Les femmes sont les premières victimes des changements climatiques

À Segunda, en Afrique du Sud, des femmes transportent de l’eau. Les femmes sont aux premières loges des impacts de plus en plus concrets des sécheresses, des phénomènes climatiques extrêmes, de la désertification ou alors de la raréfaction des ressources.
Photo: Mujahid Safodien Agence France-Presse À Segunda, en Afrique du Sud, des femmes transportent de l’eau. Les femmes sont aux premières loges des impacts de plus en plus concrets des sécheresses, des phénomènes climatiques extrêmes, de la désertification ou alors de la raréfaction des ressources.

Les impacts dévastateurs des changements climatiques sont de plus en plus connus. Mais ce que l’on sait moins, c’est que les femmes en sont le plus souvent les premières victimes. Cette réalité doit d’ailleurs plus que jamais être prise en compte, ont rappelé lundi plusieurs intervenantes de différents horizons dans le cadre d’un événement organisé à la veille du One Planet Summit de Paris.

« Plus de 80 % des victimes du tsunami qui a dévasté Aceh [en Indonésie] en 2004 étaient des femmes avec des enfants », a rappelé d’entrée de jeu la ministre des Finances de l’Indonésie, Sri Mulyani, dans le cadre d’un événement organisé en soirée au siège du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, à Paris.

Cette situation dramatique illustre un phénomène beaucoup plus vaste, a d’ailleurs souligné la Secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, Patricia Espinosa. Les femmes sont aux premières loges des impacts de plus en plus concrets des sécheresses, des phénomènes climatiques extrêmes, de la désertification ou alors de la raréfaction des ressources, a-t-elle fait valoir. « Cette situation est la réalité de millions de femmes dans le monde. »

Les données officielles lui donnent d’ailleurs raison. Les femmes sont ainsi victimes de surmortalité, par rapport aux hommes, lors des catastrophes naturelles, des phénomènes qui auront tendance à augmenter en raison du réchauffement global.

Lors de ces catastrophes, les femmes connaîtraient un taux de surmortalité cinq fois supérieur à celui des hommes, selon des données d’Oxfam. En plus du tsunami de 2004, les intervenantes ont notamment cité lundi l’exemple du cyclone qui, en 1991, a frappé le Bangladesh, tuant 70 femmes sur 1000, contre 15 hommes sur 1000.

Qui plus est, les bouleversements du climat mettent plus que jamais en péril l’agriculture dans plusieurs régions du monde, notamment dans les pays en développement. Or, 80 % de la production alimentaire d’Asie et d’Afrique subsaharienne repose sur un modèle agricole familial dont, dans 45 à 80 % de cas, les femmes assument la charge.

Dans les zones rurales des pays en voie de développement, l’approvisionnement en eau et en alimentation repose essentiellement sur les femmes et les filles. Elles sont donc les premières touchées lorsque survient une sécheresse ou des pluies qui ruinent les récoltes. Quand la nourriture et l’eau viennent à manquer, elles doivent redoubler d’efforts pour subvenir aux besoins du foyer.

Le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) constate d’ailleurs ce facteur de croissance des inégalités entre hommes et femmes, tandis que l’Accord de Paris reconnaît la nécessité que les femmes et les questions de genre soient mieux intégrées dans la planification de l’action climatique.

Femmes et action

Malgré la démonstration du phénomène, l’action n’est toujours pas au rendez-vous, a déploré lundi une coalition d’organisations de défense des droits des femmes. Dans le cadre d’un appel pour une « finance climat en action pour les femmes », elles ont souligné qu’à peine « 0,01 % des financements mondiaux soutiennent des projets s’attaquant à la fois au changement climatique et aux inégalités entre les sexes ».

Cette coalition, qui compte des organisations issues de plusieurs régions du monde, a donc plaidé en faveur d’une augmentation « significative des financements publics » dans la lutte contre les changements climatiques, avec pour ambition que 20 % des « projets » financés aient aussi « pour objectif principal de réduire les inégalités entre les sexes », et ce, d’ici 2020. Les femmes sont « vecteurs de changement et d’évolution » en matière de développement durable, a fait valoir Mme Espinosa, en offrant son soutien à cette initiative.

