Le gaz naturel ne serait pas une énergie de transition viable

Le gouvernement Couillard fait la promotion et finance l’utilisation du gaz naturel.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le gouvernement Couillard fait la promotion et finance l’utilisation du gaz naturel.

Il est faux de prétendre que le gaz naturel peut être utilisé comme énergie de transition pour lutter contre les changements climatiques. C’est ce qu’affirme le scientifique Damon Matthews, qui a contribué à la rédaction des deux plus récents rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Le gouvernement Couillard en fait pourtant la promotion, en plus d’y consacrer des millions de dollars de fonds publics.

« On peut débattre du fait que le gaz naturel est un peu mieux que d’autres carburants. Mais le fait est qu’il s’agit d’une source d’énergie fossile. Et lorsque nous bâtissons une nouvelle infrastructure pour y recourir, elle aura une durée de vie d’au moins 30 ou 40 ans. Donc, nous investissons dans une source d’énergie qui émettra du CO2 et d’autres gaz à effet de serre pour au moins 30 ou 40 ans », a-t-il souligné mardi, en marge d’un point de presse organisé par des organismes de recherche et des groupes environnementaux.

« L’idée que nous pouvons construire de nouvelles infrastructures pour des énergies fossiles légèrement moins polluantes ne cadre pas avec l’objectif de réduction rapide et importante des émissions de gaz à effet de serre », a aussi affirmé M. Matthews, titulaire de la Chaire de recherche en sciences du climat à l’Université Concordia.

Les objectifs ambitieux de l’Accord de Paris imposent aux États développés, dont le Québec, de viser le « zéro émission » d’ici 2050, pour éviter le naufrage climatique que la science nous prédit.

L’effet méthane

Le membre du GIEC reconnaît que le gaz naturel émet effectivement moins de CO2 que d’autres sources d’énergie, par exemple le mazout. « Mais tous les gains sont pour ainsi dire annulés par les émissions de méthane. Ce gaz est très important puisqu’il a un impact majeur en matière de changement climatique. »

En fait, selon la démonstration scientifique présentée mardi, le méthane, qui compose 95 % du gaz naturel, est un gaz à effet de serre 86 fois plus puissant que le CO2 sur 20 ans. Sur une période de 100 ans, sa contribution serait 34 fois plus importante que le CO2.

Le professeur Matthews juge donc qu’il y a urgence de « développer et déployer des technologies qui n’émettent pas de gaz à effet de serre, et ce, pour toutes nos nouvelles infrastructures énergétiques ».

Selon lui, mais aussi selon Pierre Langlois, spécialiste de la mobilité durable et communicateur scientifique, les énergies renouvelables sont suffisamment abordables pour aller de l’avant. « Pour la production d’électricité, l’énergie solaire et éolienne s’impose déjà comme solution de rechange avantageuse à une bonne partie des énergies fossiles, a indiqué M. Langlois. Quant à l’électrification du transport routier et maritime, elle est déjà bien engagée elle aussi. »

Cet appel à une transition accélérée vaut d’ailleurs particulièrement pour le Québec et le Canada, selon le scientifique du GIEC. « Nous avons les ressources financières, aussi les ressources naturelles et renouvelables. Nous avons davantage d’options que d’autres pays pour agir et effectuer rapidement la transition. Nous devrions donc être plus responsables que plusieurs autres pays, d’autant plus que nous avons été historiquement un important émetteur de gaz à effet de serre. »

Gaz naturel et transition

Le gouvernement Couillard fait toutefois ouvertement la promotion du gaz naturel, en présentant cette ressource comme une partie prenante de la « transition énergétique » en cours au Québec.

Il a notamment financé, à même le fonds vert, l’extension du réseau de distribution de gaz naturel de Gaz Métro, qui transporte de plus en plus de gaz de schiste. Au cours de l’été, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a annoncé un investissement totalisant 20 millions de dollars à cet effet.

