Énergies fossiles: la Banque mondiale ferme le robinet

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, le président français, Emmanuel Macron, et le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, posent pour les photographes au One Planet Summit organisé à Paris.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, le président français, Emmanuel Macron, et le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, posent pour les photographes au One Planet Summit organisé à Paris.

Le One Planet Summit organisé à l’initiative de la France a été ponctué mardi d’appels de plus en plus pressants en faveur d’une sortie des énergies fossiles, passage obligé pour lutter efficacement contre les changements climatiques. Des acteurs majeurs du secteur financier, dont la Banque mondiale, ont d’ailleurs annoncé leur intention de mettre un terme au financement des projets pétroliers et gaziers.

« Les énergies fossiles appartiennent au modèle économique du passé. Elles ne sont plus la solution, elles sont le problème », a résumé le ministre français de la Transition écologique, Nicolas Hulot, dans le cadre de cet événement réunissant près de 4000 participants, dont des représentants de plus de 130 pays.

Le ministre Hulot a d’ailleurs montré du doigt l’« hypocrisie » des acteurs politiques qui plaident en faveur d’une décarbonisation de l’économie et du secteur énergétique tout en maintenant les soutiens financiers aux énergies fossiles.

Les énergies fossiles appartiennent au modèle économique du passé. Elles ne sont plus la solution, elles sont le problème.

 

« La cohérence impose de mettre un terme à cette contradiction », a-t-il insisté, en appelant à « la fin des subventions » au pétrole, au gaz naturel et au charbon.

Le sommet d’une journée, qui se tenait en banlieue de Paris, a été ponctué de plusieurs prises de parole en faveur d’un virage ambitieux pour sortir l’humanité de sa dépendance aux énergies fossiles. Certains acteurs influents de l’économie mondiale ont d’ailleurs annoncé des gestes concrets en ce sens, parmi les diverses mesures dévoilées dans le cadre des différents ateliers.

Banque mondiale

L’annonce la plus marquante est venue de la Banque mondiale, qui a fait savoir qu’elle « cessera de financer les activités en amont du secteur pétrolier et gazier après 2019 ». Cela signifie que l’institution ne financera plus les projets d’exploration et d’exploitation d’énergies fossiles, un secteur où elle investit annuellement plus d’un milliard de dollars.

La Banque mondiale prévoit toutefois, « exceptionnellement », de maintenir son appui dans le cas où des projets permettraient « l’accès à l’énergie des pauvres et lorsque le projet est conforme aux engagements du pays au titre de l’Accord de Paris ».

Les groupes environnementaux ont unanimement salué la décision de la Banque mondiale. Greenpeace y voit « un vote de non-confiance à l’industrie des combustibles fossiles », tandis qu’Équiterre a évoqué « un pas historique vers l’atteinte des engagements de l’Accord de Paris ».

Un pas qui est venu s’ajouter à l’annonce, plus tôt en journée, du retrait de l’assureur français Axa (le plus important au monde) du secteur des sables bitumineux.

L’entreprise a également annoncé qu’elle va quadrupler les investissements dans les énergies renouvelables d’ici 2020.

« Même les géants de ce monde comprennent que l’heure est venue d’investir dans les énergies renouvelables et d’accélérer la transition mondiale vers les énergies propres. Nous souhaitons que le Canada fasse preuve du même leadership en éliminant les subventions aux énergies fossiles, qui s’élèvent à 1,6 milliard de dollars chaque année au pays », a souligné le directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault.

L’ancien maire de New York Michael Bloomberg et le gouverneur de la banque d’Angleterre Mark Carney ont par ailleurs fait savoir en matinée que 237 entreprises, totalisant une capitalisation boursière de 6300 milliards, ont jusqu’ici décidé d’adhérer au principe du « Task Force on Climate-Related Financial Disclosures » porté par M. Bloomberg.

Ces entreprises s’engagent ainsi à faire preuve de plus de transparence en matière de « risques climatiques » pour les investisseurs.

Trump critiqué

Instigateur du One Planet Summit, le président français, Emmanuel Macron, a salué mardi les gestes posés par les acteurs du monde financier, tout en déplorant le manque d’ambition en matière de lutte contre les changements climatiques, mais aussi pour le financement promis aux pays en développement pour leur permettre de s’adapter aux impacts du climat changeant.

