Le Québec aurait besoin d’une «révolution énergétique»

Les gaz à effet de serre produits par les transports ont augmenté de 21% entre 1990 et 2015 au Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les gaz à effet de serre produits par les transports ont augmenté de 21% entre 1990 et 2015 au Québec.

La transition énergétique souhaitée par le gouvernement Couillard se manifeste timidement sur le terrain. Le Québec aura besoin d’une véritable « révolution énergétique » s’il espère atteindre ses cibles de réduction de gaz à effet de serre (GES), constate le plus récent rapport sur l’état de l’énergie au Québec, dévoilé mercredi.

« En 2017, on aura beaucoup parlé de transition énergétique : naissance du nouvel organisme Transition énergétique Québec (TEQ), multiples discours, plans d’action, nouvelles consultations, souligne d’entrée de jeu le document produit par la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal. Mais lorsqu’on analyse les données et les tendances, on constate que toutes les paroles prononcées dans l’arène publique auront eu peu d’influence sur notre consommation d’énergie et nos habitudes de vie. »

La plus récente édition de l’État de l’énergie au Québec, un rapport publié chaque année depuis 2014, conclut que les Québécois sont plus que jamais des consommateurs d’essence et de diesel et qu’ils achètent des véhicules toujours plus gros et des maisons toujours plus grandes, « ce qui annule les gains réalisés en efficacité énergétique ».

Redoubler d’efforts

Les auteurs Pierre-Olivier Pineau et Johanne Whitmore notent que les ambitions de réduction de GES fixées par Québec pour 2020 (-20 % par rapport à 1990), pour 2030 (-37,5 % par rapport à 1990) et pour 2050 (-80 % par rapport à 1990) sont « bien supérieures à ce que nous réalisons sur le terrain ».

En 2015, le total des émissions de GES du Québec est demeuré pratiquement inchangé par rapport à 2014, de sorte qu’à cinq ans de la première échéance, il demeure en baisse de 10 % par rapport à 1990.

« Pour atteindre les cibles de réduction de GES, c’est sans doute une révolution énergétique qu’il faudra envisager, parce qu’une transition pourrait ne pas suffire », insistent les chercheurs.

Pour atteindre les cibles de réduction de GES, c’est sans doute une révolution énergétique qu’il faudra envisager, parce qu’une transition pourrait ne pas suffire

Pour le démontrer, le rapport expose une des cibles intérimaires de la politique énergétique 2030 du gouvernement du Québec annoncées en juin dernier : pour 2023, Québec vise une réduction de 5 % de la consommation de produits pétroliers, alors que cette consommation devrait plutôt baisser de 16,7 % pour permettre à la province d’atteindre graduellement la cible de -40 % pour 2030.

« Cela laisse au Québec sept fois plus à faire — soit 35 % de réduction — pour les sept années restantes avant 2030 », résume le document.

« On met tous les efforts possibles pour atteindre ces cibles-là, avec les moyens qu’on a. Et ce que je vois m’encourage beaucoup, parce que l’écart par rapport aux cibles […] n’est pas un écart qui est irrécupérable », a fait valoir mercredi le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau.

Il compte notamment sur le dévoilement début 2018 d’un plan directeur piloté par Transition énergétique Québec pour accélérer la cadence.

Toujours le transport

Comme ce fut le cas dans leurs rapports annuels précédents, M. Pineau et Mme Whitmore montrent du doigt le secteur des transports, qui compte pour 70 % de la consommation totale de produits pétroliers utilisés à des fins énergétiques au Québec.

Entre 1990 et 2015, le total de GES liés à l’énergie a diminué de 5 %. Mis ensemble, les secteurs de la production d’énergie et de l’exploitation minière, de même que ceux du résidentiel, du commercial et de l’industriel ont réduit leur GES de 28 %, alors que celui des transports a augmenté ses émissions de 21 %.

En 2016, la popularité des camions, et en particulier des camions légers, s’est quant à elle confirmée : leurs ventes ont continué de croître, alors que celles des voitures ont poursuivi leur descente.

« Le Québec dépense ainsi plus d’argent pour développer un parc automobile qui ne devient pas plus écologique et qui contribue à la congestion, à la perte de productivité économique, à l’étalement urbain et à la détérioration de la santé des Québécois. »

« Il y a une partie de l’exercice qui est un exercice de pédagogie, de persuasion et de vente de l’importance d’atteindre [les objectifs] », a fait remarquer le ministre Pierre Moreau au sujet des habitudes de consommation des Québécois.

5 commentaires
  • Pierre Gauthier - Abonné 14 décembre 2017 09 h 59

    On croit rêver!

    La recherche scientifique pointe vers la nécessité d'une révolution énergétique et le ministre Moreau plaide pour "un exercice de pédagogie et de persuasion". Je n'ai rien contre la pédagogie, mais je suggère plutôt un exercice de "courage et de leadership politique". On continue d'investir massivement pour augmentater l'offre autoroutière en milieux urbains - on fait même miroiter un absurde troisième lien à Québec, qu'on sait ne jamais devoir se réaliser compte tenu de son impact nul, voir négatif à terme, sur la congestion routière. Bref, augmentons l'offre autoroutière, favorisons l'étalement urbain, et comptons sur des campagnes de sensibilisation molles pour que le citoyen-consommateur, bombardé du matin au soir de publicité automobile, change ses habitudes. La NRA déploie la même logique aux USA, où il est bien connu qu'un augmentation des armes en circulation fait diminuer leur utilisation et augmente la sécurité de tous. Les solutions sont pourtant connues: augmenter massivement l'offre de transport collectif, juguler l'étalement urbain et diminuer l'offre autoroutière et/ou rendre cette dernière plus coûteuse par l'instauration du payage. Et dire qu'en 2009, les opposants au projet Turcot proposaient un tel scénario détaillé de réduction de l'offre autoroutière assortie d'une augmentation des transports collectifs. Ces derniers étaient accusés de naïveté par ceux-là qui préconisaient le "business as usual," et dont certains ont été conviés au prétoire depuis. Je crois que nous sommes mûrs pour un nouveau modèle d'affaires!

