Le tiers des poissons de la Chaudière encore intoxiqués après la tragédie de Lac-Mégantic

Des barrières avaient été installées sur la rivière Chaudière après le déraillement du train à Lac-Mégantic en juillet 2013. Quatre ans plus tard, le niveau de contamination demeure élevé.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Des barrières avaient été installées sur la rivière Chaudière après le déraillement du train à Lac-Mégantic en juillet 2013. Quatre ans plus tard, le niveau de contamination demeure élevé.

Quatre ans après le déversement de pétrole dans la rivière Chaudière survenu lors de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, le taux de contamination des sédiments continue à diminuer. Toutefois, les anomalies chez les poissons, notamment des déformations et des lésions, demeurent préoccupantes.

C’est ce qui ressort d’une série de rapports publiés par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) le 13 octobre dernier.

« La contamination des sédiments de la rivière Chaudière par les hydrocarbures pétroliers C10-C50 a diminué de façon marquée de 2013 à 2016 », peut-on lire dans un des rapports du Comité expert du ministère, qui dresse pour la troisième fois un état des lieux depuis le déraillement d’un convoi ferroviaire qui a coûté la vie à 47 personnes en plus de détruire le coeur de Lac-Mégantic, le 6 juillet 2013.

Ces sédiments portaient néanmoins toujours la trace du déversement en 2016. « Les dépassements de la valeur de référence d’effets chroniques (VRC), qui est de 164 mg/kg, se limitaient aux 8,6 premiers kilomètres », est-il précisé.

Aujourd’hui, la rivière retrouve lentement sa qualité originale


 

Les poissons affectés

Fait inquiétant, environ le tiers des poissons dans la rivière Chaudière présentent des anomalies de type « DELT » (déformations, érosion des nageoires, lésions et tumeurs), une proportion aussi élevée qu’en 2014.

« Lorsque plus de 5 % des poissons sont affectés par le DELT, le milieu est considéré comme contaminé par des substances toxiques », souligne le rapport portant sur le suivi des communautés de poissons.

On constate toutefois des améliorations de l’état des communautés benthiques — des invertébrés dont se nourrissent plusieurs poissons.

À la lumière de ces constats, le Comité d’expert recommande simplement au ministère de laisser la nature faire son travail et de reprendre le suivi environnemental de la rivière en 2022.

« Le délai de cinq ans devrait permettre aux sédiments d’être davantage nettoyés par l’atténuation naturelle, aux organismes benthiques de recoloniser le milieu et aux cohortes de poissons actuellement présentes dans la rivière d’être, pour la plupart, remplacées par de plus jeunes, moins exposées à la contamination résultant de l’accident », écrit-il.

Un long rétablissement

Ce rapport « dresse un bilan rassurant de la situation », a soutenu le MDDELCC dans un communiqué. « Les plans d’action basés sur la science que nous avons mis en oeuvre ont porté leurs fruits. Aujourd’hui, la rivière retrouve lentement sa qualité originale », y déclare la nouvelle ministre, Isabelle Melançon.

L’environnementaliste Daniel Green, qui s’intéresse depuis plusieurs années aux substances toxiques dans l’environnement, est loin d’être rassuré. « La bonne nouvelle, c’est que les concentrations d’hydrocarbure sont à la baisse en comparaison avec les données de 2014 », a-t-il affirmé au Devoir.

L’expert conteste toutefois la VRC établie à 164 mg/kg par le ministère. Étant donné la toxicité des hydrocarbures déversés — du pétrole de schiste, rappelle-t-il — et les anomalies préoccupantes chez les poissons, il estime que cette norme devrait plutôt être établie entre 80 et 100 mg/kg.

À son avis, le rétablissement de la rivière pourrait prendre des décennies. « On n’est pas sorti du bois », résume l’expert qui a lui-même échantillonné des sédiments sur place.

Par ailleurs, M. Green estime que le déversement, évalué à 100 000 litres de pétrole par le MDDELCC, est « au moins trois fois plus important », puisque le chiffre du gouvernement ne prend pas en compte le pétrole absorbé par le sol qui s’écoule dans la rivière à chaque fonte des neiges, ce qui cause un « déversement continuel ».

Selon lui, le MDDELCC devrait faire un suivi annuel du taux de contamination de la rivière.

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 18 octobre 2017 02 h 11

    quelle justice

    il est important que nous le sachions, n'en sommes nous pas a juger des coupables ou préférons nous tout oublier

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 19 octobre 2017 08 h 16

    Un Protecteur de l'environnement, une nécessité.

    Le gouvernement provincial ne veut pas mettre trop d'argent dans la rivière Chaudière. Il embellit la vérité et s'arrange pour qu'il n'y ait pas trop de vérifications scientifiques environnementales et sociales compromettantes. Il ne veut pas davantage rendre une compagnie et une industrie réellement responsables de leur pollution et de ses conséquences. Autrement dit, il nous endort et son argument fétiche est le principe de dillution. Ce principe fait en sorte qu'on envoie nos cochonneries ailleurs, plus particulièrement dans des endroits rendus vulnérables à la pollution et surtout sans personne pour les protéger et les représenter aussi pour ce qu'elles sont et non seulement pour ce qu'elles nous apportent maintenant. Exemple: le fleuve et son estuaire. Il faut légiférer pour permettre à un organisme de représenter judiciairement la nature, par exemple le fleuve. À l'instar du Protecteur du citoyen, il recommanderait aussi des améliorations et corrections au gouvernement.