Le rôle insoupçonné des courtiers dans le recyclage

Près de la moitié des matières vendues par les centres de tri du Québec pour être recyclées passe entre les mains de courtiers, qui les expédient généralement à l’extérieur de la province. En 2015, 48 % des 808 000 tonnes de matières recyclables vendues par les centres de tri ont été confiées à des courtiers. En ajoutant celles vendues directement à des recycleurs de l’extérieur du Québec, la proportion de matières recyclables québécoises qui sort de nos frontières s’est élevée à 61 %, soit à près de 493 000 tonnes.

Depuis 10 ans, le portrait s’est complètement inversé. En 2008, 63 % des matières recyclables étaient vendues à des recycleurs ou à des conditionneurs d’ici et moins du tiers finissaient entre les mains de courtiers ou expédiées hors Québec.
 

 
Lorsqu’un centre de tri fait affaire avec un courtier, ce dernier revend la matière au recycleur de son choix. Cette relation d’affaires privée n’est pas supervisée par Recyc-Québec, de telle sorte qu’on ignore combien de courtiers sont sollicités par les centres de tri et où se retrouvent les matières qu’on leur confie.
 

Yves Noel, le président de YNC Consultants, est l’un de ces courtiers. Il estime que moins d’une dizaine de joueurs « sérieux » comme lui sont actifs au Québec.

Depuis 22 ans, il se spécialise dans la revente du plastique et écoule annuellement entre 2000 et 3500 tonnes dans plus de 35 pays. Avec la fermeture récente du marché chinois, ses principaux clients se trouvent au Vietnam, au Pakistan et en Turquie.

Si les matières récupérées par les Québécois sont envoyées aux quatre coins de la planète, dit-il, c’est que les débouchés pour le plastique recyclé sont insuffisants dans la province.

Après avoir visité plusieurs des usines de recyclage avec lesquelles il fait affaire, le patron de l’entreprise établie à Blainville affirme sans hésiter que la matière qui sort du Québec et bel et bien recyclée. « C’est faux de croire que la matière est exportée pour être enfouie.

Je ne peux recevoir une commande chaque mois de mon acheteur, qui me paye à l’avance et qui me permet de faire un profit, pour qu’au bout du compte ça s’en aille aux vidanges », insiste-t-il, convenant qu’entre 10 et 15 % de la matière expédiée est jetée en raison de la contamination.

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