L’humanité court à sa perte, préviennent 15 000 scientifiques à travers le monde

La déforestation, la croissance rapide de la population, la destruction des milieu et le dérèglement climatique sont des défis auxquels l’humanité n’a pas su répondre. 
Photo: Luis Tato Agence France-Presse La déforestation, la croissance rapide de la population, la destruction des milieu et le dérèglement climatique sont des défis auxquels l’humanité n’a pas su répondre. 

Crise climatique de plus en plus impossible à enrayer, croissance rapide de la population mondiale, extinction massive d’espèces et destruction généralisée des milieux naturels… Le péril auquel fait face l’humanité ne cesse de grandir, préviennent plus de 15 000 scientifiques, dans une mise en garde commune d’une ampleur sans précédent publiée lundi.

En 1992, un groupe de 1700 scientifiques, dont plusieurs lauréats du prix Nobel, signaient un premier « avertissement » dans lequel ils détaillaient les raisons qui poussaient l’humanité vers une collision frontale avec l’ensemble du monde vivant en raison de notre « gestion de la Terre et de la vie qu’elle recèle ».

Les auteurs de cette déclaration insistaient ainsi sur les risques que représentaient le réchauffement climatique, le recours massif aux énergies fossiles, la croissance continue de la population mondiale, la déforestation et la destruction de la biodiversité des écosystèmes de la planète. Autant de phénomènes susceptibles de provoquer « de grandes misères humaines », à moins qu’un « changement profond » ne soit opéré.

Bientôt, il sera trop tard pour inverser cette tendance dangereuse.

 

Or, depuis 25 ans, la réponse de l’humanité se résume à un échec quasi généralisé. « Non seulement l’humanité a échoué à accomplir des progrès suffisants pour résoudre ces défis environnementaux annoncés, mais il est très inquiétant de constater que la plupart d’entre eux se sont considérablement aggravés », affirment pas moins de 15 364 scientifiques provenant de 184 pays, dans un manifeste publié lundi dans la revue BioScience, mais aussi en français sur le site du journal Le Monde.

« Dans ce document, nous avons examiné l’évolution de la situation des deux dernières décennies et évalué les réponses humaines en analysant les données officielles existantes », a expliqué à l’Agence France-Presse Thomas Newsom, professeur à l’Université Deakin en Australie, coauteur de la déclaration. Et le constat est sans équivoque : « Bientôt, il sera trop tard pour inverser cette tendance dangereuse. »

Ce « deuxième avertissement » revient bien évidemment sur la menace « potentiellement catastrophique » que représentent les bouleversements climatiques. Un phénomène provoqué par notre dépendance aux énergies fossiles, mais aussi par la déforestation et la production agricole, dont les émissions dues à l’élevage des ruminants de boucherie.

Un rapport publié lundi par le Global Carbon Project démontre d’ailleurs que les émissions mondiales de CO2 sont reparties à la hausse en 2017, après trois années de stabilité. Ce constat est d’autant plus inquiétant que la communauté scientifique estime qu’il faudrait impérativement plafonner les émissions de gaz à effet de serre dès 2020, pour ensuite les faire décroître, afin de limiter le réchauffement à 2 °C, ce qui est l’objectif de l’Accord de Paris sur le climat.

Population croissante

Les quelque 15 000 scientifiques signataires du nouveau manifeste déplorent par ailleurs notre incapacité à « limiter adéquatement » la croissance de la population mondiale. Celle-ci a en effet connu une augmentation de plus de deux milliards de personnes depuis 25 ans, soit près de 35 %.

« Nous mettons en péril notre avenir en refusant de modérer notre consommation matérielle intense mais géographiquement et démographiquement inégale, et de prendre conscience que la croissance démographique rapide et continue est l’un des principaux facteurs des menaces environnementales et même sociétales », écrivent les auteurs de ce texte.

La destruction des milieux naturels et de pans entiers des écosystèmes de la Terre signifie en outre que « nous avons déclenché un phénomène d’extinction de masse, le sixième en 540 millions d’années environ, au terme duquel de nombreuses formes de vie pourraient disparaître totalement, ou en tout cas se trouver au bord de l’extinction d’ici à la fin du siècle ».

Globalement, pas moins de 60 % des populations de vertébrés auraient déjà disparu depuis 1970, selon des données publiées l’an dernier par la Société zoologique de Londres. Une autre étude publiée cette année dans Proceedings of the National Academy of Sciences a permis de confirmer des reculs majeurs chez des milliers d’espèces de mammifères, d’oiseaux, de reptiles et d’amphibiens. Ces régressions sans précédent de la biodiversité vont d’ailleurs de pair avec une perte croissante d’« habitats naturels » terrestres et marins.

