Desjardins sous la pression des Premières Nations

Le projet Trans Mountain fait aussi face à une vive opposition en Colombie-Britannique.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Le projet Trans Mountain fait aussi face à une vive opposition en Colombie-Britannique.

Des représentants de plusieurs Premières Nations pressent le Mouvement Desjardins de retirer son soutien financier au projet de pipeline Trans Mountain, de Kinder Morgan, a appris Le Devoir. L’institution québécoise a accordé un prêt de 145 millions de dollars à la pétrolière, en vue de la construction de ce pipeline contesté devant les tribunaux.

Des dizaines de nations autochtones, dont les membres de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), ont fait parvenir une lettre officielle commune au Mouvement Desjardins, tout en réclamant une rencontre avec la direction de l’institution financière.

Selon ce que les signataires font valoir, le projet d’expansion Trans Mountain, qui doit permettre de transporter chaque jour 890 000 barils de pétrole jusqu’à la côte ouest, « viole les droits humains des Premières Nations », qui n’ont pas consenti au passage de ce pipeline sur leurs territoires.

Ils soulignent également que la construction d’une telle infrastructure favorisera la croissance de la production de pétrole des sables bitumineux, ce qui contribuerait à l’aggravation des bouleversements climatiques. Et dans le contexte de la mise en oeuvre de l’Accord de Paris sur le climat, de tels projets représenteraient un investissement « risqué », en raison de la baisse attendue de la consommation de pétrole.

« Ce ne sont pas des projets auxquels une institution financière socialement responsable devrait être associée », écrivent les représentants des Premières Nations, dont certaines de la Colombie-Britannique. Ils préviennent ainsi que la « réputation » de Desjardins risque de souffrir de son engagement en faveur de Kinder Morgan.

Il faut dire que le projet Trans Mountain fait face à une vive opposition en Colombie-Britannique. Pas moins de 19 recours judiciaires ont été entamés contre l’Office national de l’énergie, qui a recommandé l’approbation du projet, mais aussi contre le gouvernement Trudeau, qui a approuvé le projet en novembre 2016.

La Ville de Vancouver s’y oppose, mais aussi celle de Burnaby, où doit aboutir le pétrole albertain. Sans oublier que le gouvernement de la Colombie-Britannique vient de demander le statut d’intervenant dans le cadre des démarches judiciaires entamées.

Moratoire permanent

Par ailleurs, les Premières Nations demandent à Desjardins de rendre permanent le moratoire temporaire sur les investissements dans les projets de pipelines annoncé au début du mois de juillet.

« Nous croyons qu’un moratoire permanent, mais aussi le désinvestissement de Kinder Morgan, est non seulement une décision moralement souhaitable, mais aussi en accord avec les valeurs et les engagements de Desjardins », insistent-ils.

Selon ce qu’a expliqué jeudi le chef de l’APNQL, Ghislain Picard, Desjardins doit respecter ses engagements en matière de « développement durable », mais aussi sa signature d’une déclaration internationale d’institutions financières favorable à l’Accord de Paris.

Contacté par Le Devoir jeudi, le Mouvement Desjardins a dit prendre acte de la lettre reçue. « Nous avons bien reçu la lettre en question et assurerons les suivis auprès des représentants des Premières Nations », a écrit son porte-parole, André Chapleau.

Concernant le moratoire sur les investissements dans les pipelines, « Desjardins établira son positionnement au cours de l’automne, puisqu’il entend, d’une part, écouter les parties prenantes et, d’autre part, faire participer ses instances à la décision. Ce qui requerra du temps. Entre-temps, le moratoire demeure en vigueur ».

5 commentaires
  • Philippe Hébert - Abonné 25 août 2017 06 h 32

    Les premières nations ont entièrement raison.

    Où Desjardins avaient-ils la tête pour accorder ce financement?

    Il y a longtemps que Desjardins se comporte comme une banque, on est loin de l'époque ou Claude Béland était à la tête de la coopérative.

    Coopérative, c'est le mot clef. Si tous les membres de Desjardins s'impliquerait et irait dans les assemblées générales, ils pourraient avoir un impact sur les politiques de financement de Desjardins.

    Si tout ces membres restent muet comme c'est le cas actuellement, et que seul ceux ayants des intérêts dans les sâbles bitumineux, comme c'est le cas actuellement, s'exprime, alors rien ne changera, Desjardins sera tenu de continuer à financer des pipelines et développements de projets de sables bitumineux, puisque ses membres se seront prononcés en faveur en assemblée générale.

    Contrairement à une banque, ou ce sont les actionnaires qui décident, chez Desjardins, chaque membre a le même poid démocratique. Encore faut-il que les membres se prévaut de leur droit et participe à la prise de décision.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 25 août 2017 08 h 25

    Desjardins, un dinosaure mal avisé juridiquement, socialement et financièrement.

    Desjardins doit vitement reprendre ses billes et assumer les pertes inhérentes. À l'instar du gouvernement Marois avec Anticosti, il s'est mis les pieds dans les plats en ignorant le principe d'acceptabilité sociale. Il leur suffisait de trouver leurs projets intéressants pour qu'ils s'y investissent, le premier politiquement et le second financièrement! Il leur aurait plutôt fallu consulter les populations directement concernées et s'assurer du respect de l'obligation juridique de consulter les nations autochtones, mais voilà, elles auraient dit non, le droit aurait été violé et les projets à l'eau! Comble du malheur, tous ces investissements se sont en plus effectués malgré de forts vents financiers contraires...Quelle misère et surtout, comment en est-on arrivé à de telles décisions?

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 25 août 2017 17 h 41

      Erreur.Le gouv.Marois a voulu protéger sa population contre la rapacité de ceux qui avaient déja bénficié d'énormes cadeaux en tant que Zamis du
      généreux PLQ au détriment de l'ensemble des québécois.

  • Danielle Houle - Abonnée 25 août 2017 08 h 58

    J'appuie la demande des autochtones!

  • André Labelle - Abonné 25 août 2017 13 h 07

    ILS ONT RAISON !

    Desjardins devrait s'abstenir d'investir dans tout ce qui concerne l'exploitation du pétrole.
    Le XXI ème siècle verra disparaître le pétrole comme source d'énergie. Les pays et les organisations qui auront investi dans les technologies alternatives auront pris le bon train. Les coûts d'opportunité risquent d'être très importants pour ceux qui résistent. Et il y a le respect des coopérants qui doit être un facteur tout autant décisif. Entre investirai dans le pétrole ou investir dans le développement et l'exploitation des nouvelles énergies propres, où les membres de Desjardins (une coopérative !) porteraient-ils leur choix ?

    «Le critère d’une intelligence de premier plan est la faculté pour l’esprit d’envisager simultanément deux idées opposées tout en continuant d’être capable de fonctionner.
    On devrait … pouvoir reconnaître que les choses sont sans espoir et être néanmoins déterminé à faire en sorte qu’il en aille autrement.»
    [F. Scott Fitzgerald in The Crack-Up]