Exploration pétrolière dans le chenal Laurentien: pas une décision définitive, assure Ottawa

Plus d'une vingtaine d'espèces de cétacés fréquentent le territoire ciblé, dont le rorqual bleu.
Photo: GREMM Plus d'une vingtaine d'espèces de cétacés fréquentent le territoire ciblé, dont le rorqual bleu.

Le ministre de Pêches et Océans Canada, Dominic LeBlanc, affirme que le gouvernement s’est basé sur des « avis scientifiques » avant de décider d’ouvrir la porte à l’exploitation pétrolière et gazière dans la zone de protection marine (ZPM) du chenal Laurentien. Mais il précise que la décision définitive du fédéral, elle aussi basée sur la science, pourrait être différente.

La zone de protection marine du chenal Laurentien, située au sud de Terre-Neuve, à l’entrée du golfe du Saint-Laurent, sera la plus importante dans l’est du Canada. Mais selon le projet de règlement publié par Pêches et Océans Canada (MPO), pas moins de 82 % de la superficie de la zone protégée sera ouverte aux projets pétroliers et gaziers.

Cette décision, qui a suscité l’indignation des groupes environnementaux, est « basée sur des avis scientifiques que nous avons reçus, par rapport à ce que nous cherchons à protéger dans le secteur du chenal Laurentien », a fait valoir mercredi le ministre LeBlanc. Il a été interpellé dans le cadre d’un point de presse tenu à la fin de la réunion du Conseil canadien des ministres des Pêches et de l’Aquaculture.

Selon ces avis, a-t-il précisé, l’exploitation d’énergies fossiles pourrait être autorisée, tout en assurant la « protection » de ce territoire choisi pour sa valeur « écologique et biologique ». Cette vallée sous-marine constitue en effet un habitat crucial pour plusieurs espèces de poissons, mais aussi « une voie de migration essentielle » pour les mammifères marins qui entrent et sortent du golfe du Saint-Laurent.

Décision à venir

Malgré les intentions clairement inscrites dans le projet de règlement publié récemment dans la Gazette du Canada, Dominic LeBlanc a toutefois assuré que le gouvernement Trudeau n’a pas encore décidé officiellement d’autoriser l’exploitation de pétrole et de gaz dans la future ZPM.

« C’est une proposition très préliminaire,a-t-il affirmé. Nous allons prendre en considération les commentaires des Canadiens et des gens qui ont une expertise par rapport à ce genre de questions. » Cette période de consultations doit durer un mois, soit jusqu’à la fin du mois de juillet.

« Il y a aura des changements par rapport à ce qui a été proposé, a par ailleurs promis le ministre. Je comprends les avis des gens qui estiment qu’il y a peut-être une contradiction. Je ne suis pas insensible à la réaction normale de certaines personnes. »

M. LeBlanc a également affirmé que le Canada restait engagé à protéger 5 % des milieux marins canadiens d’ici la fin de 2017, contre à peine 1 % à l’heure actuelle. L’engagement pris sur la scène internationale prévoit de protéger 10 % de ces milieux d’ici 2020. Malgré l’ampleur de la tâche à accomplir pour respecter ces objectifs, « nous n’allons pas tourner les coins rond,a insisté le ministre. Nous ne ferons rien qui va à l’encontre des avis scientifiques. »

Test de crédibilité

Pour le biologiste Sylvain Archambault, spécialiste des enjeux de protection des milieux marins, le gouvernement fédéral doit absolument fermer la porte aux activités pétrolières et gazières dans la ZPM du chenal Laurentien.

« Il est ironique de voir le ministre justifier sa décision sur la base “d’avis scientifiques” alors qu’une étude australienne révélait, il y a quelques jours, l’impact majeur des levés sismiques sur le zooplancton, une composante essentielle de la chaîne alimentaire. Le zooplancton voit en effet sa mortalité doubler dans un rayon de 2 kilomètres autour des tirs sismiques », a-t-il expliqué mercredi.

« Cette étude récente montre que l’impact réel des levés sismiques est encore bien mal connu. En vertu de principe de précaution, le ministre devrait refuser toute activité d’exploration pétrolière à l’intérieur des limites de l’aire protégée. » Selon lui, « il en va de la crédibilité même du réseau d’aires marines protégées ».

