La sixième extinction de masse s'avère plus grave que prévu

Une aigrette sur la rivière Rapati, dans le parc national népalais de Chitwan, où vivent des espèces menacées comme le tigre du Bengale.
Photo: Prakash Mathema Agence France-Presse Une aigrette sur la rivière Rapati, dans le parc national népalais de Chitwan, où vivent des espèces menacées comme le tigre du Bengale.

La sixième extinction de masse de l’histoire de la planète, provoquée par l’activité humaine, est non seulement en marche, mais elle est « plus sévère » que ce qu’on croyait jusqu’à présent. C’est ce que conclut une nouvelle étude scientifique, qui évoque carrément une « annihilation biologique » qui menace directement la civilisation.

Cette étude, publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), en vient à cette conclusion après une vaste analyse de la disparition des espèces vivantes sur Terre.

Les chercheurs ont ainsi étudié 27 600 espèces de vertébrés (mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens), soit environ la moitié des espèces connues, dont plusieurs ne sont pas considérées à l’heure actuelle comme étant en danger de disparition. Ils ont constaté, après analyse de l’évolution de ces populations animales, que pas moins de 32 % d’entre elles accusent des reculs majeurs quant au nombre d’individus, mais aussi quant à la superficie utilisée comme habitat naturel.

En évaluant un échantillon plus restreint de 177 espèces de mammifères, les chercheurs ont constaté que 40 % de celles-ci accusaient un recul de plus de 80 % de leur population, sans compter les contraintes de plus en plus fortes sur leurs habitats, donc sur les milieux naturels.

Extinction rapide

Selon les scientifiques, qui ont déjà publié une étude sur la sixième extinction en 2015, « l’accent mis sur l’extinction des espèces peut donner l’impression que la biodiversité terrestre n’est pas dramatiquement et immédiatement menacée, mais qu’elle entre juste lentement dans un épisode d’érosion majeur, que l’on pourra combattre plus tard ».

Or, pas moins de 30 % des espèces en déclin à l’heure actuelle sont encore considérées comme étant « communes ». « Qu’autant d’espèces communes voient leurs effectifs diminuer est un signe fort de la gravité de l’épisode d’extinction biologique actuel », préviennent les auteurs de l’étude.

Tous les continents du globe sont frappés par cette érosion biologique, notent les scientifiques. Certaines zones sont toutefois davantage affectées, en raison de la richesse de la biodiversité, dont l’Amazonie, l’Asie du Sud-Est et le bassin du Congo, en Afrique.

Selon les chercheurs, ce phénomène de recul sans précédent dans l’histoire de l’humanité peut même être décrit comme une « annihilation biologique » en raison de la sévérité du recul de la biodiversité sur Terre. Et il devrait provoquer « une cascade de conséquences négatives sur le fonctionnement des écosystèmes et sur les services vitaux qu’ils rendent à l’humanité ».

Surpopulation et surconsommation

Plusieurs phénomènes provoqués par l’activité humaine convergent pour aggraver la situation. Les populations animales disparaissent en effet en raison de la destruction de leur habitat, de la chasse, du braconnage, de la pollution, de la compétition avec des espèces invasives et des impacts des bouleversements climatiques.

Les auteurs pointent en outre un phénomène qui suscite de vifs débats dans la communauté scientifique, soit la « surpopulation » humaine, et la surconsommation de ressources qui en découle.

Il est vrai que la vaste majorité des disparitions de populations animales dûment répertoriées depuis 1500 ont eu lieu depuis 1900. Cette très brève période de l’histoire a été marquée par une croissance sans précédent de la population mondiale, qui va de pair avec une hausse significative de la consommation et de la destruction des milieux naturels.

Chaque année, le monde consomme des ressources qui équivalent à 150 % de ce que la planète est en mesure de produire sur une base annuelle. Si tous les humains consommaient comme les Canadiens, il nous faudrait l’équivalent de trois planètes et demie pour assurer notre subsistance.

Le nouveau signal d’alarme scientifique publié lundi, qui témoigne du « peu de temps » qu’il reste pour agir, s’ajoute à d’autres analyses qui ont fait état de l’accélération de la destruction de la biodiversité sur Terre. Globalement, pas moins de 60 % des populations de vertébrés auraient disparu entre 1970 et 2012, selon des données publiées en octobre 2016 par la Société zoologique de Londres. D’ici 2020, cette perte pourrait atteindre 67 %.

13 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 10 juillet 2017 19 h 45

    Détournement d'attention

    Que des espèces disparaissent et d'autres apparaissent, c'est sans doute dans l'ordre des choses. La vie n'est pas statique, mais en constante évolution. Sauf qu'il semble que la situation résumée dans cet article sonne l'alarme pour une bonne raison : il y a disparition d'espèces qui ne seraient pas remplacées à un rythme suffisant pour maintenir un niveau de biodiversité associé à une bonne santé des écosystèmes. La perte de diversité augmente le niveau de vulnérabilité chez les espèces qui jusque là ont survécu.

