Les écologistes se réjouissent de l'enfouissement de la ligne Northern Pass

Hydro-Québec écartait jusqu’à présent un scénario visant à enfouir un tronçon d’une quinzaine de kilomètres de cette ligne.
Photo: Colin Perkel La Presse canadienne Hydro-Québec écartait jusqu’à présent un scénario visant à enfouir un tronçon d’une quinzaine de kilomètres de cette ligne.

En décidant d’enfouir une portion de sa ligne de transport vers le New Hampshire, Hydro-Québec traite enfin les Québécois de façon équitable, estime une coalition opposée à la mouture initiale du projet.

« SOS mont Hereford », qui regroupe Nature Québec, le Conseil régional de l’environnement de l’Estrie, Corridor appalachien et le Réseau de milieux naturels protégés, a qualifié mardi de « grande victoire » la décision annoncée la veille par la société d’État, qui a soumis une proposition en ce sens au gouvernement Couillard.

Cette coalition estimait que le tracé aérien qui était retenu par Hydro-Québec pour le Northern Pass traversait l’« un des derniers massifs forestiers protégés » dans le sud du Québec, situé près des villages d’East Hereford et Saint-Herménégilde, en Estrie.

La portion sud de la ligne Québec-New Hampshire, longue d’environ 18 km, constitue la portion québécoise du projet. Elle était au cœur d’une controverse puisqu’elle doit traverser un massif forestier protégé couvrant une superficie de 53 km carrés.

« Aux États-Unis, la ligne sera enfouie [dans la région des montagnes Blanches], contrairement au Québec, a rappelé le directeur de Nature Québec, Christian Simard. Cette différence était choquante. Les citoyens n’aiment pas les injustices aussi criantes. »

Celui-ci a estimé que la décision de la société d’État constituait une « grande victoire » pour la coalition — qui était aussi appuyée par le chanteur Richard Séguin, qui réside dans la région — à qui revient le mérite d’avoir mobilisé l’opinion publique dans ce dossier.

Coûts
Même s’il aurait préféré un scénario de contournement de l’aire protégée, M. Simard s’est consolé en soulignant que l’enfouissement des lignes se fera le long des chemins forestiers, ce qui, à son avis, minimisera l’impact sur le paysage.

« Il y a toujours des impacts sur les milieux naturels, a-t-il dit. Il faut les minimiser. On pourra le faire grâce au changement annoncé. Même le contournement aurait eu des impacts. »

En mai, Hydro-Québec avait écarté un scénario proposant qu’une partie de la ligne de transport se trouve sous terre. À ce moment, la société d’État privilégiait le tracé aérien, une option moins dispendieuse.

La partie québécoise du projet Northern Pass — dont la mise en service est prévue en 2019 — est évaluée à près de 620 millions de dollars, une facture qui devrait grimper d’environ 60 millions en raison du changement annoncé par Hydro-Québec.

« C’est une ligne de transport qui sera financée à même les revenus générés par les exportations, a expliqué une porte-parole, Lynn St-Laurent. On peut faire le changement tout en s’assurant de respecter notre engagement à l’effet que la hausse tarifaire des Québécois ne sera pas plus élevée que l’inflation. »

BAPE
Sans aller jusqu’à dire qu’Hydro-Québec avait plié en raison des pressions exercées par les différents groupes, Mme St-Laurent a affirmé que la société d’État avait « entendu ses partenaires » et décidé de « faire un pas » en changeant son fusil d’épaule.

Elle a expliqué que les demandes répétées entourant l’enfouissement de la ligne de transport avaient déclenché « une réflexion » et qu’Hydro-Québec avait décidé de se « rallier à ce scénario ».