« Nous sommes tous appelés à contribuer à une transition vers une plus grande utilisation d’énergies renouvelables, et le gaz naturel est une avenue énergétique efficace pour nous aider à accélérer cette transition, a alors fait valoir le ministre Arcand. C’est avec cet objectif en tête que notre gouvernement poursuit ses interventions en vue de favoriser l’extension du réseau de gaz naturel au Québec. »

Un message réitéré mardi dans une réponse transmise par son cabinet. « Le ministre considère le gaz naturel comme énergie de transition lorsque celui-ci remplace une énergie qui émet plus de GES. L’utilisation du gaz naturel en remplacement du mazout, par exemple, représente une réduction de 30 % des GES. »

31 commentaires
    • Pierre Vaillancourt - Abonné 6 septembre 2017 10 h 51

      Je suis bien d'accord qu'il faille nous débarrasser des libéraux, mais pour l'avenir de l'Humanité, il nous faut de manière encore plus urgente cesser d'investir dans le développement des énergies frossiles.

      « Cette semaine, un groupe d’éminents scientifiques seront en réunion à Montréal pour élaborer le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), chargé de déterminer une feuille de route pour la mise en place de l’Accord de Paris qui vise à limiter le réchauffement mondial à 1.5°C.

      ...

      Entre 2014 et 2016, la Caisse de dépôt et placements du Québec (CDPQ) a accru ses investissements dans TransCanada, Enbridge et d'autres compagnies du secteur pétrolier, augmentant ainsi ses investissements dans les énergies fossiles de 4,5 milliards de dollars.

      En continuant à investir massivement dans les énergies fossiles, la CDPQ mise sur l'échec de l'Accord de Paris et est en train de jouer dangereusement avec notre avenir. » (extrait d'un courriel de 350.org)

      Il faut qu'il y ait foule lors du grand rassemblement festif qui aura lieu le 8 septembre de 12h à 13h devant le siège social de la CDPQ à Montréal. À chaucn de nous de passer le mot et d'être présent :

      Quand : le 8 septembre 2017 à 12h
      Où : Devant la Caisse de dépôt et placement du Québec, place Jean-Paul Riopelle à Montréal
      Quoi : Un rassemblement festif et joyeux avec prises de parole.
      RSVP sur Facebook :
      https://www.facebook.com/events/1357035467725487?utm_medium=email&utm_source=actionkit

    • Pierre Vaillancourt - Abonné 6 septembre 2017 10 h 54

      PS. Le lien vers la page Facebook du Grand rassemblement doit être copié et collé dans votre fureteur :

      https://www.facebook.com/events/1357035467725487?utm_medium=email&utm_source=actionkit

  • Sylvain Auclair - Abonné 5 septembre 2017 19 h 29

    Tout à fait d'accord.

    Et encore, on ne tient pas compte des fuites de gaz!
    Le seul gaz vraiment naturel serait celui provenant de la fermentation de déchets organiques.

    • Daniel Bérubé - Abonné 5 septembre 2017 23 h 44

      Projet que l'on retrouve dans le Bas St-Laurent, plus précisément à Rivière du Loup, suite au travail et aux ententes des MRC du Bas St-Laurent, Matapédia, Matane (possiblement Gaspésie, mais je ne suis pas sûr). Le projet s'achève et nous avons tous des back brun pour le biodégradable. Éventuellement, nos camions à déchets, récupération et biodégradable fonctionneront tous avec ce gaz.

      Et encore scandale des conservateurs Libéraux! Ce projet fut mis en place grâce à une entente entre MRC, grâce aux rencontres organisé par le Conseil Régional de Élu (CRÉ) que le gouvernement actuel a aboli et presque interdit aux préfet des rencontres de la sortes !

    • Jean-Yves Arès - Abonné 6 septembre 2017 13 h 48

      Non M. Auclair, quand on dit ''Mais tous les gains sont pour ainsi dire annulés par les émissions de méthane'', c'est qu'on entre en ligne de compte les fuites de méthane.

      Il faut tout de même rappeler que l'utilisation du gaz naturelle vise a le bruler, et non pas a le laisser fuir. Il faut donc voir a réduire de façon sérieuse ces fuites.

      A défaut d'être la panacée l'utilisation du gaz donne des résultats immédiatement. Alors que les autre technologies même si elles évolues bien ne peuvent être mise en place qu'en plusieurs décennies.