    • Jacques Patenaude - Abonné 16 décembre 2017 08 h 42

      Ce serait un modèle d'affaires qui aurait en plus l'avantage de développer l'économie québécoise. Développer le transport en commun électrifié c'est développer l'économie québécoise car nous fabriquons toutes les formes de véhicules de transport collectif et aucune automobile. Réduire le nombre d'auto au profit du transport collectif c'est développer le Québec augmenter le nombre d'autoroute c'est appauvrir le Québec.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 16 décembre 2017 12 h 37

      - Je n'ai rien contre la pédagogie, mais je suggère plutôt un exercice de "courage et de leadership politique" -

      Les politiciens n'ont pas le choix que d'être en phase avec le public. Particulièrement si le sujet a des répercussions concrètes auprès du public.

      Hors le bilan des ventes du mois de novembre au Canada nous donne un recule de 10% des voitures avec 44,061 autos au lieu de 48,945 pour le même mois un an plus tôt.

      Mais en même temps c'est 114,061 camions légers qu'il s'est vendus!

      Ce qui donne une part de marché de 30% aux autos contre 70% pour les camions et VUS.

      Les proportions peuvent être un peu différentes au Québec, mais le portait est du même ordre. Le public se laisse bercer par les flots de publicités déversées dans les médias qui nous lavent le cerveaux pour faire rentrer dans le subconscient que ces engins surdimensionnés sont un objet de désire incontournable au point de rendre malheureux l'idée d'en être privés...

      On pourrait mettre un frein aux pub, et mettre un frein a la grosseur des véhicules. Mais les médias ne sont pas en position de faire les becs fins sur les revenus de publicité, et l'État lui apprécie les revenus de taxes particulièrement élevés sur ces véhicules obèses.


      Alors rien ne bouge.
      Même si le l'expérience de la France démontre une efficacité certaine et rapide a l'implantation de bonus/malus. Même les tagués d'écolos n'en parlent pas, tout occupés a promouvoir des "d'investissement" qui ne livreront pas un gramme de réduction de GES...

      Les ventes de novembre,
      http://auto.lapresse.ca/actualites/201712/04/01-51

      Et en bas d'article, CCA-Québec calcule une consommation 31% plus élevée pour un VUS compact que pour une voiture compact,
      http://auto.lapresse.ca/auto-ecolo/201712/11/01-51

  • François Beaulé - Abonné 14 décembre 2017 10 h 15

    Étalement urbain et surconsommation

    « De 1990 à 2014, la consommation d’énergie dans le transport de marchandises a connu une forte croissance par rapport à celle des véhicules personnels, soit une hausse de 44 % comparativement à 12 % pour les véhicules personnels durant la même période. » p.25 et graph.22

    N'en déplaise au ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, il faudra plus que de la pédagogie pour inverser une tendance qui est directement liée à l'évolution de l'habitat et aux habitudes de surconsommation des Nord-Américains.

    Ce n'est pas l'augmentation des ventes de véhicules individuels qui provoque l'étalement urbain, c'est l'inverse, l'étalement urbain amène les gens à se procurer d'avantage de véhicules pour se déplacer. Il faut donc agir directement sur l'urbanisme en imposant un minimum de densité des habitations. Par exemple un terrain typique de banlieue de 75 x 100 n'accueille qu'une seule famille, alors que 3 duplex pourraient y être construits. Si on imposait une densité 4 à 6 fois celle d'une banlieue actuelle, on réduirait l'étalement par un même facteur.

    La surconsommation de marchandises a un impact encore plus grand sur la consommation d'énergie et sur les émissions de GES. Non seulement les Québécois ont-ils consommé 44 % plus d'énergie pour le transport des marchandises entre 1990 et 2014, mais ces marchandises ont été consommées. Donc surconsommation et gaspillage.

    En ajoutant : « Le transport aérien de voyageurs est, cependant, le mode dont la consommation d’énergie a connu la hausse la plus importante depuis 1990, soit 89 %. » On ne peut qu'être d'accord avec les auteurs qu'il faudra une révolution énergétique qui passe par une révolution du mode de vie pour réduire de façon drastique nos émissions de GES. Alors que les gouvernements du Canada et du Québec n'ont proposé aucune intervention sur le mode de vie...

  • Linda Dauphinais - Inscrit 14 décembre 2017 20 h 11

    Merci M. Karl Rettino-Parazelli ...

    Enfin nous parlons des vraies affaires... les vraies affaires étant que le gouvernement ne fait que de lancer de la poudre aux yeux avec tous ses boniments hautement stratégiques et marketisés à l'infini...

    Y-en-a-marre des Fake politique... nous voulons des politiques qui décourages les gros M'AS-TU- VUS, les grosses maisons énergivores, les grosses n'importe quoi en somme qui prennent de l'énergie sale pour fonctionner et que nous redistribuons sans mot dire depuis trop d'années sur cette planète qui veut bien nous faire vivre mais dont nous ne respectons pas les LOIS inaltérables... Les humains... tristes sires qui mettent en péril, les lendemains de nos petits-enfants... Honte et re-honte... aux gouvernements qui encourages ces comportements malsains ainsi qu'à ceux pas assez éveillés pour voir qu'ils sont en train de tuer le capital santé de leurs enfants... C'est triste tout cela...