Pétrolia aux limites du parc national de la Gaspésie

Le parc national de la Gaspésie abrite une population de caribous forestiers.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le parc national de la Gaspésie abrite une population de caribous forestiers.

Après avoir reçu 20 millions de dollars du gouvernement du Québec, l’entreprise Pétrolia compte lancer un nouveau programme d’exploration pétrolière et gazière sur un territoire situé tout juste au sud du parc national de la Gaspésie, a appris Le Devoir. Le projet de règlement sur les forages pétroliers et gaziers devrait d’ailleurs favoriser les activités de l’entreprise, dont le gouvernement est le premier actionnaire.

Selon ce qu’a confirmé le directeur des affaires publiques et gouvernementales chez Pétrolia, Jean-François Belleau, l’entreprise veut entreprendre un programme de « levés sismiques » sur un territoire présenté comme le « projet Gaspésia ». Il s’agit d’ailleurs d’une des deux zones où Pétrolia souhaite concentrer ses efforts dans la péninsule gaspésienne. « Aucun forage n’est prévu à moyen terme », a précisé M. Belleau. « Selon l’analyse de ces levés sismiques, nous verrons pour la suite des choses. »

Preuve que les démarches sont sérieuses, Pétrolia a inscrit un mandat de lobbying au registre des lobbyistes du Québec en lien avec ce projet, et ce, un mois après avoir reçu une indemnisation de 20,5 millions de dollars de fonds publics pour la fin du projet pétrolier sur l’île d’Anticosti.

Le mandat de lobbying indique que l’entreprise souhaite obtenir le « certificat d’autorisation en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement », mais aussi les « permis nécessaires aux activités de développement pour la mise en valeur du projet Gaspésia [projet d’exploration et d’exploitation pétrolier et gazier] […] ». Le mandat vise sept ministères, dont celui du premier ministre Philippe Couillard, mais aussi les municipalités et les MRC de la région.

Selon la description technique de Pétrolia, le projet Gaspésia comprend en fait trois projets situés côte à côte, avec un total de 11 permis d’exploration qui couvrent une superficie totale évaluée à 2336 km2. Des travaux antérieurs menés sur ce territoire ont indiqué que le sous-sol pourrait être « plus propice à la découverte de gaz ». « Le contexte géologique laisse entrevoir que les roches de ces projets pourraient constituer d’excellents réservoirs potentiels », estime Pétrolia.

C’est ce potentiel que l’entreprise souhaite évaluer. M. Belleau n’a toutefois pas précisé quel serait l’échéancier des travaux à venir sur le projet Gaspésia, ni l’étendue du territoire ciblé. Il n’a pas non plus souhaité s’avancer davantage sur les ressources en énergies fossiles qui pourraient se trouver dans ce secteur.

Parc national

Le territoire convoité se situe directement au sud du parc national de la Gaspésie. En fait, Pétrolia détient des permis d’exploration qui s’arrêtent précisément aux limites de ce territoire protégé, tant au sud qu’à l’est du parc. Certains de ces permis recouvrent donc en bonne partie le territoire de la réserve faunique des Chic-Chocs, mais aussi de la réserve faunique de Matane.

La présence de ces permis bloquerait les possibilités d’agrandir le territoire du parc national, mais ils permettraient aussi à Pétrolia de mener un projet d’exploration pétrolière et gazière aux limites du parc. En vertu des projets de règlements publiés mercredi dernier dans la Gazette officielle, le gouvernement Couillard compte en effet permettre les forages à une distance de 60 mètres d’un parc national ou d’une aire protégée.

Cela signifie que Pétrolia pourrait avoir accès à un territoire situé aux limites de ce parc, qui protège notamment l’habitat du caribou de la Gaspésie. Or, indique le directeur de la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), Alain Branchaud, la Société des établissements de plein air du Québec a entrepris des consultations afin d’évaluer des mesures de protection de la périphérie de certains parcs nationaux, dont celui de la Gaspésie. L’objectif, souligne le biologiste, serait d’étudier la possibilité d’établir des « zones tampons » autour des parcs.

« Il est clair que la distance de 60 mètres des limites d’un parc est incompatible avec cet objectif, explique M. Branchaud. De plus, les limites de l’habitat essentiel du caribou de la Gaspésie désignées par le fédéral débordent largement de celles du parc. » Selon lui, le projet de règlement des libéraux « pourrait créer des problèmes majeurs dans la mise en oeuvre du rétablissement de cette espèce, notamment en ce qui a trait à la conservation de son habitat ».

