La production de pétrole du Canada dépassera les cinq millions de barils par jour en 2030

La plus grande part de cette croissance doit provenir des sables bitumineux, dont la production quotidienne devrait passer à 3,7 millions de barils en 2030.
Photo: Larry Macdougal La Presse canadienne La plus grande part de cette croissance doit provenir des sables bitumineux, dont la production quotidienne devrait passer à 3,7 millions de barils en 2030.

L’optimisme est au rendez-vous pour les producteurs pétroliers du Canada, qui prévoient une croissance soutenue de la production d’ici 2030. Celle-ci devrait alors dépasser les cinq millions de barils par jour, dont 3,7 millions de barils provenant des sables bitumineux. De quoi augmenter significativement les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie.

Les données publiées mardi par l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) indiquent que la croissance prévue du secteur pétrolier fera passer la production quotidienne de 3,85 millions de barils, en 2016, à 5,1 millions de barils en 2030. Cela équivaut à plus de 1,8 milliard de barils par année.

La plus grande part de cette croissance doit provenir des sables bitumineux, dont la production quotidienne doit passer, selon l’ACPP, de 2,4 millions de barils par jour, en 2016, à 3,7 millions de barils en 2030. Il s’agit d’une hausse de la production d’un peu plus de 53 %. Pendant ce temps, la production de pétrole conventionnel doit essentiellement demeurer stable, à 885 000 barils par jour, alors que celle provenant des plateformes en mer, sur la côte est, devrait reculer.

Preuve de l’optimisme de l’industrie, ces nouvelles prévisions sont légèrement plus élevées que celles mises de l’avant par l’ACPP l’an dernier. Le lobby pétrolier prévoyait alors une production atteignant 4,9 millions de barils par jour. La différence entre ce chiffre et les 5,1 millions de barils inscrits dans le rapport publié mardi équivaut à 73 millions de barils de plus par année.

Pipelines nécessaires

Selon le président et chef de la direction de l’ACPP, Tim McMillan, ces données démontrent hors de tout doute que le pays a donc « un urgent besoin » de nouveaux pipelines « vers l’ouest, l’est et le sud », afin de transporter au moins 1,3 million de barils supplémentaires chaque jour.

Le rapport publié par le regroupement souligne ainsi la nécessité de construire les pipelines Trans Mountain et Keystone XL, mais aussi de procéder au remplacement de la « Ligne 3 », de l’entreprise Enbridge. Ces trois projets sont soutenus par le gouvernement de Justin Trudeau, qui a déjà approuvé deux projets majeurs depuis son élection.

L’ACPP insiste en outre sur l’importance d’aller de l’avant avec le pipeline Énergie Est, qui offrira la possibilité de connecter le Canada avec l’Europe et d’autres marchés. Selon Tim McMillan, ce pipeline de TransCanada constitue d’ailleurs le chemin naturel pour rejoindre le marché indien.

Gaz à effet de serre

Cette croissance de la production pétrolière risque cependant de compliquer les choses en matière de lutte contre les changements climatiques. Déjà, selon le plus récent bilan des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada, les émissions du secteur pétrolier représentent aujourd’hui pas moins de 25 % du total canadien. Celles-ci dépassent même le secteur des transports, à 23 %.

Or, le gouvernement Trudeau a promis de réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays de 30 % d’ici 2030, par rapport à 2005. Jusqu’à présent, les réductions atteignent seulement 2,2 %.

Dans ce contexte, une croissance de la production pétrolière est « complètement incompatible » avec les cibles canadiennes de réduction des GES, selon le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin. « S’il veut respecter ses engagements dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat, le gouvernement doit absolument s’attaquer aux émissions de gaz à effet de serre des pétrolières. »

Le secteur des sables bitumineux représente déjà 70 millions de tonnes d’émissions par année. Mais l’industrie table sur une croissance de la production de 53 % d’ici 2030, ce qui fera grimper significativement les GES du secteur. Selon M. Bonin, cela risque d’annuler les réductions d’autres secteurs et les efforts de certaines provinces, dont le Québec.

