Climat: écart «catastrophique» entre promesses et actions, selon l’ONU

Depuis 2014, les émissions de CO2 issues des énergies fossiles se sont stabilisées, notamment grâce au moindre recours de la Chine au charbon.
Photo: Pius Utomi Ekpei Agence France-Presse Depuis 2014, les émissions de CO2 issues des énergies fossiles se sont stabilisées, notamment grâce au moindre recours de la Chine au charbon.

L’écart est « catastrophique » entre les promesses nationales de limitation des émissions de gaz à effet de serre et les réductions qu’il faudrait opérer pour maintenir le réchauffement en-dessous de 2 °C, a prévenu mardi le responsable environnement de l’ONU, à six jours de la COP23.

« Les engagements actuels des États couvrent à peine un tiers des réductions d’émissions nécessaires, creusant un écart dangereux » annonciateur de grands dérèglements, souligne Erik Solheim, directeur du Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE), qui publie son rapport annuel sur l’action climatique mondiale : Gouvernements, secteur privé, société civile doivent combler cet écart catastrophique.

À ses yeux, « un an après l’entrée en vigueur de l’accord climat de Paris, nous sommes loin de faire ce qu’il faudrait pour préserver des centaines de millions de personnes d’une vie de misère ».

« L’accord de Paris a boosté l’action climatique, mais cette dynamique clairement s’essouffle », estime le ministre costaricain Edgar Gutierrez Espeleta, président pour 2017 de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement.

Selon le rapport du PNUE, synthèse des dernières études scientifiques, il faut à la fois « urgemment accélérer les actions à court terme et renforcer l’ambition à long terme ». « Tous les pays » sont concernés, notamment du G20 (trois quarts des émissions).

La révision des engagements nationaux, prévue en 2020 par l’Accord de Paris, sera « la dernière occasion » de trouver la bonne trajectoire pour 2030 : sinon, « il est extrêmement improbable » que le monde reste sous 2 °C et a fortiori 1,5 °C de réchauffement par rapport à la Révolution industrielle, ajoute le bilan, publié avant l’ouverture lundi à Bonn de la 23e conférence de l’ONU sur les changements climatiques.

Les engagements de réduction d’émissions à horizon 2025 ou 2030 présentés volontairement par les États à la COP21 fin 2015, devraient faire monter le mercure de plus de 3 °C d’ici 2100.

Concentration élevée

Pour rester sous 2°, il faudrait émettre au maximum 41,8 gigatonnes (Gt) équivalent CO2 en 2030, contre 51,9 Gt en 2016. Or, si les pays s’en tenaient à leurs engagements présents, sans les renforcer, ils produiraient encore 52,8 Gt en 2030.

Depuis 2014, les émissions de CO2 issues des énergies fossiles se sont stabilisées, notamment grâce au moindre recours de la Chine au charbon. Mais il faudrait les réduire nettement, alors que la concentration dans l’atmosphère de ce gaz persistant n’a jamais été aussi élevée. Les émissions de méthane, gaz encore plus réchauffant, ne cessent en outre de croître.

Rénovation des bâtiments, reboisement, énergies renouvelables, transports économes… le PNUE liste les actions possibles et nécessaires, qui pourraient, selon lui, épargner plus de 30 Gt CO2e par an d’ici 2030. Mais il concède de nombreuses incertitudes technologiques et concernant la capacité des États.

La fermeture progressive des centrales à charbon s’impose, note aussi le PNUE, qui en recense encore 6683, sans compter celles à l’état de projet.

Au monde des affaires également d’agir : les 100 sociétés cotées les plus polluantes représentent un quart des émissions, rappelle le rapport. Mais rien ne prouve encore que la dynamique des acteurs non-étatiques pourra compenser le retard, ajoute-t-il.

« Le PNUE fait de son mieux pour tenter de garder une vision optimiste, alors que l’avenir est lugubre », commente le climatologue Glen Peters, interrogé par l’AFP. « C’est le 8e rapport et chaque année la conclusion est la même : “ il faut agir urgemment, des moyens accessibles sont à disposition ”. Mais dans le détail, le texte est plutôt sombre » cette année.

Car chaque action « est à la limite de la faisabilité » aujourd’hui, souligne l’expert du centre de recherche CICERO. « Et si l’une d’elles échoue, nous ne pourrons combler l’écart de 2030. »

2 commentaires
  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 31 octobre 2017 10 h 03

    La chute de la civilisation de l'énergie fossile

    Il est de plus en plus évident qu'il est trop tard pour penser éviter l'effondrement civilisationnel qui surviendra d'ici la moitié de ce siècle. Autant l'oligarchie (vous savez le 0,01%), se croyant en mesure par son emprise sur les richesses de la Terre de se préserver des tourments, ne fait rien pour éviter la catastrophe, le statu quo actuel lui assurant toujours de juteux profits, autant le quidam occidental n'entend en rien altérer son mode de vie: « mon bungalow, ma banlieue, mon VUS » demeurant à ses yeux embués des acquis intouchables. Quelle cécité!

    Au fondement de cette paralysie, un système économique qui ne carbure qu'à la croissance... pour une planète aux ressources pourtant limitées. Une croissance de 2% par année équivaut au bout de 35 ans à un doublement de la quantité initiale. Avec une croissance de 3%, cela se produira 10 ans plus tôt. L'énergie tout comme les autres ressources de notre bonne vieille Terre ne peuvent tout simplement pas soutenir de telles hausses.

    Alors s'en vient le temps de la reddition de compte planétaire, malgré l'aveuglement volontaire de nos contemporains. Si ce sont nos enfants qui en feront les frais, c'est nous qui leur en laisserons la note. Ce futur prévisible se prépare maintenant.

    J'ai honte pour ma génération aveuglée volontairement. Je veux bien tenter de semer autre chose, mais des politiciens myopes à la solde de promoteurs, des bandits encravatés, des financiers véreux tirent plus fort que moi dans l'autre direction. J'en désespère.

    • Daniel Bérubé - Abonné 1 novembre 2017 00 h 14

      Vous n'êtes pas le seul...

      Il est plus que désolant, voir, il n'existe pas de mots pour pouvoir exprimer cette déception de voir l'humanité aller. Ma joie s'est tranformé en peine de voir aujourd'hui une femme enceinte, d'avoir une idée de ce que cet être, n'ayant sans doute pas demandé a venir au monde, aura a vivre dans les 50 ou 75 ans à venir...

      L'individualisme, le "je, me, moi" qu'il a créé fait en sorte que les publicités ont réussis dans une large mesure à se croire comme devant posséder tout ou presque, tant de chose secondaire, mais que la publicité a réussit à nous faire "convaincre" qu'on le mérite, qu'on ne peux s'en passer.

      Cette croissance soit disant nécessaire (2% par an) n'est manipulé que par un des pires vices chez l'humain, l'orgeuil. La société ayant "mis de côté" la partie "être" de l'humain, et quantité d'humain y ayant consenti, fait en sorte que la valorisation de l'humain est passé de l'être à l'avoir. Combien aujourd'hui ne peuvent se passer de tant de choses, qui pour elles aujourd'hui, les représentent: si tu possède beaucoup, tu as réussi dans la vie ! semble chanter la société. Eh oui... je ne suis presque rien, mais je possède beaucoup. Mais un jour, un éveil souvent doit se faire, c.à.d. à l'arrivé d'une fin, celle de la vie. Je comprend mieux aujourd'hui, pourquoi certains/es désirent "sauter" cette étape...

      Mais, aussi, se souvenir que la Lumière nous a dit un jour: "À chaque jour suffit sa peine...". C'est ce qui m'aide à moins désespérer...