Philippe Couillard inaugure la cimenterie McInnis

La nouvelle usine de Port-Daniel, qui a commencé à produire du ciment en juin, a une capacité de production annuelle de 2,2 millions de tonnes.
Photo: Source Ciment McInnis La nouvelle usine de Port-Daniel, qui a commencé à produire du ciment en juin, a une capacité de production annuelle de 2,2 millions de tonnes.

Le premier ministre Philippe Couillard a inauguré lundi la cimenterie McInnis, une usine qui sera le plus gros pollueur industriel au Québec. Le projet, marqué par des dépassements de coûts importants et soustrait à un examen du BAPE, devrait générer chaque année des émissions de gaz à effet de serre équivalant à l’ajout de 510 000 voitures sur les routes de la province.

« Le XXIe siècle amène une vague de profonds changements dont nous connaissons à peine l’ampleur. C’est pourquoi nous avons entamé une profonde transformation du Québec. Et les régions y joueront un rôle crucial. Elles regorgent de talents et de projets comme celui annoncé aujourd’hui qui permettront au Québec de transformer les grands défis de notre époque en opportunités », a déclaré le chef libéral, présent lundi après-midi à Port-Daniel–Gascons, en Gaspésie.

La ministre de l’Économie, Dominique Anglade, a pour sa part qualifié cette nouvelle cimenterie de « grand projet », mais aussi de « moteur économique » pour la Gaspésie. L’usine, qui s’appuie sur l’exploitation d’un gisement de calcaire qui pourrait durer plus de 80 ans, devrait créer 200 emplois permanents.

Le projet Ciment McInnis, lancé sous le gouvernement de Pauline Marois, devait coûter initialement 1,1 milliard de dollars. Or, en 2016, la facture a bondi de près de 40 %, pour atteindre 1,5 milliard de dollars. Cela équivaut à des investissements de 7,5 millions de dollars par emploi.

Une portion importante de la facture totale a d’ailleurs été payée avec des fonds publics : Investissement Québec a consenti un prêt de 250 millions et une participation de 100 millions dans le capital-actions.

La Caisse de dépôt a pour sa part injecté un total de 265 millions de dollars dans le projet, dont un ajout de 165 millions en 2016, notamment pour financer une partie des dépassements de coûts. Le consortium Bombardier-Beaudoin a aussi investi 212 millions, en plus d’un montant de 125 millions provenant de la firme BlackRock.

Production de GES

La nouvelle usine, qui a commencé à produire du ciment en juin, a une capacité de production annuelle de 2,2 millions de tonnes. Cette production, appuyée sur l’utilisation du coke de pétrole (un dérivé du raffinage du pétrole brut), doit faire de Ciment McInnis le plus important pollueur industriel du Québec, devant les raffineries de Valero et de Suncor.

Les émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES) devraient dépasser 1,76 million de tonnes. Selon des calculs de Greenpeace, cela équivaut à ajouter plus de 510 000 véhicules sur les routes du Québec. En cas de scénario de « production augmentée », les émissions pourraient même dépasser les deux millions de tonnes annuellement.

Une telle hausse des émissions aura un impact significatif sur les émissions de GES du Québec. « À elle seule, cette usine annulera le tiers des réductions d’émissions de gaz à effet de serre prévu d’ici 2020 dans le Plan d’action sur les changements climatiques du Québec », calcule le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin. Une situation qu’il juge inquiétante, dans le contexte où le Québec est déjà en voie de rater ses objectifs de réduction des émissions de GES.

Exit le BAPE

Philippe Couillard avait dit dimanche qu’il assume « totalement, totalement » ce projet, malgré ses impacts environnementaux. Il se dit aussi rassuré par le fait que la nouvelle cimenterie devra se soumettre au système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de GES.

Le gouvernement de M. Couillard a néanmoins pesé de tout son poids pour éviter que le projet soit soumis à un examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Normalement, un tel projet aurait nécessité une évaluation complète. Mais Ciment McInnis a fait valoir que son projet avait été déposé au départ en 1995, soit sous d’anciennes règles qui ne menaient pas obligatoirement au BAPE.