Plus largement, la SNAP Québec estime que l’omniprésence des permis d’exploration pétrolière et gazière dans le Bas-Saint-Laurent aurait pour effet de bloquer les efforts de protection de portions importantes du territoire pourtant déterminées et soumises au gouvernement dès 2013.

Projet Bourque

Outre le projet Gaspésia, Pétrolia dit vouloir concentrer ses efforts d’exploration en Gaspésie sur le projet Bourque, qui a reçu l’appui politique et financier du gouvernement Couillard. Des opposants au projet ont accusé récemment Pétrolia d’y avoir mené des tests de fracturation cette année, ce que nie l’entreprise.

Vérifications faites au ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, aucune autorisation de fracturation n’a été accordée cette année. Mais le projet de règlement sur les forages permettrait à Pétrolia de mener des opérations de fracturation pour exploiter un éventuel gisement gazier et pétrolier.

Cette option de « stimulation » des puits de forages a d’ailleurs été évoquée l’an dernier par Pétrolia pour son projet Haldimand, situé sur le territoire de Gaspé. Si le projet de règlement est édicté comme il a été publié, le gouvernement Couillard pourrait autoriser de telles opérations, même si le projet Haldimand se situe à 350 mètres d’un secteur résidentiel. Les forages seraient d’ailleurs autorisés à 175 mètres des zones habitées, selon les projets de règlements présentés dans la foulée de l’adoption de la Loi sur les hydrocarbures.

24 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 25 septembre 2017 00 h 27

    quels êtres détestables que la vie devrait condamnés

    quels profiteurs et êtres méprisants de la pire des espèces, qui ne sont intéressés que par le profit et ils se fou de tout le reste, comment se fait-il que les gouvernements ne sont pas capables de les contrer, seraient que nos politiciens sont de la même amalgamme

    • Danielle Houle - Abonnée 25 septembre 2017 08 h 25

      Les 9 derniers mots de votre commentaire résument très bien la situation et confirment ce que nous pensons tous de la couillardise de ce méprisable gouverne-ment

    • Daniel Bérubé - Inscrit 26 septembre 2017 16 h 45

      ... "comment se fait-il que les gouvernements ne sont pas capables de les contrer, seraient que nos politiciens sont de la même amalgamme" ...

      C'est ça le problème, ce ne sont pas LES gouvernements qui sont au pouvoir, c'est LE gouvernement, et quand il est majoritaire, les autres partis (de l'oppositions) NE SONT PAS au pouvoir, très particulièrement quand ce gouvernement est majoritaire: ces derniers ne peuvent que plier l'échine, car il détient à ce moment plein pouvoir, et sans doute pourraît-il même vendre le Québec dans son ensemble (ne le répétez pas... ça pourrait lui donner l'idée). Il est inconcevable qu'un parti politique vendu ait un tel pouvoir sur un peuple. Mais malheureusement, aucun gouvernement se voyant possiblement prendre le pouvoir un jour après des élections n'est intéressé à laisser ce pouvoir à la population, ce qui explique entièrement les pays totalitaire, qui ne veulent rien savoir de la démocratie, mais ils ne savent sans doute pas que vers où la démocratie se dirige dans l'ensemble des pays dits démocratique... il y a maintenant TRÈS PEU de différence...

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 25 septembre 2017 03 h 51

    L'État au service du privé... et des partis politiques

    Dans ce dossier, le gouvernement est encore une fois juge et partie. Les territoires concernées font souvent partie du territoire public. De plus, il est un important actionnaire de cette compagnie. Les décisions se prennent à l'extérieur des zones concernées par des personnes qui n'y habiteront jamais, un peu comme l'on faisait jadis sous le roi de France. D'une façon ou d'une autre, l'État finance à peu près tout et advenant un profit, et bien, il ira aussi à ceux qui auront su embarquer dans le même bateau, comme actionnaire ou comme gestionnaire. L'État au service de l'entreprise privée à même les fonds publics! Tassez-vous, animaux, eau potable et municipalités! Qui sait si une prochaine campagne électorale ne fera pas miroiter un pactole extraordinaire à l'ensemble des électeurs du Québec, un peu comme ce fut le cas à Anticosti!

