Keystone XL: le Nebraska impose un nouveau tracé à TransCanada

Fondatrice du mouvement d’opposition au passage du pipeline Keystone XL au Nebraska, Jane Kleeb s’est réjouie lundi d’une «demi-victoire» après la décision de la régie des services publics du Nebraska d’imposer un nouveau tracé.
Photo: Eric Gregory Associated Press Fondatrice du mouvement d’opposition au passage du pipeline Keystone XL au Nebraska, Jane Kleeb s’est réjouie lundi d’une «demi-victoire» après la décision de la régie des services publics du Nebraska d’imposer un nouveau tracé.

Victoire en demi-teinte pour TransCanada. L’État du Nebraska a donné lundi le feu vert pour la construction d’un tronçon crucial du pipeline Keystone XL, ce qui lève en théorie le dernier obstacle réglementaire. Le gouvernement Trudeau a d’ailleurs salué cette décision. Mais la pétrolière albertaine se voit imposer un nouveau tracé, ce qui soulève des questions sur la suite du projet.

Dans une décision partagée, la régie des services publics du Nebraska a approuvé le tronçon de pipeline qui doit traverser cet État. Cela signifie que TransCanada a désormais toutes les autorisations nécessaires pour construire Keystone XL, qui doit permettre d’exporter chaque jour 830 000 barils de pétrole des sables bitumineux vers le sud des États-Unis.

L’une des commissaires qui ont voté contre l’approbation, Crystal Rhoades, a toutefois mis en doute les gains économiques attendus de la construction de Keystone XL. TransCanada « n’a pas fourni assez de preuves pour justifier l’impact économique attendu de ce projet pour le Nebraska », a-t-elle fait valoir.

Nouveau tracé

Qui plus est, les cinq commissaires ont rejeté le tracé que favorisait l’entreprise et qui avait déjà fait l’objet d’une évaluation de la part du gouvernement fédéral américain. Ils ont plutôt décidé d’imposer un second tracé, ce qui modifie considérablement les plans de TransCanada. L’entreprise devra notamment obtenir de nouvelles autorisations de propriétaires terriens.

La pétrolière a d’ailleurs réagi avec prudence à la décision du Nebraska.

« Nous allons étudier avec attention la décision et évaluer ses impacts sur les coûts et le calendrier du projet », a simplement indiqué son président et chef de la direction, Russ Girling, dans un bref communiqué. Il n’a pas précisé d’échéancier pour une décision dans ce dossier, mis de l’avant pour la première fois en 2008.

Réaction à Ottawa

Le gouvernement de Justin Trudeau a davantage manifesté sa joie lundi. « Notre gouvernement a toujours appuyé le projet Keystone XL, a rappelé le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr. Cet oléoduc créera des milliers de bons emplois pour les Canadiens à l’étape de la construction, surtout en Alberta, tout en renforçant l’industrie canadienne de la mise en valeur des ressources dans son ensemble. »

Le pipeline de TransCanada est le troisième projet soutenu par les libéraux fédéraux depuis leur élection en 2015. Ce nouveau pipeline signifie que les pétrolières actives en Alberta pourront bénéficier d’une plus grande capacité d’écouler leur production croissante sur les marchés.

La capacité combinée de Keystone XL, de Trans Mountain et de la nouvelle Ligne 3 permettra d’exporter quotidiennement 2,48 millions de barils de pétrole des sables bitumineux, soit 905 millions de barils par année.

Opposition

Les groupes environnementaux et plusieurs communautés autochtones s’opposent fermement à la construction du nouveau pipeline de TransCanada. Certains prédisaient d’ailleurs déjà lundi que des actions judiciaires seraient lancées pour tenter de bloquer sa construction.

« Considérant le déversement de vendredi dernier et le fait que Keystone XL pose d’importants risques, l’opposition contre ce projet continuera à s’intensifier et TransCanada fera face à des recours légaux et à de la résistance sur le terrain et au sein des banques », a prédit le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin.

Il est vrai que la décision d’approbation?survient quelques jours après le déversement de près de 800 000 litres de pétrole brut provoqué par un bris du pipeline Keystone, de TransCanada, au Dakota du Sud.

Selon ce que prévoit la législation du Nebraska, la régie des services publics ne pouvait cependant pas se prononcer sur la sécurité des pipelines ni sur les risques de déversements.

Le changement de tracé imposé par l’État pourrait néanmoins compliquer sérieusement les choses pour la pétrolière, selon M. Bonin.

Après tout, ce tracé n’a pas fait l’objet d’une évaluation environnementale et sociale, contrairement à celui privilégié par TransCanada. Et certains propriétaires terriens ont appris lundi que le pipeline passerait chez eux, ce qui suscite déjà des questions.

2 commentaires
  • Christian Méthot - Inscrit 20 novembre 2017 14 h 49

    Une nouvelle fantastique

    Quelle excellente nouvelle!

    Nous sommes maintenant certains que le projet d'Énergie Est est mort et enterré pour de bon. Avec l'approbation de Keystone, le projet n'a presque aucune chance d'être ressuscité par TransCanada.

    Victoire, nous pourrons bénéficier des retombées économiques de Keystone XL, tout en y contribuant pas une miette. On pourra tout de même continuer à raffiner 500 000 barils par jour de pétrole importé, pour répondre à la demande au Québec. Les Québécois ont vraiment la fibre environnementale bien développée.

    CitoyenNES debout à vos pompes à essence, tous ensembles contre les pétrolières.

  • Jean Beaudin - Inscrit 21 novembre 2017 09 h 08

    Bloquer un projet pétrolier

    Viser le financement ethique, qui doivent se retirer du pétrolier. Viser que les banques, assurance et fonds de pension fassent de même. Ne jamais enterrer un projet avant qu'il le soit par lui-même. Les profits historiquement fabuleux du pétrole attirent dès que le prix remonte. Il est très difficile avec les fonds mutuels de ne pas investir dans le financement de ces projets ptéroliers et miners (indiciel TSX) juste pour avoir un rendement.