Le gouvernement Couillard a par la suite adopté un projet de loi afin de mettre fin à toute possibilité d’assujettir le controversé projet à un tel examen. Ciment McInnis avait d’ailleurs auparavant menacé d’abandonner le projet, en cas d’intervention du BAPE.

Interpellée lundi, la Caisse de dépôt a par ailleurs affirmé que le projet, dont elle est l’actionnaire de contrôle, « est tout à fait rentable ».

Au moment du lancement du projet, des travailleurs syndiqués et des joueurs de l’industrie avaient soulevé des doutes sur la capacité d’écouler la nouvelle production, en soulignant que le marché tournait déjà au ralenti. L’un d’entre eux, Lafarge, a cependant refusé lundi de commenter l’inauguration de la cimenterie lundi. Même silence du côté du syndicat des Métallos.

Dans un communiqué publié le 7 septembre, Ciment McInnis disait être en voie d’étendre son réseau de distribution dans les provinces de l’Atlantique. Une annonce qui s’ajoutait aux autres points de distribution déjà recensés, notamment au Québec, en Ontario et au Rhode Island.

Au moment de publier ce texte, Le Devoir n’avait pas obtenu de réponses aux questions soumises à Ciment McInnis. Celles-ci portaient notamment sur la capacité d’écouler l’ensemble de la production sur le marché.

11 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 25 septembre 2017 19 h 07

    Des appréhensions!


    En espérant que cette cimenterie fort polluante ne sera pas un éléphant blanc. J'ai de forte appréhenesions pour ce projet tant au niveau de l'environnement que de sa rentabilité. ll me fait penser au projet du port de Gros-Cacouna. Que de rêves déçus celui-ci a produit chez bien des personnes, outre de défigurer un magnifique paysage et de faire disparaître plusieurs bélugas.

    Michel Lebel

  • Marie Nobert - Abonnée 26 septembre 2017 00 h 13

    «Quoi de neuf docteur?!»

    «[...]» in «Les lettres des maux passants». Comment la CDPQ peut-elle affirmer (ce lundi) que le projet « est tout à fait rentable », jour de «coupe» du ruban. Où sont les contrats fermes, les garanties, etc. Secret industriel!? Plein cauchemar. L'ultime «péninsulte». (!) Mon petit doigt me dit que seuls les 125 M$ de «BlackRock» sont «sous couverture». (ouille!) Me trompè(é)-je? Bref. Et dire que dans 12 mois et des poussières... Grosse fatigue.

    JHS Baril

  • Daniel Cyr - Abonné 26 septembre 2017 08 h 18

    1,5 millard pour 200 emplois?

    1,5 milliard de dollars! Est-on réellement capable d'imaginer ce montant? Ma calculatrice a de la difficulté à le prendre en charge! Et pour 200 emplois? Ça fait une SUBVENTION de 7,5 millions par emplois! Ça fait beaucoup d'argent que de toute façon, ne toucheront presque pas les gaspésiens, regardez ce que touche Havre-Saint-Pierre du saccage, excusez, barrages de la Romaine. Que l'on ne vienne pas me dire qu'il n'aurait pas été faisable d'occuper ces 200 personnes, le double s'il le faut, à quelque chose de moins polluant et moins contestable, pour beaucoup moins que ça. N'aurait-il pas été plus intelligent, je persiste à dire intelligent, et moins couteux d'occuper ces gaspésiens à produire, disons, des légumes en serre aux quatre coins de la Gaspésie? Avec 1,5 milliard, on peut en produire des légumes, quelque chose qui se mange... mais il est vrai que l'autre sorte de légumes empocherait beaucoup moins d'argent!

    • Brigitte Garneau - Abonnée 26 septembre 2017 15 h 08

      J'aime beaucoup votre commentaire!

