Un rapport de l’ONU sur le réchauffement climatique donne froid dans le dos

Sans effort supplémentaire, l’humanité aura consommé 80 % de son «budget carbone» en 2030.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Sans effort supplémentaire, l’humanité aura consommé 80 % de son «budget carbone» en 2030.

Deux ans après la conclusion de l’Accord de Paris sur le climat, l’enthousiasme fait place à un constat indéniable : la faiblesse des engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre conduit la planète vers des bouleversements climatiques catastrophiques. Les Nations unies pressent donc les pays, dont le Canada, à en faire beaucoup plus, et maintenant.

« Un an après l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, nous nous retrouvons dans une situation où les efforts sont encore insuffisants pour éviter un avenir misérable à des centaines de millions de personnes », a déploré mardi le directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), Erik Solheim.

Si les mots utilisés sont sévères, les données scientifiques publiées par le PNUE à quelques jours du début de la 23e Conférence des parties (COP23) semblent lui donner raison. À supposer que les États qui ont pris des engagements « volontaires » tiennent parole, le climat mondial se réchauffera d’au moins 3 °C d’ici 2100. C’est le double de ce que les scientifiques estiment sécuritaire pour éviter les pires effets des bouleversements climatiques.

Ce nouveau rapport démontre aussi que plus le temps passe, plus la possibilité d’éviter la catastrophe diminue. Selon ce qu’a indiqué M. Solheim, « les engagements actuels des États couvrent à peine un tiers des réductions d’émissions nécessaires » pour maintenir le réchauffement sous les 2 °C, soit l’objectif minimal fixé dans le cadre de l’Accord de Paris.

L’ONU évoque d’ailleurs un « écart inquiétant » entre ce que la communauté internationale s’est engagée à faire et ce qu’il faut faire pour protéger le climat terrestre. La révision des engagements nationaux, prévue en 2020 par l’Accord de Paris, sera « la dernière occasion » de trouver la bonne trajectoire pour 2030 : sinon, « il est extrêmement improbable » que le monde reste sous 2 °C.

En fait, sans effort supplémentaire, l’humanité aura consommé 80 % de son « budget carbone » en 2030, c’est-à-dire la quantité de CO2 qu’elle peut encore relâcher dans l’atmosphère sans dépasser 2 °C de réchauffement. Elle aura alors épuisé la totalité du budget lui permettant de ne pas aller au-delà de 1,5 °C.

Certes, les émissions de CO2 issues des énergies fossiles se sont stabilisées depuis 2014. Mais il faudrait les réduire radicalement, alors que la concentration dans l’atmosphère de ce gaz persistant a atteint son niveau le plus élevé en 800 000 ans, selon un rapport publié lundi par l’Organisation météorologique mondiale.

Les émissions de méthane, un gaz à effet de serre au moins 30 fois plus puissant que le CO2, ne cessent en outre de croître. Et le réchauffement global entraînera aussi une fonte accélérée du pergélisol des régions nordiques, ce qui devrait libérer des quantités importantes de méthane. Pour le moment, cet apport de gaz à effet de serre n’est toutefois pas pris en compte dans les calculs du réchauffement.

Urgence d’agir

« Dans le cas de figure où les États-Unis donneraient suite à leur intention déclarée de quitter l’Accord de Paris en 2020, le scénario pourrait se révéler encore plus sombre », prévient par ailleurs le PNUE. Le pays est le deuxième émetteur de gaz à effet de serre de la planète, derrière la Chine.

Le PNUE presse donc les États de rehausser significativement leurs ambitions, en pointant directement les membres du G20, qui représentent près de 75 % des émissions mondiales.

Dans ce contexte, le Canada devra en faire plus, selon les Nations unies. À l’heure actuelle, le gouvernement Trudeau a promis de réduire de 30 % les émissions canadiennes d’ici 2030, par rapport à 2005. Il s’agit d’une cible qui avait été fixée sous le gouvernement de Stephen Harper.

Pour l’atteindre, le fédéral devra toutefois s’assurer que toutes les mesures du Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques soient pleinement mises en oeuvre. Les libéraux reconnaissent aussi qu’il faudra instaurer des « mesures additionnelles » pour respecter cette cible, jugée insuffisante par les groupes environnementaux.

Le rapport du PNUE met justement en lumière des mesures à prendre pour lutter contre les changements climatiques, dont la nécessité d’accélérer le développement des énergies renouvelables, de réduire la déforestation et de miser sur des transports écoénergétiques.

Dans un microbillet publié lundi, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, réaffirmait l’urgence de l’« action climatique » en affirmant sans détour : « Nous sommes en train de tuer notre planète. »

11 commentaires
  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 1 novembre 2017 08 h 22

    La chute de la civilisation de l'énergie fossile

    Il est de plus en plus évident qu'il est trop tard pour penser éviter l'effondrement civilisationnel qui surviendra d'ici la moitié de ce siècle. Autant l'oligarchie (vous savez le 0,01%), se croyant en mesure par son emprise sur les richesses de la Terre de se préserver des tourments, ne fait rien pour éviter la catastrophe, le statu quo actuel lui assurant toujours de juteux profits, autant le quidam occidental n'entend en rien altérer son mode de vie: « mon bungalow, ma banlieue, mon Costco, mon VUS » demeurant à ses yeux embués des acquis intouchables. Quelle cécité!