Le regroupement propose par ailleurs de favoriser l’inclusion des femmes dans les prises de décision quant aux milliards de dollars qui sont désormais dirigés vers la lutte contre les changements climatiques. L’enjeu est d’autant plus important que la communauté internationale s’est engagée à verser, dès 2020, plus de 100 milliards de dollars par année aux pays en développement pour leur permettre de mieux s’adapter aux impacts du réchauffement, mais aussi de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

« Le meilleur outil que nous avons pour lutter contre les changements climatiques, c’est l’égalité entre les hommes et les femmes », a d’ailleurs fait valoir Yannick Glemarec, directeur exécutif adjoint d’ONU-Femmes.


Les villes doivent agir

Plus que jamais, les villes devront faire des gestes significatifs en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, a déclaré lundi à Paris la directrice de la Fondation européenne pour le climat, Laurence Tubiana. À la veille du One Planet Summit, conçu pour accélérer la mise en oeuvre de l’Accord de Paris, plusieurs dirigeants d’entreprises et d’organisations financières ont d’ailleurs abondé dans ce sens, dans le cadre d’une rencontre organisée par l’organisation patronale Mouvement des entreprises de France (MEDEF). Il est vrai que les villes, qui sont déjà responsables de 70 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète, continueront de croître au cours des prochaines décennies. En 2050, prévoit la Banque mondiale, plus de sept milliards de personnes vivront dans les villes, et l’essentiel de la croissance du nombre d’urbains se fera dans les pays en développement. Le ministre français de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a d’ailleurs insisté sur l’urgence d’agir. « Nous savons que nous marchons sur le seuil de l’irréversible. »
4 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 12 décembre 2017 02 h 01

    La vie avant l'économie!

    Les pays industrialisés qui sont responsables de ces changements climatiques manquent de responsabilité quand ils prétendent que l'économie est plus importante que les effets de serre dévastateurs auprès des femmes du Tiers-Monde.

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 12 décembre 2017 11 h 14

    Versement de grosses sommes à questionner

    Qui va payer les 100 millards $ par année? Les contribuables des pays donateurs ou le 1% qui place son immense fric dans les paradis fiscaux?

    Qui va profiter des 100 millards $ par année? Les citoyens, surtout les femmes, des pays en développement ou les membres de leurs gouvernements corrompus?

  • René Bourgouin - Inscrit 12 décembre 2017 12 h 04

    "Ploguer" les changements climatiques sur n'importe quel sujet

    Ça devient ridicule cette association entre les changements climatiques et n'importe quel sujet.

    Bientôt on nous sortira une "étude" liant les changements climatiques à l'islamophobie, liant les changement climatiques à l'élection de Donald Trump, liant les changements climatiques à la situation du français au Québec, liant les changements climatiques aux mosures de pitbull (c'est pas les chiens qui sont méchants, c'est à cause des changements climatiques)...

    Lors de catastrophes, qu'elles aient un rapport ou non avec les changements climatiques, les personnes vulnérables écopent plus. Et dans les personnes vulnérables, on retrouve oui les femmes, mais aussi les enfants ou les personnes âgés. On a besoin "d'études" pour découvrir ça?...

    Mais il fallait coûte que coûte lier la cause des femmes et la cause des changements climatiques. C'était le mandat de cette "étude"...

    • Robert Beaulieu - Abonné 12 décembre 2017 20 h 31

      Vous avez peut-être lu l'article trop vite? Vous êtes sans doute tanné d'entendre parler de changements climatiques? Mon pauvre monsieur, vous n'avez pas fini d'être tanné au train où vont les choses.
      Avez-vous exigé de votre député qu'il ou elle fasse pression pour que ce dossier soit adressé? Vous êtes vous joint ou au moins supporter financièrement un groupe citoyen qui travaille pour protèger l'environnement? C'est LE problème qui ne peut pas attendre et on en fait parti ou bedon on fait parti de la solution. Merci pour l'article M.Shields