    • Claude Bariteau - Abonné 25 septembre 2017 13 h 02

      Depuis 1995, il y a inversion. L'État du Québec ayant été décrit peu après pourvoyeur de services coûteux et lourds, l’allègement passa par son altération parce que, le peuple québécois ne s’est pas doté, avec le référendum, d'une assiette fiscale plus diversifiée.

      Certes, il y eut des soubresauts sous les gouvernements Landry et Bouchard, mais rien de structurel de sorte que l’entrée en scène du gouvernement de Jean Charest structura l’inversion. Cet État devient le support d’entrepreneurs ex-employés de sociétés d’État. Ce se fit dans les services en santé et éducation, surtout dans le transport, les garderies, les travaux publics et l’exploitation des richesses.

      Après un court passage du PQ, qui corrigea quelques des irritants, le gouvernement Couillard prôna une cure d’amaigrissement des principaux services, question de se doter d’une marge pour ses projets nord et ceux du Saint-Laurent. Le nord étant peu attirant, le Saint-Laurent aussi, il cibla le reste du territoire du Québec après avoir renfloué des entreprises qu’il a chassé d’Anticosti parce les coûts étaient d’exploitation étaient démentiels..

      Depuis, l’entrée des Charest-Couillard, le Québec perd du terrain sur le plan économique. Le motif est simple. Il manque de ressources, contraint qu’il est de financer les projets canadiens dont il ne tire aucun avantage, est désavantagé pour ses exportations par la faiblesse des réinvestissements et une hausse du dollar plombé par le pétrole albertain. Puis, ses résidants assument à la pompe les coûts des pertes des firmes en Alberta, qui déborde les entrées de fonds de sa pitance canadienne de péréquation.

      C’est pas jojo. Le Québec est plus qu’un champ miné. Il est pire que ce qu’il était après la Deuxième Guerre mondiale, précisément le modèle que veut calquer la CAQ et qui inspire le PLQ. Ce PLQ castre tout dynamisme collectif et la CAQ enfermera le peuple québécois dans un univers provincial passéiste.

  • Michèle Lévesque - Abonnée 25 septembre 2017 05 h 01

    Le Vert cadavérique du PLQ devient de plus en plus glauque

    Je voudrais toutefois en connaître davantage sur la dangerosité du gaz naturel versus le pétrole, et surtout la part des deux dans les projets présentés ici, outre les dangers inhérents à la fracturation et les considérations quant à l'acceptabilité sociale. Des énergies fossiles, tous deux polluantes et donc condamnées, mais le gaz est la moins polluante de toutes.

    Je n'encourage certes pas ce genre d'explorations en vue de l'exploitation, surtout au Québec où nous avons des ressources alternatives, mais disons que je me méfie de la manière journalistique de présenter les données en ménageant les effets. Je m'en méfie moins que du PLQ, mais quand même, je veux garder la tête froide et une certaine distance.

    Cela dit, il est clair que le problème est autant dans la chose (les explorations, les projets éventuels, les investissements par les fonds publics sous promesses de profits à engranger, l'alerte rouge suivant le COP21, la précipitation sous l'argument du développement économique, etc.), que dans la manière libérale de prendre le contrôle, comme avec le Bape dont il garde la gérance en nommant lui-même les administrateurs-clés, d'une part, et le refus de discussion avec le pallier municipal de gouvernement, d'autre part.

    Et comment oublier le bashing de Pauline Marois à Anticosti, place de riches, avec ce retour de Pétrolia béni et soutenu à risque par le gouvernement en Gaspésie ?

    La vie des gens n'intéresse pas ce gouvernement qui a une vision bien étroite de l'économie - dont je rappelle l'étymologie, soit : de eikos, maison (d'où parfois: terre, monde), et nomos, règles, lois, normes ; le mot 'économie' voulant donc dire littéralement : la gestion de la maison - de la maison commune, pour reprendre l'expression de François dans son encyclique sur l'environnement. C.o.m.m.u.n.e. Communautaire, pas seulement libérale. Et cela inclut bien plus que les seuls humains.

