«One Planet Summit»: un sommet pour financer l’action climatique

Le One Planet Summit se veut un rendez-vous politique et financier censé permettre d’accélérer le virage planétaire en faveur de la lutte contre les changements climatiques.
Photo: Philippe Lopez Agence France-Presse Le One Planet Summit se veut un rendez-vous politique et financier censé permettre d’accélérer le virage planétaire en faveur de la lutte contre les changements climatiques.

Deux ans après le sommet qui a permis de conclure l’Accord de Paris, la capitale française accueille ce mardi le «One Planet Summit», un rendez-vous politique et financier censé permettre d’accélérer le virage planétaire en faveur de la lutte contre les changements climatiques.

L’idée du One Planet Summit a été lancée l’été dernier par le président français Emmanuel Macron, dans la foulée du retrait annoncé des États-Unis de l’Accord de Paris. Cette rencontre consacrée au « financement des actions climatiques » est co-organisée par la France, la Banque mondiale et les Nations unies.

Plusieurs ont d’ailleurs répondu à l’appel du président Macron, puisqu’une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement, des représentants de 130 pays, mais aussi 4000 participants du milieu des affaires et de la société civile sont présents ce mardi à la Seine Musicale, à Boulogne-Billancourt, en banlieue de Paris. Et près de 1000 journalistes couvrent l’événement.

La ministre canadienne de l’Environnement, Catherine McKenna, ainsi que la ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Isabelle Melançon, sont présentes à Paris.

Valse de milliards

Contrairement aux conférences climatiques des Nations unies (les COP), qui se déroulent habituellement sur deux semaines, le One Planet Summit parisien se résume à une seule journée de panels et d’annonces diverses provenant principalement des gouvernements et du milieu des affaires.

Regardez le sommet en direct
 

 

En début de rencontre, Miguel Arias Canete, commissaire européen pour l’énergie et l’action climat, a d’ailleurs annoncé un investissement de neuf milliards d’euros (11,5 milliards de dollars) pour le financement de projets liés aux « villes durables » et à l’« agriculture durable ». Cette enveloppe fait partie du plan d’investissements de 44 milliards de l’Union européenne en faveur d’initiatives « vertes », notamment en Afrique.

Miguel Arias Canete a également réaffirmé la volonté de l’Union européenne de travailler pour garantir la disponibilité des 100 milliards de dollars promis par les pays riches aux pays en développement d’ici 2020, afin de leur permettre de s’adapter aux bouleversements climatiques, mais aussi de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Ce premier objectif, qui n’est toujours pas atteint, n’est d’ailleurs qu’un petit pas dans la longue marche pour éviter le naufrage climatique. Pour réduire les gaz à effet de serre et respecter la cible de l’Accord de Paris, soit de limiter le réchauffement au maximum à 2 °C d’ici 2100, il faudra des investissements nettement plus significatifs, surtout pour la transition énergétique.

« L’Agence internationale de l’Énergie estime qu’il faudra en moyenne 3500 milliards de dollars [d’investissements dans le secteur énergétique] chaque année pendant 30 ans pour contenir l’augmentation des températures », a ainsi souligné le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim juste avant ce One Planet summit.

Plusieurs annonces sont prévues à Paris, dans le contexte de la rencontre. L’ancien maire de New York Michael Bloomberg et le gouverneur de la banque d’Angleterre Mark Carney ont ainsi fait savoir en matinée que 237 entreprises, totalisant une capitalisation boursière de 6300 milliards de dollars, ont jusqu’ici décidé d’adhérer au principe du « Task Force on Climate-Related Financial Disclosures » porté par M. Bloomberg. Ces entreprises s’engagent ainsi à faire preuve de davantage de transparence en matière de « risques climatiques » pour les investisseurs.