      Le méthane produit par procédé de fermentation, ou autre source de biodégradation ont sûrement leur place, mais je crois que les volumes possibles sont limités en regard de notre consommation.

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 septembre 2017 16 h 46

      Ce que vous semblez oublier, monsieur Arès, ce que cette étape n'est censée durer que jusqu'à 2030. L'étape suivante, avec son objectif de réduction, verra la fin de l'usage du gaz. Alors, est-il concevable de construire toute une infrastructure de distribution de gas pour seulement dix ans?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 7 septembre 2017 10 h 42

      Oui mais est-ce sensé de croire qu'en 12 ans on n'utilisera plus d'énergie fossile alors qu'a l'échelle de la planète c'est cette source qui répond a plus de 85% de nos besoins ?

      Les solutions praticables ne sont pas parfaite mais elles donnent mieux que le statuquo.
      Le monsieur qui collabore au GIEC nous dit que le gaz ne donne pas de réduction de GES, mais il ne nous dit pas qu'est-ce qui serait praticable qui pourrait la faire cette réduction.
      Et attention de ne pas se perdre dans des solutions dont la population ne veux rien savoir.

      Là, juste pour passer une nouvelle ligne électrique on agonise au micro comme quoi ce sera la destruction irréversible de SON environnement. Cela donne une idée du niveau de concession que les gens sont prêt a faire.

      Idem au sud de la frontière, il se font offrir l'énergie la plus propre qui existe, mais sont en train de la refusée parce qu'ils ne veulent pas voir une ligne électrique venir abimer l'image romantique qu'ils ont d'une forêt (on ne parle de protection de l'environnement là, mais bien d'image de l'environnement). Et, en même temps ne veulent pas payer un sous de plus pour préserver cette image. La résultat sera que pour le maintient de cette l'image romantique, défendu par des gens qui croient environnementalistes, ils vont choisir de continuer a produire leur électricité principalement par combustion de carburant fossile...

      A cela s'ajoute que la science, qui est souvent présentée et perçue comme parole de messie, a bien de la misère a livrer un savoir fiable pour guidé l'action. Le PRG crédité au méthane en est un bon exemple. Cela fait 4 fois qu'on en change la valeur, alors que ce PRG est supposé être une connaissance aussi solide que la longueur étalon du mètre !

      Avouez que cela n'aide pas beaucoup a assoir la crédibilité de ce GIEC auprès des décideurs.

    • Sylvain Auclair - Abonné 7 septembre 2017 10 h 49

      En fait, vous ne croyez pas le gouvernement du Québec suivra le plan qu'il s'est lui-même donné?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 8 septembre 2017 10 h 16

      Quel plan ? Au mieux le gouvernement s'est donné un objectif, ce qui est bien, mais n'est tout de même qu'un énoncé d'intention. Et a l'annonce de cet objectif peu de monde, dont moi-même, le trouvait réaliste.

      La fabrication d'un plan qui éditerait quoi faire, quand et comment le faire, n'est pas chose mince puisque qu'on a une tradition de lobby de groupes d'intérêts de toutes horizon qui laissent peu de place a la formation d'un objectif partagé qui supplanterait les intérêts propre a chaque groupe.

      En plus le tout se doit d'être doublé d'un objectif d'expansion économique et d'enrichissement...

      http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-s

  • Marc Durand - Abonné 5 septembre 2017 22 h 19

    L'efficacité du brûlage dans la vraie vie

    Dans le brulage du méthane, la réaction CH4 + 2 O2 → CO2 + 2 H2O
    donne du gaz carbonique et de l'eau. En théorie ... et en supposant que dans les bruleurs et les torchères il y ait une efficacité de 100%.

    Or dans tout les procédés et appareils industriels dans la vraie vie, l'efficacité est toujours bien loin du taux de combustion parfaite. Si la comversion n'est effectuée qu'à 90%, ça laisse échapper des cheminées non pas seulement du CO2 et de la valeur d'eau, mais aussi du méthane.