  • René Pigeon - Abonné 26 septembre 2017 09 h 42

    La notion d’équivalence est mal utilisée dans ce reportage et plusieurs déclarations publiques - 1

    La meilleure façon de réduire les émissions de CO2 est que les consommateurs se demandent s’ils peuvent privilégier les constructions qui minimisent l’utilisation du béton.
    L’usine « devrait générer des émissions de gaz à effet de serre équivalant à l’ajout de 510 000 voitures sur les routes de la province » écrit M. Shields.
    Une usine de ciment n’est pas le véritable équivalent d’une flotte de voitures sur les routes. La seule ressemblance entre voitures et usine de ciment est le fait que ces deux équipements brulent un combustible qui, ce faisant, émettent du CO2 dans l’atmosphère terrestre. Mais il y a d’autres équipements dans la chaine de production-consommation associée au ciment et d’autres équipements dans la chaine associée aux voitures qui sont les vrais équivalents l’un de l’autre.
    Le véritable équivalent d’une usine de ciment neuve est une autre usine de ciment, vétuste dont les émissions sont plus élevées pour diverses raisons, et qui ralentira sa production ou fermera en subissant la concurrence de la nouvelle usine de ciment simplement parce que le prix du ciment (cout de livraison inclus vers le marché américain) est moindre que le cout de production des usines vétustes. D’après les nouvelles passées, la nouvelle usine émettra moins de CO2 que les veilles usines en exploitation parce que Port-Daniel utilise un procédé plus efficace émettant moins de CO2 par tonne de ciment et qu’elle utilise une matière première moins couteuse à transformer et ce malgré le fait qu’elle utilise un combustible plus riche en carbone (le coke pétrolier) que le combustible utilisé par les vieilles usines : le charbon.

    • Jean Richard - Abonné 26 septembre 2017 12 h 31

      « Le projet industriel, qui a échappé au BAPE, sera le plus polluant du Québec »

      Ce sous-titre devrait être corrigé pour se lire ainsi : ‹ Selon Greenpeace, le projet industriel sera le plus polluant du Québec. »

      Et en matière d'environnement, la crédibilité de Greenpeace vole au niveau des paquerettes. L'organisation fait son pain et son beurre de déclarations à l'emporte-pièce, où les raccourcis prennent beaucoup plus de place que les nuances.

      On pourrait poser des questions légitimes qui ne recevront jamais de réponses claires.

      - Sommes-nous prêts à nous affranchir du béton et si oui, quel sera le coût environnemental des substituts ?

      - Une nouvelle cimenterie, si elle ajoute à l'offre, va-t-elle condamner ses concurrentes à fermer, et si oui, pourrait-il y avoir un gain sur le plan environnemental ?

      - La pollution n'est-elle pas un ensemble de situations où l'équilibre naturel des écosystèmes est menacé ? Dans ce cas, la pollution ne peut être considérée selon une facette unique, dans le cas présent les émissions de GES.

      En ne considérant que les émissions sur place des GES, on peut arriver à des affirmations hâtives du style « l'équivalent de 510 000 voitures ». Rien n'est plus loin de la réalité qu'un tel calcul.

    • René Pigeon - Abonné 26 septembre 2017 15 h 33

      Réduire la demande d’un produit est la façon la plus efficace de réduire les émissions causées par la production et par la demande du produit :

      En ajoutant cette usine, les émissions du Québec augmenteront, mais moins que les émissions des usines concurrentes qui réduiront leur production ou fermeront. À moins que nous choisissions de consommer plus de ciment, en prolongeant et en élargissant des autoroutes … afin de faire circuler des voitures supplémentaires.

      La raffinerie transformant le pétrole en carburants brulés par les voitures est le véritable élément équivalent à la cimenterie dans la chaine de production-consommation liée au ciment, et non les milliers ajoutés « de voitures sur les routes de la province ». Shell a fermé sa raffinerie à Montréal et ça n’a pas empêché les Montréalais d’ajouter x milliers de voitures sur les routes de la province. L’oléoduc qui ne sera probablement pas construit à travers le Québec n’empêchera pas Canadiens et Américains d’ajouter x milliers de voitures sur leurs routes. Plusieurs autres mesures permettraient d’arriver à un tel résultat.

      En résumé, réduire la demande d’un produit (ciment, automobile, carburant etc.) est la façon la plus efficace de réduire les émissions causées par la production et par la demande des produits.

  • Danielle Houle - Inscrite 26 septembre 2017 10 h 49

    Exit les libéraux!

    Quelle hypocrisie ces libéraux.