Solutions

Au-delà de ces constats extrêmement graves, les scientifiques plaident pour la mise en oeuvre de plusieurs mesures « urgentes indispensables » pour opérer une « transition vers la durabilité ».

En plus de la nécessité de se tourner « massivement » vers les énergies renouvelables et de mettre fin aux soutiens financiers aux énergies fossiles, les auteurs insistent sur l’importance de « réduire le taux de fécondité » par une généralisation de l’accès à l’éducation et à la planification familiale. Ils mettent aussi en avant l’idée de « déterminer à long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement défendable tout en s’assurant le soutien des pays et des responsables mondiaux pour atteindre cet objectif vital ».

Les scientifiques suggèrent aussi de « promouvoir une réorientation du régime alimentaire vers une nourriture d’origine essentiellement végétale » et de « réduire le gaspillage alimentaire ». Ils font valoir l’urgence de protéger les milieux naturels, qu’ils soient terrestres ou marins, mais aussi de « restaurer » des écosystèmes et de mettre en place les politiques nécessaires pour préserver la biodiversité.

« Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec, car le temps presse, concluent-ils. Nous devons prendre conscience, aussi bien dans nos vies quotidiennes que dans nos institutions gouvernementales, que la Terre, avec toute la vie qu’elle recèle, est notre seul foyer. »

41 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 14 novembre 2017 00 h 36

    une espèce qui périra de part sa faute

    Serait-ce que nous sommes tous devenus des consommateurs dépendants, au service de multinationales de plus en plus exigeantes, en fait ils ont faits de nous des consommateurs dependant et hors contrôles, quitte a ce que la planète disparaisse,ne disons nous pas qu'un tier de la nourriture produite est jeté, et nous n'avons pas encore parler des voitures qui doivent être renouvelés au trois ans, combien de temps vous pensez nous allons pouvoir maintenir ce régime, quel espèce anarchiste nous sommes devenus

  • Jacques Morissette - Abonné 14 novembre 2017 05 h 52

    Quand le Capital joue trop le rôle de boîte à réflexion.

    Je suis malheureusement bien d'accord avec eux. Less politiciens et les grosses entreprises transnationales sont maladivement trop formatés au Capital.

  • Martin Richard Mouvement Action Chômage Montréal - Abonné 14 novembre 2017 07 h 04

    La première cause de ce désastre se nomme capitalisme et tout ce qui en découle: pub, surconsommation et bêtise.

  • François Beaulé - Abonné 14 novembre 2017 07 h 15

    Tout cela est vrai... sauf le « nous »

    Si j'étais un scientifique, j'aurais sûrement signé cet appel au bon sens.

    Le diagnostic sur l'état de la planète et sur la dégradation causée par l'ensemble des hommes est réaliste. Ce qui l'est moins est l'allusion à une unité de l'humanité qui n'existe pas. Cet appel s'exprime en ces termes: «notre» gestion de la Terre ou « Nous » devons prendre conscience que la Terre, avec toute la vie qu’elle recèle, est «notre» seul foyer.

    Le « Nous » est tributaire d'un lien entre les hommes qui n'existe pas et n'a jamais existé à l'échelle mondiale. Mais qui devra être établi pour être en mesure de définir un mode de vie, un partage des ressources et un niveau de population humaine viable à long terme. Pour que les relations entre les hommes et l'environnement changent radicalement, il faudra que les relations entre les hommes évoluent radicalement.

    Dans le monde actuel, les hommes sont en concurrence, principalement via la dimension économique, elle-même soumise au capitalisme financier. Alors que l'évolution de l'économie et du capitalisme est le principal déterminant de la relation des hommes avec l'environnement. Vivre ou survivre pour la plupart des hommes sur terre signifie trouver sa place dans l'économie et donc participer à la destruction de la nature.

    La mondialisation de l'économie a renforcé le pouvoir du capital au point où celui-ci domine les États. Les souverainetés nationales sont illusoires. Le « nous » mondial n'existe pas alors que le « nous » national vacille.

    Les Occidentaux devraient être des modèles alors qu'ils sont incapables de fonder des projets de société. Ils n'y arrivent pas parce que leur conception de l'homme est individualiste. La primauté de l'économie est la conséquence de cette conception individualiste tout en la renforçant. Il y a donc une question spirituelle sous l'inadéquation du politique, sous son incapacité à se hisser par-dessus l'économique.

    • Jean Santerre - Abonné 15 novembre 2017 09 h 56

      Parfaitement exprimé!

      Construisons donc le nous, nous tous, je, tu , il , nous, vous, ils.