« Nous entendons parler de cet enjeu, mais on ne peut le faire partout, a dit Mme St-Laurent. Ailleurs, il pourrait y avoir des répercussions sur les tarifs. Dans le cas présent, nous avons été en mesure de faire un pas en avant. »

Dans un rapport publié en février, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) avait recommandé qu’Hydro-Québec réévalue de manière plus détaillée l’enfouissement de la ligne dans la portion sud avant une éventuelle autorisation du projet par Québec, puisque « l’enfouissement […] permettrait notamment d’éviter le territoire de la Forêt communautaire Hereford ».

Aux États-Unis, le Northern Pass a franchi une étape importante la semaine dernière, puisque le promoteur américain, Eversource Energy, a obtenu son permis présidentiel. Le service des forêts aux États-Unis devrait également rendre une décision relativement à la demande du promoteur américain pour un permis spécial afin de procéder à de l’enfouissement dans le secteur des montagnes Blanches.

Le Northern Pass est l’un des scénarios proposés par la société d’État dans le cadre d’un important appel d’offres au Massachusetts pour un contrat d’approvisionnement d’une durée de 20 ans qui pourrait générer des centaines de millions de dollars en revenus.

4 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 21 novembre 2017 19 h 17

    Dur-dur pour HQ de réfléchir tout seul

    Ce sera donc 680 M$ au lieu de 620 M$. Ce n'est pas ben-ben plus cher pour une ligne enfouie qui aura pour bénéfices de ne pas s'écraser en cas de verglas et de laisser le magnifique paysage intact.

    Je n'en reviens pas qu'Hydro soit incapable de penser à ça et de prendre cette décision tout seul. Ben non, ils s'essayent quand même, ça épuise le monde, ça prend des pétitions...

  • Julien Thériault - Abonné 22 novembre 2017 06 h 27

    Hausse tarifaires ?

    60 000 000 $ de plus, pour 5 000 000 de clients, c'est 12 $ par client, non récurrent.

    Était-il nécessaire de remuer ciel et terre pour économiser si peu ?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 23 novembre 2017 11 h 06

      Vous fait un bilan a courte vue. Le choix de faire un enfouissement, non pas avec les paramètres habituel d'Hydro mais bien sous la pression d'un petit groupe qui occupe beaucoup de place dans les médias, conduit a une perte de contrôle de la société d'État qui laisse ainsi ce contrôle a des gens qui s'invitent par arasement médiatique, et qui n'ont aucune responsabilité sur la suite des choses.

      La suite c'est que tout projet de nouvelle ligne va voir se répéter le même type de campagne médiatique, et Hydro aura bien peu d'argument pour expliquer pourquoi pas celui-ci alors l'autre l'a été...

      Les 60,000,000$ ici vont obligatoirement devenir des centaines de millions$ au cour des années. Même que la suite ce pourrait être de vouloir l'enfouissement de toutes les lignes aériennes autour des villes, là ou des millions de personnes les ont plein la vue, et a tout les jours...

      Pour l'argumentaire écologique servie il est nul. Un analyse sérieuse ne peut conclure qu'un enfouissement est plus écologique qu'une ligne aérienne. Les impacts sont différents, mais ils sont d'une importance tout a fait comparable. A cela s'ajoute une durée de vie presque deux fois plus courte. (50 ans versus 80 et +)

      Le motif qui reste en un du type pas dans ma cour.
      La "cour" en question ici étant celle de ceux qui ont un intérêt pour un parc avec le moins d'intervention humaine, et l'enfouissement ne répond surement pas a ce critère !

      A la fin ce qu'il reste c'est une victoire personnelle de ceux qui on organisé la campagne médiatique, en ligne droite avec l'idée que les médias sont le quatrième pouvoir (mais pas en ligne avec la démocratie).

      Restera aussi le coup d'œil sur ce parc qui cachera bien la dérogation des principes qui ont servie a son établissement. Le parc n'est pas plus préservé, mais il en aura plus l'air.

  • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 22 novembre 2017 07 h 29

    Enfin!!!

    On va pouvoir aller y randonner dans les sentiers sans avoir l'envahissement de ces pylones. Il faut croire que ça vaut la peine de se battre et de persister.