Économie et environnement

Les libéraux de Justin Trudeau se sont toutefois portés à la défense du secteur pétrolier à plusieurs reprises depuis leur élection, en 2015. Encore le mois dernier, le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, affirmait que « les entreprises canadiennes du secteur des sables bitumineux évoluent et innovent constamment », de façon à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Quant à la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, elle ne voit pas d’incohérence entre la croissance de la production pétrolière canadienne et la volonté du gouvernement de lutter contre les changements climatiques.

Le Canada possède les troisièmes plus importantes réserves de pétrole brut au monde, derrière l’Arabie Saoudite et le Venezuela. Celles-ci s’élèvent à 174 milliards de barils.

22 commentaires
  • Pierre Lalongé - Abonné 13 juin 2017 19 h 13

    Qu'est-ce que je ne comprends pas?

    Quand les dirigeants de ce pays vont comprendre qu'il faut que le pétrole des sables bitumineux reste sous terre.
    L'extraction de ce pétrole produit de plus grandes quantités de GES que l'extraction du pétrole conventionnel.
    Et dire que le pm Trudeau se vante que le Canada est un chef de file pour lutter contre les GES et en même temps le Canada subventionne ce type de pétrole.

    • Jean-Marc Tremblay - Abonné 15 juin 2017 13 h 15

      Trudeau.... Harper.... du pareil au même....

  • Geneviève Loslier - Abonnée 13 juin 2017 21 h 45

    une menteuse, la ministre de l'Environnement

    Qu'est-ce qu'elle fait, soutenir les pétrolières et l'exploitation des sables bitumineux. Pourquoi un ministère de l'environnement? A quoi ça sert?

  • Jacques Lapointe - Abonné 14 juin 2017 00 h 53

    Je ne leurs donnerai pas de petites étoiles.

    Lorsqu’ils parlent de production de pétrole et de réchauffement climatique, ces deux-là, devraient laisser la parole a des gens qui ont au minimum, Chimie 101. Quand on lit ce qu’ils disent c’est une vraie risée. Je ne comprends pas qu’à l’international, personne ne les aient ridiculisées. Ce qu’ils disent aie d’une telle absurdité. Augmenter la production, sans augmenter le CO2. Le sauveur de la planète à la COOP21 se couvre de ridicule. Tant qu’a Catherine McKenna , en lisant ce texte, je ne la trouve pas plus brillante.

  • Denis Paquette - Abonné 14 juin 2017 01 h 50

    jusqu'a l'inévitable

    mais sommes nous capables de le produire sans tous détruire ou va-t-il falloir l'exploiter jusqu'a plus soif, sur certains aspects nous manquons tellement de sagesse , peut-etre va-t-il falloir l'exploiter jusqu'a l'inévitable,

  • Sébastien Collard - Abonné 14 juin 2017 06 h 57

    Évitons le Val Jalbert de Fort Mcmurray

    Si l'on s'était fié à l'industrie du charbon pour déterminer la production future de cette ressource, jamais on aurait compris qu'elle a commencé à chuter en 2016 (ils prévoyaient en 2013 une augmentation jusqu'en 2050).

    Pourquoi se fier à la parole de l'industrie pétrolière? La question importante c'est "quand prévoit-on la chute de la consommation de pétrole?", car ce jour là l'industrie des sables bitumineux va en prendre pour son rhume, à moins que Trudeau ait été un vrai leader et qu'il ait axé l'ouest canadien vers le renouvelable. Et ait tempéré les ambitions de cette industrie qui cours après son Val Jalbert.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 14 juin 2017 13 h 56

      Les producteurs de charbon, ou toutes autres types de production (les bananes si vous voulez) ne demandent pas mieux que d'avoir les meilleurs prévisions des marchés futures qui concernent leur secteur. La bonne information donne les bonnes décisions, et évite les mauvais pas.

