Où va le contenu de votre bac de recyclage?

Le bac de recyclage fait partie de la vie des Québécois depuis plus de 20 ans. Or, on en sait toujours peu sur la destination finale de ce qui y est déposé, et le recyclage de certaines matières fait toujours piètre figure. Pendant ce temps, des entreprises développent des procédés innovants pour recycler les intrus du bac et des citoyens misent sur des solutions maison pour réduire leurs déchets et minimiser leur empreinte environnementale. Tour d’horizon.

Pour plusieurs, le geste est devenu banal. Tous les jours, on dépose le papier, mais aussi le carton, les bouteilles de verre et de plastique, les pots de yogourt et les sacs de plastique dans notre bac vert. Tout aussi naturellement, on le dépose à la rue le jour venu.

Qu’advient-il de toutes ces matières, avalées par le camion de la collecte sélective ? La question est d’autant plus pertinente que 996 000 tonnes de matières, dont 774 000 provenant des collectes municipales, ont été acheminées en 2015 aux 29 centres de tri, selon Recyc-Québec. Une quantité trois fois plus importante qu’il y a 15 ans.
 

 

Destination inconnue

Impossible toutefois de savoir avec précision ce que les centres de tri font de toutes ces matières, explique Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets. « Les centres de tri font de la consolidation de matières, donc il est difficile de préciser d’où elles proviennent.

Une fois arrivées aux centres de tri, on ne sait pas où elles [les matières] vont en sortant. Il faudrait appeler chaque centre de tri et voir les contrats avec les acheteurs des matières. Ils ne le diront pas, pour des raisons de confidentialité. Souvent, les matières sont vendues à des courtiers qui les revendent à d’autres courtiers, à des fins d’exportation. »

Recyc-Québec, société d’État qui est la référence « pour tout ce qui touche à la gestion responsable des matières résiduelles au Québec », est incapable d’assurer la traçabilité des matières récupérées pour des coûts annuels de plus de 150 millions.

« Nous n’avons pas accès aux registres précis. Ces informations sont souvent gardées confidentielles par les entreprises », notamment par les centres de tri, admet la directrice aux opérations chez Recyc-Québec, Sophie Langlois.
 

  

Recyclables non recyclés

On sait, cependant, que les ménages québécois ont généré en 2012 (selon le dernier bilan de Recyc-Québec produit en 2015) plus d’un million de tonnes de matières « potentiellement » recyclables (hors et dans le bac). Pas moins de 63 % de ces matières ont été déposées dans les bacs et envoyées dans un centre de tri. Mais en fin de compte, seulement 54 % des matières recueillies ont effectivement été revendues en 2015 par les centres de tri, donc acheminées « aux fins de recyclage ». Un recul par rapport au taux de 59 %, observé en 2012 par Recyc-Québec.

On est toujours loin du taux de 70 % de recyclage des matières récupérées que visait le gouvernement en 2015. Est-ce possible d’atteindre cette cible ? « Il faut continuer de travailler pour que l’amélioration de la qualité et des quantités de matières récupérées se concrétise à toutes les étapes de la chaîne », rétorque Mme Langlois, précisant que la récupération est « très répandue » dans le secteur résidentiel.

Parmi les enjeux à surveiller : le sort du plastique et du verre, dont le recyclage accuse toujours un sérieux retard au Québec, d’après les données officielles. À peine 14 % du verre récupéré dans votre bac est vendu pour être recyclé. En l’absence de solution de récupération efficace, le verre sert le plus souvent de matériau de recouvrement dans les sites d’enfouissement.

Quant au plastique, la proportion de ce qui est dirigé « aux fins de recyclage » ne dépasse pas les 18 %, et ce, même si son utilisation est de plus en plus répandue. Québec songe à étendre aux bouteilles de plastique le système de consigne, resté inchangé depuis plus de 30 ans. Un « groupe de travail » mandaté par le ministère de l’Environnement se penche présentement sur cet enjeu.

Récupérer des matières recyclables pour ensuite les exporter à des milliers de kilomètres d’ici, c’est contraire à tout le principe du recyclage

Exportation croissante

Malgré ces lacunes, les centres de tri ont tout de même vendu 800 000 tonnes de matières recyclables en 2015, dont plus de 707 000 tonnes de papier et de carton.

Encore là, les données de Recyc-Québec n’indiquent pas avec précision où sont allées ces matières.

Le dernier bilan distingue seulement les matières vendues ici et hors du Québec — notamment par l’entremise de courtiers — et révèle que la part destinée à l’exportation a grimpé de 50 % à 60 % entre 2010 et 2015. La moitié du plastique est exportée, et pas moins de 64 % du papier et du carton, dont le principal acheteur est la Chine.

Recyc-Québec n’y voit pas un problème environnemental. « L’exportation n’ajoute pas nécessairement du transport, fait valoir Mme Langlois.