    Se pourrait-il que le débat sur les émissions de GES soient la cause d'un malaise dans la communauté scientifique ? On ne va pas nier la légitimité de ce débat. Mais en devenant très politisé et par ricochet très médiatisé, ce débat pourrait repousser en arrière-plan celui sur la biodiversité, qui finit par toucher un sujet délicat, celui de la surpopulation humaine (qui cause une perte de territoire pour les autres espèces). Il y a aussi perte de ressources car la population humaine a un système économique qui est fondé sur la surconsommation. Les politiques ne sont pas prêts à remettre en question les travers de l'économie de l'espèce humaine.

    À l'échelle locale, quand on écoute le discours de nos gouvernants, tant provinciaux que fédéraux, on constate une chose : l'environnement est à toutes fins pratiques inexistant. On est loin des mesures visant à une préservation des ressources : au contraire, les ressources sont des choses qui doivent être exploitées davantage. On est loin de mesures d'aménagement du territoire qui auraient pour but de ne pas empiéter inutilement sur celui des autres espèces. Au contraire, on favorise l'étalement sauvage car c'est un environnement favorable à la surconsommation.


    Bien sûr, on parle des ressources pétrolières, mais on rêve de les remplacer par d'autres toutes aussi destructrices pour l'environnement.

    • Pierre Robineault - Abonné 11 juillet 2017 09 h 09

      J'ai une toute petite question bien simple à vous poser, compte tenu du fait que vous dites : "Que des espèces disparaissent et d'autres apparaissent, c'est sans doute dans l'ordre des choses. La vie n'est pas statique, mais en constante évolution."
      Pouvez-vous me nommer une nouvelle espèce animale, donc tout récemment apparue sur cette terre?
      Quant au reste, je reste d'accord avec vous à chaque fois que vous nous répétez dans vos commentaires que l'on désire éliminer ou réduire l'utilisation des ressources pétrolières "par d'autres toutes aussi destructrices", telles qu'une prolifération prochaine de piles au lithium!

    • Hélène Boily - Abonnée 11 juillet 2017 10 h 34

      La surpopulation sujet délicat dites-vous? Un solide tabou, oui! Bien rares sont ceux qui y touchent. (Merci M. Shield.) On croit que 10 milliards d'humains, c'est possible et qu'on va s'en sortir en ne jurant que par la croissance. Et comment peut-on continuer de faire naître des enfants dans un monde qui touche à sa fin? Vous avez une réponse quelqu'un?

  • Jacques Morissette - Abonné 10 juillet 2017 21 h 08

    Comme c'est triste si peu de sagesse.

    Bien triste de lire ce genre de texte. Encore plus quand j'entends certaines décisions que des poiticiens prennent dans certaines situations délicates. On dirait que la vanité mène le monde, comme si nous les petits humains que nous sommes pouvions avoir le contrôle sur tout ce qui existe ou tout réparer ce que nous détruisons. La nature est bien plus forte que l'humain.

  • Brian Monast - Abonné 10 juillet 2017 22 h 03

    Mettre les choses en perspective, et paniquer.

    Le défi raté du XXe siècle : éviter de sombrer dans des guerres, lesquelles ont fini par coûter, avec le Goulag etc., peut-être 100 millions de vies.

    Le défi du XXIe : siècle sauver des centaines de milliards de vies humaines futures, peut-être en réduisant de quelques milliards la population humaine actuelle. Il s’agirait de préserver ce qui reste de notre paradis pour les milliers de générations à venir, lesquels devront invariablement faire avec ce que nous leur laisserons.

    Ces deux défis sont sans commune mesure. On ne peut pas assez sonner l’alarme. Et on ne peut plus accuser personne, dans ce dossier, d’alarmisme. La moitié du mal est déjà fait. Plus qu’une catastrophe, c’est un cataclysme.

    Pour le dire avec John Saul, la panique *est* parfois la bonne réaction. Il est temps de paniquer.

  • Yves Côté - Abonné 11 juillet 2017 03 h 32

    A chacun-chacune de nous de répondre...

    L'Homme sans la nature ne peut que disparaître.
    La nature sans l'Homme ne peut dorénavant que se porter mieux.
    L'Homme doit avoir la sagesse de choisir l'humilité ou à terme de plus en plus court, il disparaîtra simplement de la surface de la Terre.
    Et l'humanité toute entière ne sera donc même plus en mesure de s'épancher sur le tragique auto-centré de la chose...

    Est-ce le seul avenir que nous avons à donner à nos enfants et petits-enfants ?
    A chacun-chacune de nous d'y répondre individuellement pour réussir à le faire collectivement.
    Sauf que tout montre que le temps pour le faire commence à presser sérieusement.

    Tourlou !

  • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 11 juillet 2017 08 h 02

    Des grues dans le ciel...

    Que l'on cesse de dire: "Il faut faire rouler l'économie". Ou encore, c'était tellement ridicule d'entendre feu Jean Lapierre dire que ce qu'il aimait le plus voir c'était "les grues dans le ciel de Montréal" signifiant qu'il y avait de la construction.