      Mais ici les projections de l'industrie sont celles de leur portion du marché à venir. Elles sont nécessairement enthousiasmes. Mais au prix que coûtent les installations de production à partir des sables bitumineux, personne ne souhaite avoir des chiffres bidon sur la consommation future.

      Si vous voulez connaître les prévisions de la consommation mondiale il faut se tourner vers des agences indépendantes. Les références sont l'EIA, en français l'AIE, L'Agence internationale de l'énergie, fondé par l'OCDE en 1974 et basée a Paris. On retrouve aussi l'EIA, la U.S. Energy Information Administration.

      Dans tous les cas on est dans le domaine des futurologues... Mais aussi de la sociologie et du comportement humain. Et ce qui est prévisible, c'est que demain, tout comme hier, c'est que tout le monde veut un meilleurs confort, et a pas trop a long terme. Rarement on se contente de juste conserver son niveau vie.

      Cela dit, on a ici une présentation simplifiée de l’Energy outlook 2016 de l'IEA ou l'on retrouve une trentaine de graphiques qui concerne les tendances de la consommation de toutes formes d'énergie, et des productions qui devraient y répondre. On y voie le contexte mondial, et, étonnamment, le charbon ne recule pas en volume, mais qu'en rapport avec l'augmentation globale de toutes les énergies.

      www.goo.gl/2tKwNu

    • Sébastien Collard - Abonné 15 juin 2017 07 h 09

      L'AIE s'est constamment trompée elle aussi dans les prévisions sur le charbon. Si vous vouliez une bonne prédiction de la consommation de charbon, vous deviez comprendre la transition technologique. Ceux qui l'ont fait ont vu venir la baisse de consommation (ex: Tony Seba). Allons-nous faire de même avec le pétrole des sables bitumineux ou allons-nous toujours courir plus vite avec nos œillères vers le précipice?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 15 juin 2017 11 h 48

      L'AIE peut s'être trompé, comme tout le monde vas assurément se tromper a faire des prédictions sur ce qui se passera dans l'avenir... On attend d'eux des recherches honnêtes et des statistiques fiables, dans la mesure du possible.

      Le charbon recul, mais qu'a certain endroit seulement. Dans le portrait mondial son volume est stable. Mais comme la population et l'économie s'accroit sa place diminue un peu en proportion de l'activité humaine globale. Il est encore tout de même incontournable en bien des lieux, les transitions étant nécessairement longues à se faire.

      Là où son recul est important c'est aux États-Unis. Voir ici les sources de la production d'électricité dans ce pays,
      www.goo.gl/ppjCtU

      Et ici une meilleure visibilité du partage de la relève de l'utilisation de ce charbon,
      www.goo.gl/YMnVRx

      La principale raison d'un recul aussi rapide se trouve ici, et bien peu de gens pouvaient prédire une telle rupture technologique, www.goo.gl/j2zMpM

      Et oui, la fracturation hydraulique...

      Ailleurs, comme en Allemagne, ou l'on a fait d'immenses efforts pour développer des productions renouvelables l'utilisation du charbon y est tout de même toujours stable en volume. Et le retrait du nucléaire va maintenir la place qu’occupe ce combustible pour un bon bout de temps encore.

      http://www.iea.org/stats/WebGraphs/GERMANY2.pdf

      Reste les deux grands pays où on n'a pas les moyens humains de jouer aux snobinards avec les énergies fossiles, et leurs situations ne changeront pas de sitôt.

      Quoi que la Chine fait une performance remarquable a ce sujet. Elle est même la responsable de l'accessibilité du solaire par la chute des prix que sa production a induite !

      http://www.iea.org/stats/WebGraphs/CHINAREG2.pdf

      http://www.iea.org/stats/WebGraphs/INDIA2.pdf