Au contraire, on optimise le transport, parce que les marchés asiatiques envoient beaucoup de produits au Québec par bateau. Au lieu de repartir vides, ces conteneurs-là sont remplis de matières recyclables. »

Karel Ménard ne partage pas cet avis. « Récupérer des matières recyclables pour ensuite les exporter à des milliers de kilomètres d’ici, c’est contraire à tout le principe du recyclage. »

La ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, se dit aussi préoccupée par la dépendance du Québec à l’exportation des matières recyclables.

La situation est d’autant plus préoccupante que la Chine, notre principal client, fermera ses frontières à l’importation de plusieurs matières d’ici la fin de 2017.

La ministre, Recyc-Québec et Éco Entreprises jurent que les matières recyclables ne seront ni enfouies ni incinérées. Reste à voir quels moyens seront mis en place pour y parvenir.

15 commentaires

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  • Serge Pelletier - Abonné 9 décembre 2017 06 h 12

    Nos sites d'enfouissements sont très biens "cordés"

    Il n'y a qu'une solution, oui oui une seule, pour un organisme qui pompe, re-pompe, et re-re-pompe des sommes monétaires colossales pour son fonctionnemet, et qui en fin de cycle ne produit rien, n'a des résultats significatifs sur rien, et ne sait rien: LE CONGÉDIEMENT DE TOUT CE BEAU MONDE DE RECY-QUÉBEC ET LA FERMETURE DE LA BOÎTE.

    Je n'apprécie pas particulièrement la bureaucratie française, mais en la matière de recyclage elle a très bien réussi... Pas de tataouinages à la québécoise. Tout est trié et recyclé, tout est retraçable du début à la fin, tout est aux frais des entreprises (fabriquants et "vendeurs/distribueurs")...

    Pour ceux qui doutent, consultez le site ECORESP de l’Université de Lyon – École Centrale de Lyon... Vous y constaterez ce que l'État français a fait en la matière (lois, règlements, modes de fonctionnement, résultats, etc.). Et les multinationales de l'emballage (Nestlé, Coke, Pepsi, etc.) et des propriétaires "grandes surfaces" ont obéit... Pas le choix - sinon out du territoire.

    Pendant ce temps, ici, on engouffre annuellement des dizaines de millions de $$$$ pour faire vivre une société de l'État dysfonctionnelle, Société d'état qui donne des millions de $$$ en subventions à des trieurs qui se disent recycleurs (même le guenilloux d'autrefois faisaient mieux qu'eux), les villes comme MTL paient, elles aussi, des sommes monétaires faramineuses aux "trieurs"...

    À titre d'exemple MTL, pour être à la mode, a décidé de ramasser les ordures ménagères dites recyclables pour faire du composte... Mais n'a pas encore règler le problème des contenants de verre qui rend dysfonctionnel la ceuillette existante depuis plus de 25 ans... Pourtant, une ceuillette (journée) différente pour le ramassage du contenant verre n'aurait pas occasionné un déboursé plus élevé que celui des pelures de patates.

    Le contenu de nos dépotoires est très bien trié: un rang de carton, un rang de verre, un rang de fer, un rang de...

    • Jean-Yves Arès - Abonné 9 décembre 2017 11 h 25

      Le cas du verre est particulièrement pathétique. Cela fait presque 20 ans que l'on sais et qu'on le dit, que dans un bac de recyclage le verre est un sérieux contaminant pour les autres matières a recycler ! Et principalement pour le papier qui se trouve ainsi sérieusement déclassé pour cause que ce verre abime les équipements de recyclage, avec pour résultat que le papier a pris le chemin de l'exportation, alors que nos entreprises qui en ont besoin en importent du mieux trié !

      Pourquoi cette résistance a une récupération ciblée pour le verre ?
      La seule réponse que je trouve c'est que les revenus de la chaine de recyclage se font en fonction du poids du bac, et le verre est très lourd en regard des autres produits qu'on retrouve dans les bacs. Si je ne me trompe, on s'organise en fonction des revenus plutôt qu'en fonction de la qualité du travail fait.

      Et s'ajoute a cela que le verre n'est d'aucune façon un polluant puisque c'est essentiellement de la roche. Que l'avantage d'un recyclage sur l'enfouissement n'est pas évident, d'autant que pour le classer comme étant recyclé on s'en sert comme recouvrement... dans le sites d'enfouissement!

      Et pour finir dans cette mer d'illogisme on a une société d'État grande importatrice de vin en vrac qu'elle met en bouteille ici, et qui est donc aux premières loges pour normaliser quelque peu ses formats de bouteilles, et les réutiliser une dizaine de fois avant de les refondre, ce que fait depuis des lustre l'industrie privée de la bière !

  • Carl Tournier - Inscrit 9 décembre 2017 07 h 04

    La solution : le zéro déchet?

    Le recyclage peut sembler louable à première vue mais, pourrions-nous nous demander si ce n'est pas notre mode de vie d'une part et, d'autre part, la consommation de tant de produits emballés et parfois suremballés qui génèrent autant de déchets?
    On voit de plus en plus de magasins de type "zéro déchet" qui exigent que l'on rapporte nos propres contenants vides (que l'on remplit de produits alimentaires en vrac sur place), et qui nous permettent de réduire substantiellement la quantité de déchets que l'on produit. Il me semble qu'il serait bon d'en faire la promotion.