La fin des fossiles

Qui plus est, limiter les bouleversements climatiques imposerait de tourner rapidement le dos aux énergies fossiles, ont fait valoir plusieurs intervenants présents à la rencontre de Paris, dont le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, il faudrait laisser entre 80 % et 90 % des réserves connues de charbon, un tiers de celles de pétrole et la moitié de celles de gaz. Or, à l’heure actuelle, l’humanité est toujours très dépendante des ressources fossiles, puisque 80 % de l’énergie mondiale est produite à partir de ces ressources.

Des groupes environnementaux ont d’ailleurs manifesté mardi à Paris, en marge du One Planet Summit, organisé sous haute sécurité. Les organisations ont demandé aux gouvernements de ne plus investir dans le secteur des énergies fossiles.

Un message repris par le ministre français de la Transition écologique, Nicolas Hulot. « Les énergies fossiles appartiennent au modèle économique du passé. Elles ne sont plus la solution, elles sont le problème », a-t-il fait valoir mardi. Selon lui, les États doivent donc mettre un terme aux soutiens financiers pour ces énergies, qui dépassent les 300 milliards de dollars par année.

Des acteurs du secteur privé ont aussi annoncé des gestes en ce sens mardi. C’est le cas de l’assureur français Axa (le plus important dans le monde), qui a notamment promis la fin de ces investissements dans le secteur des sables bitumineux, mais aussi dans le charbon.

L’ombre de Trump

Le président américain Donald Trump n’a pas été invité à ce sommet, mais le président français Emmanuel Macron lui a lancé un appel lundi, dans le cadre d’une entrevue à CBS.

« […] Je pense que c’est une grande responsabilité face à l’Histoire et je suis assez certain que mon ami le président Trump va changer d’avis dans les mois ou les années à venir », a-t-il dit, en évoquant le retrait annoncé des États-Unis de l’Accord de Paris. Un retrait d’autant plus significatif que le pays est le deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre.

Dans le cadre d’une entrevue au Figaro, l’ancien ministre Laurent Fabius, qui a négocié l’Accord conclu à Paris en décembre 2015, a qualifié la décision de l’administration Trump de « contresens scientifique et historique ».

Selon lui, ce geste politique « a des conséquences négatives directes » sur le financement public des actions climatiques, un sujet qui est au coeur du One Planet Summit.

5 commentaires
  • François Genest - Inscrit 12 décembre 2017 08 h 38

    Pour regarder le sommet en direct

    Voici le lien : https://www.oneplanetsummit.fr/fr/regardez-le-sommet-en-direct/

    • Pierre Robineault - Abonné 12 décembre 2017 10 h 29

      Merci de ce précieux renseignement!

  • Pierre Robineault - Abonné 12 décembre 2017 10 h 29

    Heureux

    Je suis très heureux d'apprendre que vous y serez présent, monsieur Shields.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 12 décembre 2017 11 h 13

    La langue de l'argent

    Macron et Hulot entendent parler des vraies affaires concernant le climat, convoquant oligarques et ploutocrates de tout crin. Aussi pour bien se faire comprendre ont-ils coiffé leur événement d'un titre tout approprié pour la capitale française, le "One Planet Summit".

    Toute cette racaille issue des beaux milieux parle la langue de l'argent des "too big to fail", mais ils feraient mieux de lire le livre d'un américain de naissance qui lui a écrit en français un ouvrage qui restera une véritable réponse à leur charabia, "Trop tard la fin d'un monde et le début d'un nouveau" de Harvey Mead (édition Écosociété). C'est aussi le livre que je vous invite à offrir à tous ceux et celles qui cherchent à comprendre vers où nous mènent ces capitalistes qui ne carburent qu'au "business as usual".

  • Jean-Laurent Auger - Abonné 12 décembre 2017 11 h 59

    Et durant ce temps...

    Où en sommes-nous quant aux subventions fédérales récurentes dans les sables bitumineux? M. Trudeau a-t-il donné suite à ses promesses électorales?

    Même le Mouvement Desjardins a mis fin à son moratoire sur ses investissements reliés au transport des sables bitumineux, le pétrole le plus sale de la planète.

    Sans parler de la Caisse de Placement et dépôt.

    "Avançons par en arrière" semble être le mot d'ordre.