Des ouragans à l’intensité dopée par les changements climatiques

L'ouragan «Harvey» a fait des dégâts importants au Texas à la fin du mois dernier.
Photo: Thomas B. Shea Agence France-Presse L'ouragan «Harvey» a fait des dégâts importants au Texas à la fin du mois dernier.

Les ouragans comme Irma, qui a touché mercredi les Caraïbes, se nourrissent de l’énergie dégagée par les océans : du coup, les scientifiques prévoient que l’intensité de ces événements, également appelés cyclones ou typhons, se renforce, mais pas leur fréquence à l’échelle du globe.

 

Le terme cyclone (ou cyclone tropical) est réservé à l’océan Indien et au Pacifique Sud. On parle d’ouragan en Atlantique Nord et dans le Pacifique Nord-Est, et de typhon dans le Pacifique Nord-Ouest.

 

Incertitudes

Faute de données satellitaires à l’échelle planétaire avant 1970, il n’est pas possible de dire comment l’activité cyclonique a évolué au XXe siècle. Avant la mise en place d’une surveillance satellitaire complète, des ouragans même très intenses ont pu passer inaperçus s’ils n’ont pas touché les terres par exemple. Leur nombre réduit participe aussi à la faiblesse des données statistiques et rend leur exploitation plus difficile.

 

Dans l’Atlantique Nord, depuis une vingtaine d’années, une augmentation de la fréquence des ouragans a été constatée, mais c’était l’inverse entre 1970 et 1995, selon Franck Roux, de l’Université Paul-Sabatier de Toulouse.

 

En fait, les chercheurs se sont aperçus que l’activité cyclonique dans cette région suit des cycles de plusieurs dizaines d’années et estiment qu’il n’est pas encore possible de dire si la hausse dans cette région relève d’une variabilité naturelle ou du changement climatique.

 

Dans le Pacifique Nord-Ouest, il y a eu une légère diminution de l’activité cyclonique entre 1980 et 2010.

 

Moins fréquents, mais plus intenses?
 

Les modèles informatiques simulant le climat font état d’un renforcement de l’intensité des cyclones (vents et pluies) et d’une possible baisse de leur fréquence au niveau du globe à l’avenir.

 

« Des cyclones d’une intensité plus grande sont l’une des conséquences attendues du changement climatique », explique Valérie Masson-Delmotte, membre du GIEC, groupe de référence au niveau mondial sur le climat.

 

« Plus la température de l’eau et le taux d’humidité sont élevés, plus le cyclone peut prendre de l’intensité. Or, ces deux éléments sont plus intenses du fait de l’augmentation de l’effet de serre », explique la climatologue. « On considère qu’il y a 7 % d’humidité en plus dans l’atmosphère par degré de réchauffement », précise-t-elle.

 

« Le changement climatique ne crée pas ces tempêtes, mais il accentue leurs impacts », résume Anders Levermann du Potsdam Institute for Climate Impact Research.

 

Le double effet du niveau des mers

L’augmentation du niveau des océans est l’un des marqueurs du réchauffement de la planète. La hausse, variable selon les régions du globe, a été en moyenne de 20 cm au XXe siècle et pourrait atteindre jusqu’à près d’un mètre à l’horizon 2100.

 

Or, les cyclones produisent aussi une houle qui génère des « marées de tempête ». Les deux effets conjugués contribueront à exposer davantage constructions et populations côtières.

 

Déplacement des cyclones

Des travaux montrent, selon Météo France, que « la latitude à laquelle les cyclones ont atteint leur intensité maximale a migré vers les pôles au cours des 35 dernières années dans les deux hémisphères ».

 

Cela pourrait être lié à l’expansion de la ceinture tropicale, c’est-à-dire des zones de part et d’autre de l’Équateur où règne un climat chaud et humide.

 

« Des endroits qui sont plus habitués et mieux préparés aux cyclones pourraient être moins exposés et d’autres, moins bien préparés, pourraient l’être davantage », renchérit James Kossin de l’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA).

3 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 7 septembre 2017 10 h 15

    Distorsion médiatique et vulgarisation ratée

    « Plus la température de l’eau et le taux d’humidité sont élevés, plus le cyclone peut prendre de l’intensité. Or, ces deux éléments sont plus intenses du fait de l’augmentation de l’effet de serre », explique la climatologue. « On considère qu’il y a 7 % d’humidité en plus dans l’atmosphère par degré de réchauffement »

    L'humidité – Utiisé tout seul, ce mot ne veut pas dire grand chose, sinon qu'il y a de la vapeur d'eau dans l'atmosphère. Or, même dans les déserts, il y a de la vapeur d'eau dans l'atmosphère. Et malheureusement, il porte à confusion. La notion d'humidité est fort mal comprise du grand public et pourtant, elle est simple. Un élève qui a passé ses examens de physique au secondaire connaîtra les nuances entre les diveses façons d'aborder l'humidité.

    Lorsque les señor et miss météo des médias nous parlent d'humidité en %, il s'agit de l'humidité relative, qui est la comparaison de l'humidité absolue réelle et l'humidité maximale (à saturation). À 100 % d'humidité relative, la quantité de vapeur d'eau sera fonction de la température. L'air à 20 °C peut contenir beaucoup plus de vapeur d'eau que celui à 5 °C. Et à 30 °C au Québec, vous n'aurez jamais 100 % d'humidité en atmosphère libre.

    En météo, l'humidité relative sert entre autres à prévoir les brouillards, les indices d'assèchement et les subjectifs indices de confort (humidex).

    Mais lorsqu'il est question de contenu réel en vapeur d'eau, la météo utilise plutôt le rapport de mélange (masse de la vapeur d'eau par rapport à une unité de masse d'air sec), qui s'exprime en g/kg et non en %.

    Éléments plus intenses ? La température de l'eau et l'humidité peuvent être basses, moyennes ou élevées, mais intense ? Ça verse dans le catastrophisme.

    Il y a 7 % de plus d'humidité ? À pression constante, plus l'air est chaud, plus il PEUT contenir de vapeur d'eau. Mais ce chiffre de 7 % lancé sans la moindre référence, c'est n'importe quoi.

    La vulgarisation peut se passer de la distorsion...

    • Marc Brullemans - Abonné 8 septembre 2017 14 h 21

      Il s'agit de 7% en masse sur masse mais ce qu'il faut surtout noter, c'est la hausse de température de la partie supérieure des océans. Un degré de plus correpond à une énorme quantité d'énergie qui peut être "utilisée" par les cyclones. Depuis le début de l'année, l'énergie accumulée des cyclones est plus de 50% supérieure à la moyenne. Ivan faisait 70 x 10-4 kn2 en 2003, que dira Irma? Pour un site constamment mis à jour: http://tropical.atmos.colostate.edu/Realtime/

    • Marc Brullemans - Abonné 8 septembre 2017 23 h 06

      CORRECTIFS: 1) "l'énergie accumulée des cyclones est plus de 50% supérieure à la moyenne" aurait dû se lire "l'énergie accumulée des cyclones dans l'Atlantique Nord est plus du double de la moyenne des 30 dernières années". Voir le détail ici: http://tropical.atmos.colostate.edu/Realtime/index Il semble bien que cette année 2017 deviendra une parmi les 10 plus agitées sur le plan des ouragans. 2) Ivan est un ouragan monstre de 2004 en non pas de 2003. Sa marque de 70 x 10E4 noeuds2 risque d'être battue.