    • Danielle Houle - Abonnée 25 septembre 2017 08 h 29

      Auriez-vous l'amabilité de citer vos sources quand vous affirmez que "le gaz est la moins polluante de toutes." Bien au contraire, je vous invite à fouiller le dossier et peut-être comprendrez-vous pourquoi des centaines de milliers de Québécois se sont battus (et continuent de le faire) pour contrer le gaz de schiste (du gaz naturel). J'ai hâte de prendre connaissance de vos sources.

    • Gilles Théberge - Abonné 25 septembre 2017 08 h 47

      Et la gestion de la maison, doit se faire en vertu du principe de précaution.

      Or, nous savons de façon certaine, qu'une fois la nappe phréatique polluée, elle le sera pour toujours.

      Pour toujours....

      Ça n'est pas de savoir si oui ou non, mais de savoir quand!

    • Robert Beaulieu - Abonné 25 septembre 2017 09 h 46

      Bonjour Mme Lévesque, pour votre information le gaz ''naturel'' est l'hydrocarbure le plus polluant puisqu'on doit tenir compte du cycle de vie complet de la molécule de méthane et pas seulement la combustion finale dans les moteurs. En incluant les fuites inévitables, le Gaz est le pire pour son effet sur les changements climatiques, pire que le charbon.
      Gaz Métro et le gouvernement nous mentent en prétendant que le gaz va améliorer les choses.
      https://www.facebook.com/search/str/Regroupement+vigilance+hydrocarbures+Québec%2Fconfé
      On doit investir intelligemment maintenant, dans les énergies et les stratégies vraiment ''vertes''.

  • Guy Lafond - Inscrit 25 septembre 2017 05 h 04

    Biodiversité


    L'industrialisation rapide et sauvage, le développement irréfléchi de nouvelles technologies d'exploitation de nos ressources naturelles observée au cours des dernières années, ont eu des répercussions inquiétantes sur la biodiversité et sur les habitats naturels.

    Notre défi à tous maintenant est de trouver d’autres équilibres développementaux qui protégeront mieux l'ensemble des espèces animales et végétales sur Terre . Car il est absolument et dorénavant risqué pour l'espèce humaine de s'aventurer trop profondément dans des écosystèmes devenus trop fragiles.

    L’intrusion humaine à outrance dans nos habitats naturels, la pollution, l’utilisation de pesticides dangereux, tout cela menace la chaine alimentaire et des cycles naturels sur Terre.

    Passons le mot et rapidement: nos choix de consommateurs peuvent faire toute la différence!

    Nous pouvons amorcer une autre révolution tranquille au Québec en ouvrant nos portefeuilles seulement quand cela ne comporte aucun risque pour l’environnement et pour nos enfants.

    Demander à nos gouvernements de réduire l'exploitation et l'utilisation des énergies fossiles signifie qu'on désire acheter moins de véhicules à essence. Cela veut aussi dire de chauffer nos nouvelles maisons construites au Québec et ailleurs au Canada avec de l'électricité plutôt qu'avec des énergies fossiles.

    Radio-Canada et TVA devront bien un jour se résigner et cesser de nous bombarder avec des publicités atroces de véhicules à essence. Ces deux services de télédiffusion n'ont pas d’autres choix que de devenir plus authentiques et d’amorcer un virage propre qu’on attend depuis trop longtemps.

    Et s’il nous faut descendre dans la rue pour raisonner cette minorité d’entrepreneurs et de politiciens “aveugles”, nous le ferons! Croyez-moi.

    Résolument et poliment,

    @GuyLafond
    (Un Québécois souvent à vélo, parfois à pied ou à cheval, aussi à pied d'oeuvre près de chez vous. Ma façon à moi d'être un Canadien bilingue, propre, et francop

  • Pierre Deschênes - Abonné 25 septembre 2017 06 h 22

    Le prince pétrolier

    Après sa crise de vierge offensée, à la Conférence sur les changements climatiques de Paris, parce que questionné sur son credo environnementaliste, et sa déclaration solennelle frôlant le serment sur la protection inconditionnelle de ce joyau qu'est l'île d'Anticosti, voilà que les indemnisations aux pétrolières se tranforment comme par enchantement en subventions pour des projets d'une ampleur soudainement révélée au peuple ébahi. On sait le premier ministre profondément allergique aux référendums, mais la question de l'exploitation pétrolière et des pans considérables de territoire exploité auraient normalement dû faire l'objet d'une question référendaire.