    Le 10% de méthane mal brûlé a un facteur de réchauffement de 86 fois celui du CO2; au final la valeur en gaz à effet de serre CO2 + méthane rejetté est à toutes fins pratiques considérablement plus grande que ce qu'avancent les promoteurs, tant que leurs brûleurs n'auront que des efficacités de 85 ou 90%. Il faudrait 100% et ça n'existe pas ... sauf dans les rêves théoriques, ceux des ministres Arcand et Heurtel notamment qui signent les chèque du fond vert pour Gaz Métro et consors.

    • André Chevalier - Abonné 5 septembre 2017 23 h 57

      Il faut y rajouter tout le méthane dégagé dans l'atmosphère au moment de l'extraction.

    • Pierre Fortin - Abonné 6 septembre 2017 10 h 38

      Ajoutons les fuites de méthane provenant des puits mal scellés et laissés à l'abandon après leur fermeture. On se souvient de la fuite qui s'est produite près de Los Angeles en 2016 qui a libéré plus de 100 000 tonnes de méthane et d'autres gaz toxiques comme le benzène, le toluène et le xylène.

      Comptons aussi le dégazement naturel du méthane d'origine sédimentaire provenant du pergélisol et des fonds marins à mesure de l'accroissement des températures. Cette seule production de méthane atmosphérique, en croissance exponentielle, entraîne une rétroaction positive dans laquelle la production de méthane s'autoalimente : le méthane dégagé dans l'atmosphère contribue à la hausse des températures qui conduira à plus de méthane.

      On n'est pas sorti de l'auberge.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 6 septembre 2017 14 h 19

      La combustion d'un gaz doit avoir un ratio proche de 100% si les conditions sont respectées puisque l'on a pas le problème d'atomisation comme avec les carburants liquides. La conditions ne sont pas respectées, comme un manque d'oxygène, on retrouve avec du carbone et du monoxyde de carbone.

      Il serait surprenant qu'une portion significative de CH4 puisse sortir intact a son passage aux températures atteintes lors de la combustion.

    • Marc Brullemans - Abonné 8 septembre 2017 13 h 36

      La question de la combustion est importante car à 97% de rendement et sur un horizon de 20 ans, on pourrait se retrouver à doubler les émissions de GES en équivalents CO2. Rappelons aussi que la combustion à lan torchère dépend beaucoup de la vittese du vent et à plus de 1 m/s on peut supposer que l'effet du méthane imbrûlé surpasse celui du Co2 issu de la combustion. Des études sur le torchage en Alberta et aux États-Unis ont démontré des rendements bien inférieurs à 97%. M. Arès, révisez vos sources SVP.

  • Bruno Detuncq - Abonné 6 septembre 2017 08 h 23

    Fausse solution et vrai rêve

    Autre problème pour ce type de combustible, le gaz naturel dit conventionnel nécessite peu d’énergie pour l’extraire, mais partout en Amérique du Nord les réserves sont déclinantes et le gaz naturel non conventionnel prend la place. Ce dernier type de gaz nécessite de la fracturation hydraulique pour l’extraire, donc l’utilisation de camions, de pompes puissantes actionnées au diesel, de compresseurs et autres machinerie lourde. Cette approche fait augmenter énormément la quantité d’énergie utilisée et la quantité de CO2 générée. Si on analyse la combustion du méthane au point d’utilisation sans prendre en compte l’ensemble du cycle de production, on fausse volontairement les chiffres, ce que fait le gouvernement du Québec actuellement. Ce déni de la réalité a des raisons politiques qui auront des répercussions écologiques à court et moyen termes.
    Bruno Detuncq, abonné

  • Armand Morissette - Inscrit 6 septembre 2017 09 h 31

    Obscurantisme libéral

    Pour survivre au sien du gouvernement Couillard, un ministre ne doit pas enrichir ses connaissances auprès des communautés scientifiques pour des décisions éclairées.
    Au contraire, l'information (la désinformation) se fera auprès des ex ministres lobbyistes à la solde des pollueurs.Pour Arcand et Hertel, plus ils sont innocents, moins c'est de leur faute !
    La responsabilité ministérielle devenue risée.