Un message repris par le secrétaire général des Nations unies, António Guterres. « Nous n’avons pas gagné la guerre des changements climatiques », a-t-il fait valoir lors de la plénière de conclusion du sommet. « Nous sommes engagés dans un combat pour le maintien de la vie sur notre planète, alors que les changements climatiques surviennent de plus en plus rapidement. »

Les principaux intervenants invités à Paris ont par ailleurs critiqué ouvertement le président Donald Trump, tout en se voulant rassurant quant à l’engagement américain sur le front climatique.

« Les États-Unis ne se sont pas sortis de l’Accord de Paris. Donald Trump a sorti Donald Trump de l’Accord de Paris. Nos villes et nos États sont toujours engagés, mais aussi nos entreprises, nos gouverneurs, etc. Nous sommes tous encore dans l’Accord et nous allons agir », a lancé l’ancien gouverneur républicain de la Californie Arnold Schwarzenegger, invité vedette de la rencontre parisienne.

Notre journaliste assiste au One Planet Summit à l’invitation du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères de la France à Paris.

6 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 13 décembre 2017 00 h 42

    et-oui, que de temps pour convaincre certains

    encore ca de moins pour les affamés de polutions, allons-nous ariver un jour a les convaincre qu'ils sont en train de jouer avec l'avenir de la planète, quels morons de la pire des espèces ,enfin peut être que ca prend de tout pour faire un monde enfin ne dit on pas que patience et longueur de temps valent mieux que force ni que rage

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 13 décembre 2017 06 h 32

    Investir idiotement et nostalgiquement dans un tocard

    L'on entend encore cette ineptie: «Le Québec est assis sur un tas d'argent pétrolier et gazier. Alors, pourquoi ne pas faire comme les autres, aller le chercher». Idiote nostalgie! Je ne comprends pas l'ardeur mise par le gouvernement actuel et la CAQ à soutenir la recherche de pétrole ou de gaz là où il n'y en a jamais suffisamment eu pour l'exploiter, surtout qu'il faut énormément d'argent pour le faire, que les compagnies le faisant chez nous n'en ont pas et n'en trouveront pas ailleurs que dans les poches des contribuables et que les risques environnementaux encourus ici et ailleurs sont énormes. C'est comme si on aimait nous faire passer pour des perdants! On ne peut même pas avancer la crainte de perdre des emplois, ceux-ci n'existant pas! Alors, pourquoi investir de l'argent public dans un secteur en grande perte de vitesse!

  • Robert Beaulieu - Abonné 13 décembre 2017 09 h 27

    Est-ce assez clair?

    Au même moment au Québec notre gouvernement passe des lois et règlements faits sur mesures pour les industries des hydrocarbures, est lui-même actionnaire de ces corporations, leurs donne ouvertement et de façon déguisée (dédommagement Anticosti) des subventions.
    Ce n'est pas tout. Le gouvernement prend la part des pétrolières contre les citoyens et leurs municipalités (Ristigouche), légifère pour empêcher les municipalités de protéger leur eau et leur territoire.
    Et que dire du complot outrageux, alors que sans gène aucune, le gouvernement dilapide le Fond Vert au profit de Gaz Métro en finançant des infrastructures (gazoducs, etc.) devant servir à long terme pour une énergie plus dommageable au total en terme de GES que le charbon!
    La légende urbaine que le gaz (de schistes naturel) est moins dommageable que le diésel se dégonfle rapidement malgré la campagne intense de désinformation et le changement d'image trompeur (Énergir) de cette industrie d'une autre époque.
    J'espère que la Caisse Desjardins et nos autres institutions financières sont attentives aux constats du sommet de Paris par rapport aux choix d'investissements intelligents que nous devons faire pour minimiser les effets de la catastrophe appréhendée.

  • Danielle Houle - Abonnée 13 décembre 2017 11 h 13

    Il était temps et j'espère pas trop tard!!!

    J'espère que c'est la bonne fois/foi!

  • Serge Lamarche - Abonné 13 décembre 2017 14 h 00

    Gros pas dans la bonne direction

    Cette fois pas de doute, le cercle vicieux des profits contre l'avenir de la planète commence à s'effriter.