

    • Jean Richard - Abonné 20 décembre 2017 10 h 32

      65 % ? Il vous en manque 10. C'est 75 % de l'électricité qui est produite à partir du charbon et si on ajoute le gaz et le pétrole, on arrive à 82 %.

      Observons aussi les tendances. Au cours des 25 dernières années, la production d'électricité à partir des combustibles fossiles a augmenté de 427 % alors que le reste n'a augmenté que de 197 %, le gros de cette dernière étant surtout due à l'augmentation du nucléaire.

      Qu'est-ce qui peut nous faire croire que la situation va vraiment changer d'ici 2030 ? L'électrification des voitures en Inde ne fait que diluer la pollution sur un territoire plus vaste, la production d'électricité se faisant le plus souvent en périphérie des villes et non en plein centre.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 décembre 2017 17 h 28

      Je suis d’accord avec vous M. Richard. Il ne faut pas convaincre les convaincus. ;-)

      L’Inde produit 65% d’énergie thermique en brûlant le charbon qui est converti en électricité. Le reste, 22% provient des barrages hydroélectriques, 3% des centrales nucléaires (programme de bombes nucléaires) et le reste, le 10%, en énergies diversifiées comme la biomasse, le solaire, le vent (éolien) et autres.

      Rien n’arrêtera les émissions de GES et le réchauffement planétaire à moins qu’on se conscientise sur l’effet néfaste de la surpopulation. Relire Darwin, Huxley et Co. SVP et l’effet des surpopulations dans un écosystème donné. La Terre a ses limites.

      Il faudrait réduire notre consommation ou notre empreinte écologique mais ceci demeure impossible si nous ajoutons des centaines de millions d’humains sur la planète à toutes les années. Tout le reste demeure un vœu pieux.