  • Nadia Alexan - Abonnée 9 décembre 2017 07 h 17

    Il faut récupérer les bouteilles en verre par les SAQ.

    Il faudrait absolument reprendre l'idée de la CSN que les SAQ doivent récupérer toutes les bouteilles en verre au lieu de les jeter dans les boites de recyclage.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 9 décembre 2017 10 h 34

      J'ai fait installer un conteneur pour recycler le verre à la ville de St Bruno, ainsi des tonnes de verre sont recyclées et valoriseées pour fabriquer de la laine de verre ou des ajouts au béton etc sans contaminer le papier ou le plastique qui sontmieux recyclés ailleurs.
      Selon moi, chaque magasin de la SAQ devrait faire installer un conteneur compartimenté où les citoyens déposeraient les boureilles et pots de verre clair ou de couleur.
      Le verre était un ajout très utile pour améliorer la pertormance du béton et de l'asphalte qui deviennent plus solides et durent plus longtemps.

  • Jean Richard - Abonné 9 décembre 2017 08 h 45

    Perte de confiance

    De plus en plus de gens se posent (enfin) des questions sur le sujet : où vont ces choses que l'on dépose avec soin dans les bacs de recyclage ? Le mystère qui entoure l'industrie du recyclage n'a pas de quoi rassurer. Se pourrait-il que, contrairement aux beaux discours de nos politiciens, la situatioin actuelle ait, de façon globale, un impact négatif sur l'environnement ?

    La méfiance s'installe et la participation des gens pourrait fléchir plus que jamais. Si une bouteille de vin vide finit ses jours dans un site d'enfouissement, ne vaut-il pas mieux qu'elle y aille directement plutôt que de faire de grands détours en camion ?

    • Serge Pelletier - Abonné 9 décembre 2017 09 h 02

      Ok pour la bouteille... Malheureusement, un chemin direct empêcherait au GV-Q de donner des subventions aux petits amis... De même que de justifier les millions qui sont engloutis dans le nique péri-gouvernemental qu'est Recy-Québec.

      Nous avions 3 usines de mise en forme et coulage pour les emballages de verre (contenants dans le language populaire). Maintenant, il n'en reste qu'une, et elle est sur le bord de foutre le camp comme l'a fait les 2 autres.

      L'usine ne cesse de dire haut et fort qu'elle doit, pour être rentabl, s'alimenter en verre recyclé... et qu'au QC elle ne peut le faire faute de matière disponible. Elle doit importer à grand frais...

      Pendant ce temps, et bien le GV-Q fait comme d'habitude: commissions, comités, consultations, études... Cela fait 25 ans que les uns succèdent aux autres... Avec toujours le même résultat: encore des commisions, des études, des et des... pour redire les mêmes choses: "ON NE SAIT PAS"

    • Jean-Yves Arès - Abonné 9 décembre 2017 11 h 28

      Voilà, en plus de torpiller le recyclage du papier et du plasitique, la bouteille de verre dans le bac torpille elle-même son recyclage !

      Il y a des coups de pieds qui se perdent...

    • André Bourbonnais - Abonné 11 décembre 2017 00 h 39

      Bien d'accord avec vous et la SAQ se devrait de se faire un DEVOIR (excusez le pléonasme) de récupérer ses bouteilles tout comme les brasseries et autres.

  • Michèle Laframboise - Abonnée 9 décembre 2017 13 h 21

    Accros à la consommation?

    C'est assez clair qu'il faut agir à la racine : notre consommation effrénée destinée à faire rouler... quoi, au fait?

    • Serge Pelletier - Abonné 9 décembre 2017 17 h 09

      Madame, il ne s'agit pas à prime abord de "consommation effrénée", mais du processus de recyglage qui a court au QC. En fait, l'emballage est une nécessité - tentez pour les plaisirs de vous acheter du yougourt en vrac, du sirop d'érable en vrac, n'importe quoi en fait... Vous devrez avoir un emballage quelconque pour le transporter...

      L'un des problèmes au QC se porte sur l'ignorance de la morité des gens sur ce qu'est l'emballage et sa nécessité. En fait, à titre d'illustration: la bouteille (contenant) de vin (contenu) est un emballage au même titre que la grosse boîte de carton (emballage) de la grosse télévision (contenu).

      En fait, la nécessité de l'emballage est dans pratiquement tout... Le hic se porte sur les discours, à titre d'exemple: le syndicat des employés des magasins SQ crie qu'il veut une consigne: cela ferait un accroissement de sa mainn-d'oeuvre donc des cotisations syndicales... et la SAQ ne veut pas... Hors, la proportion de bouteilles de vin est équivalente aux autres emballages de verrre... Ce n'est donc pas là que l'on résoud le problème du verre qui va au dépotoire au lieu d'être recyclé en de nouvel emballage.

      Quant aux discours "on fait de la recherche pour inclure le verre dans et dans... Et bien cela fait un bon 20 ans que le discours roule et roule... sans jamais de résultats probants... Mais ça cherche et ça recherche...