Pour le moment, toute la future ZPM doit être ouverte aux relevés sismiques, des activités qui pourraient par ailleurs avoir des impacts majeurs sur les cétacés. Une vingtaine d’espèces fréquentent ce secteur à divers moments de l’année, dont celles qui constituent l’épine dorsale de l’industrie de l’observation de baleines au Québec.

8 commentaires
  • Josée Pelletier - Inscrite 28 juin 2017 17 h 08

    Parler des deux côtés de la bouche !

    C'est à se demander, si le fait de faire de la politique oblige la connaissance de la langue de bois ? Pour la politique, en général, je ne suis pas certaine, mais quand ça concerne l'environnement; ça frise le 99.5%.

  • Gilles Théberge - Abonné 28 juin 2017 19 h 30

    Le gouvernement doit fermer ce canal!

    Être en politique n'accorde pas de licence.

    Quand le bien commun est en question, et c'est le cas, on doit agir en conséquence.

    Et c'est valable pour Dominique Leblanc.

  • Jean-Paul Carrier - Abonné 29 juin 2017 02 h 59

    Deux côtés de la médaille.

    Les environnementalistes et le gouvernement interprètent les données scientifiques chacun à sa façon.
    "Cette décision, qui a suscité l’indignation des groupes environnementaux, est « basée sur des avis scientifiques que nous avons reçus, par rapport à ce que nous cherchons à protéger dans le secteur du chenal laurentien », "
    Ce que le gouvernement fait s'appelle une analyse scientifique par dissection sélective.

    • Daniel Bérubé - Abonné 29 juin 2017 23 h 48

      Ou des avancés scientifique donné au gouvernement par les pétrolières elles-même...

  • Claude Bariteau - Inscrit 29 juin 2017 05 h 59

    L'élasticité recherchée est politique. Point à la ligne.

    Le Gouvernement du Canada s'est engagé à protéger 10 % des milieux marins d'ici 2020 et 5 % d'ici 2017.

    Sa proposition vise cet objectif en créant un zone à l'aide de données scientifiques et la perfore en précisant que l'exploitation, selon les règles de la science, pourrait se faire.

    Rien toutefois ne serait final de telle sorte que l'engagement est là, la façon de l'atteindre, élastique. Conséquemment, le gouvernement est engagé sur papier mais, dans la réalité, son engagement demeure élastique.

    La science est alors appelée à la rescousse du politique qui cherche une marge de manoeuvre, l'important étant de laisser entendre qu'il respecte son engagement et en respecte aussi d'autres d'ordre économique.

    Il s'agit d'une position analogue à celle à l'égard du pipeline Énergie-Est. Elle permet de dire oui et non en même temps et de jouer avec le temps qui, en politique, a des contraintes électorales.

    Le report dans le futur devient une stratégie électorale. C'est le cas avec le chenal Laurentien. Aussi avec Énergie-Est. Tout est à préciser au futur, ce qui laisse percevoir que les dates des élections sont déterminantes.

    Le Canada sera en élection en 2019, le Québec en 2018.

    Alors, le PLQ à Québec demande de ne pas relancer maintenant l'évaluation d'Énergie-Est parce qu'il vaudrait mieux qu'il ne soit déposé qu'après les élections.

    Pour le Canada du PLC, c'est le contraire, mieux vaudrait l'avoir pour être en mesure de prendre une décision avant les élections, car la pression est là pour les promoteurs de ce pipeline qui contribue au financement de ce parti comme de celui du PC.

    S'agissant par contre du chenal Laurentien défini en 2010, l'important n'est pas une décision finale, mais de tenir un discours faisant écho à des engagements contradictoires à revisiter, l'impact électoral étant moins grand dans l'immédiat.

    En clair, il s'agit d'enjeux politiques dans les deux cas.

    • Jean-Paul Carrier - Abonné 29 juin 2017 07 h 32

      Bonne analyse!

  • Daniel Grant - Abonné 29 juin 2017 07 h 52

    Chers politiciens, quels scientifiques croyez-vous?

    Ceux qui font consensus sur le changement climatique (99.94%)
    ou
    ceux qui sont payés par les frères Koch pour mentir afin de protéger un statu quo lucratif pour les pétrolières?

    Envoyez votre réponse à Volkswagen Stuttgart Allemagne A/S département de « Diésel Propre »