    Au fondement de cette paralysie, un système économique qui ne carbure qu'à la croissance... pour une planète aux ressources pourtant limitées. Une croissance de 2% par année équivaut au bout de 35 ans à un doublement de la quantité initiale. Avec une croissance de 3%, cela se produira 10 ans plus tôt. L'énergie tout comme les autres ressources de notre bonne vieille Terre ne peuvent tout simplement pas soutenir de telles hausses.

    Alors s'en vient le temps de la reddition de compte planétaire, malgré l'aveuglement volontaire de nos contemporains. Si ce sont nos enfants qui en feront les frais, c'est nous qui leur en aurons laissé la note. Ce futur prévisible se prépare maintenant.

    J'ai honte pour ma génération aveuglée volontairement. Je veux bien tenter de semer autre chose, mais des politiciens myopes à la solde des ploutocrates, ces bandits encravatés, ces financiers véreux tirent plus fort que moi dans l'autre direction. J'en désespère (voir http://acfas.ca/publications/decouvrir/2012/05/mon ).

    • Éric Alvarez - Inscrit 2 novembre 2017 11 h 28

      Bien résumé!

  • Danielle Houle - Abonnée 1 novembre 2017 09 h 59

    Aucunement surprise.

    Les intentions ne comptent tout simplement pas.

    bla bla bla on fera tout pour ne rien changer dutout.

  • Luc Falardeau - Abonné 1 novembre 2017 11 h 53

    L'humanité - Une espèce invasive

    La croissance démographique, l’exploitation des combustibles fossiles à des fins énergétiques, la déforestation et l’agriculture de plus en plus intensive...

    L'humanité est devenue toxique pour la biodiversité et devrait etre considérée et traitée comme tel par l'Organisation des nations unies (ONU).

  • Jean Richard - Abonné 1 novembre 2017 12 h 29

    Un vocabulaire à risque

    La récupération médiatique, politique et industrielle de la cause environnementale repousse en arrière-plan la compréhension minimale du véritable discours scientifique. Cette récupération donne lieu à un vocabulaire excessif qui nuit à l'avancement des choses.

    Le premier mot qui nous vient à l'esprit, c'est le mot « vert » et ses variantes (écologique entre autres). C'est comme si le mot vert, malgré son orthographe, était dérivé du mot vertu. Ces mots verts et écolos utilisés à outrance créent une bien mauvaise perception de l'environnement. Ce ne sont que des étiquettes pour faire vendre.

    Une expression tout aussi obscure, c'est cette notion d'énergie renouvelable. En se gargarisant de la sorte de l'expression, on occulte le fait que les ressources requises pour exploiter cette énergie sans limites apparentes sont limitées. Pour produire de l'électricité de façon prétendue propre et renouvelable, il faut soit inonder des pans entiers de forêt (et la déforestation est une des causes importantes des changements climatiques), soit planter des éoliennes partout ou paver le territoire de panneaux solaires gigantesques. L'hydraulique, l'éolien et le solaire ne sont pas des énergies vraiment renouvelables car elles nécessitent des ressources limitées importantes pour être exploitées. Et si on y ajoute la nécessité de la stocker, l'empreinte environnementale en est encore augmenter. Les tonnes de batteries qu'on se prépare à installer dans les moyens de transports sont une importante source de pollution potentielle et on ment aux gens en leur disant que c'est la voie du futur. Seuls les industrielles salivent à cette idée.

    Ces mots et expressions de l'industrie et du monde politique ont souvent comme conséquence de laisser croire aux gens qu'on peut continuer à surconsommer alors qu'il est de plus en plus évident qu'une réduction de la consommation (de ressources terrestres et d'énergie) est un incontournable. La foi au sans limites est une arme dangereuse.

    • Jean Santerre - Abonné 2 novembre 2017 14 h 02

      C'est une conception toute personnelle que vous nous transmettez ici, M. Richard.
      Heureusement, votre définition de l'énergie renouvelable n'est pas celle qui est généralement admise.
      En quoi laisser le soleil chauffer nos bâtiments peut-il être nocif pour l'environnement?
      Le soleil brille, le vent souffle, les marées s'agitent encore et cela depuis des millions d'années et pour des millions d'autre encore que l'humain habite ou non cette planète.
      Renouvelable veut dire inépuisable à l'échelle humaine.
      Le stockage est une autre histoire, mais là aussi il y a matière à discuter.

      Les limites d'exploitation de ces sources sont d'ailleurs compatibles avec une meilleure utilisation de ce que l'on recueille.
      Un watt qui n'est pas consommé n'a pas à être produit et ne produira jamais aucun effet néfaste.

      Pour le fond de l'article, c'est très alarmant.

      Mais il n'alarme que les convaincu, car pour la majorité ce n'est qu'une distraction, voir un empêchement de vivre une vie si "palpitante"

  • Gilles Théberge - Abonné 1 novembre 2017 13 h 41

    Qui a froid dans le dos...?

    Sûrement pas les politiciens...!

    Alors qui va avoir froid, ou chaud...?

    C'est nous.

    Et à la clef, on va nous culpabiliser, et nous demander de faire des sacrifices.

    Come toujours.