      La base.

  • Denis Gaumond - Abonné 14 novembre 2017 07 h 25

    Denis Gaumond, abonné et sceptique !

    Ce texte aurait pu s'intituler ; "Aujourd'hui, on refait peur au monde" ! 15,000 scientifiques (...sic ???) signent un document alarmiste où tout est au conditionnel (potentiellement) et où on oublie volontairement tous les progrès contraires à leurs peurs exprimées qui, il faut le dire, leur apportent leur gagne-pain de très chers subventionnés ! En réalité, je vois ici des ramassis de slogans manipulateurs qui semblent nous venir d'un passé de grande noirceur. On parle de disparitions d'espèces, sans les décrire, mais on ne parle pas des nouvelles espèces qui apparaissent chaque jour ! On revient avec le pétrole, mais on ne parle pas des énergies non fossiles qui se multiplient. Bien sûr le climat... Ils ont oublié, cette fois, de nous parler du fameux trou dans la couche d'ozone, vous savez celui avec lequel ils nous ont terrorisés il y a 30 ans au moins! Ça ne pogne plus, je suppose...

    Bien sûr que nous sommes toutes et tous pour la protection de nos ressources et leur réutilisation. Nous sommes contre les gaspillages-pillages et, quoique nous faisons beaucoup, il faut encore faire plus. Mais personne ne me privera de mon steak par semaine ! Personne ne me privera de faire des enfants selon mes moyens. Les libertés humaines sont déjà suffisamment affectées et les dogmes de ce nouvel ordre mondial ne valent pas plus que les autres qui ont régi la vie des humains. Plus je lis ces "grands savants", plus j'ai l'impression de relire les "grands prêtres" du passé. Mais qui donne la parole à ceux et celles qui contestent la suprématie de ces grands gourous culpabilisateurs qui vivent de cette culpabilisation bien servie par une démarche dite scientifique, ce mot dont l'absolutisme est encore si puissant. Vous savez ce sont des grands savants, des scientifiques ! Petit, les grandes scientifiques qui m'impressionnaient, c'était mes deux grand-mères ! Je vous assure que personne ici ne les a encore remplacées... Et je suis passé par le CÉGEP et quelques universités !

    • Jean Gadbois - Inscrit 14 novembre 2017 11 h 22

      Ben non, on ne vous privera pas de votre steak, ni de vos enfants. Votre "je" semble beaucoup trop enflé pour élargir votre capacité à débattre de la décentration de notre "moi" proposée dans cet article...

    • Louis Gérard Guillotte - Abonné 14 novembre 2017 12 h 22

      Ne faut pas vous traumatiser Gaumond!Voyez plutôt ces scientifiques
      comme des lanceurs d'alertes fédérés dont le nombre assoit une certaine
      crédibilité,sinon une crédibilité certaine!

    • Pascal Lapointe - Abonné 14 novembre 2017 18 h 49

      "On parle de disparitions d'espèces, sans les décrire" Parce que la source d'info est facile à trouver, si vous voulez prendre 15 secondes pour chercher.

      "mais on ne parle pas des nouvelles espèces qui apparaissent chaque jour " Nommez-en quelques-unes. Avec la date, s.v.p.

      "Ils ont oublié, cette fois, de nous parler du fameux trou dans la couche d'ozone" C'est dans les 1er et 3e paragraphes de leur lettre.

      "mais on ne parle pas des énergies non fossiles qui se multiplient" C'est dans les 4e et 6e paragraphes de leur lettre.

    • Serge Lamarche - Abonné 14 novembre 2017 20 h 08

      Oui, il y a des efforts pour réduire les destructions mais c'est encore minime. Comme toujours, on n'y embarque pas toutes voiles avant que la situation ne devienne critique. Le problème est qu'il peut être trop tard lorsque la situation devient critique. Surtout en ce qui concerne le réchauffement de la planète. Passé un point de non-retour, le réchauffement peut très bien fondre toute neige et glace de la planète. Si on arrive là, Montréal se trouve sous l'eau. Imaginez les désastres partout sur la planète! La fin du monde tel qu'on le connait, comme dit la chanson (anglaise). Pas sûr qu'on va se sentir bien.

    • André Joyal - Abonné 15 novembre 2017 18 h 38

      Faites-en des enfants M. Guimond. J'espère que vous serez toujours là dans 50 ans lorsqu'ils seront victimes (comme vous) d'ouragans de force 6-7 voire 8, pour ne nommer que ce seul type de catatrophe. Alors, vous regretterez votre T-Bone hebdomadaire bien arrosé de ketchup Heinz.