Québec renonce au transfert des caribous de Val-d’Or

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette
Photo: Clément Allard La Presse canadienne Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette

Le gouvernement Couillard est forcé de renoncer à son projet de transférer les derniers caribous de la région de Val-d’Or au Zoo de Saint-Félicien en raison du désistement de l’établissement. Québec admet du même coup que cette décision sans précédent ne s’appuyait sur une aucune étude scientifique sur la viabilité des cervidés dans leur habitat naturel.

Le Zoo de Saint-Félicien a annoncé mardi qu’il ne souhaitait plus acquérir la quinzaine de caribous de la région de Val-d’Or, malgré la décision annoncée en avril en partenariat avec le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette.

Selon ce qu’a fait valoir sa directrice générale, Lauraine Gagnon, « l’acceptabilité sociale n’était pas au rendez-vous ». Il faut dire que l’annonce du transfert a soulevé la controverse, non seulement chez les groupes environnementaux, mais aussi de la part de certains spécialistes de l’espèce.

Ils vont vivre jusqu’à ce que la harde s’éteigne. Est-ce que ça va se passer dans 15, 20 ou 25 ans ? On ne le sait pas. Mais nous, on n’interviendra pas.

Mme Gagnon a également souligné que le conseil d’administration du zoo avait pris acte d’un récent rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, qui réclamait la réalisation d’une « étude de viabilité » de cette harde avant l’autorisation de son transfert. Le Devoir avait d’ailleurs demandé au cabinet du ministre Blanchette de lui fournir l’étude scientifique sur laquelle se basait la décision gouvernementale. Le cabinet a refusé de fournir quelque document que ce soit.

Aucune étude

Interpellé mardi à l’Assemblée nationale, le ministre Blanchette a finalement admis que son ministère n’a jamais mené d’étude scientifique avant de prendre sa décision. « Le mot étude est assurément trop fort », a-t-il dit. « J’ai utilisé le terme étude, mais il s’agissait de six scénarios dans un document interne de travail », a précisé le ministre, soulignant que ces scénarios devaient « inspirer » le gouvernement « en vue d’une décision ».

Luc Blanchette n’a pas voulu s’avancer sur une éventuelle publication des scénarios évalués par le ministère. Il a toutefois dit que la décision du transfert au Zoo de Saint-Félicien « était guidée par [son] désir de les protéger et d’assurer leur survie ». « Je suis convaincu qu’il s’agissait du moyen le plus sûr pour favoriser leur viabilité. »

Il a aussi affirmé que le gouvernement voulait du même coup répondre à une demande du zoo, qui souhaitait acquérir une harde de caribous. L’établissement, qui abritait de tels cervidés depuis plusieurs années, a perdu 19 de ses 21 caribous en 2015, tous morts subitement. Le zoo a simplement répondu mardi qu’il était prêt à accueillir les animaux, si une décision de transfert était prise.

Caribous condamnés

Étonnamment, le ministre Blanchette a soutenu mardi qu’aucune décision de déplacement des caribous vers la captivité n’avait jusqu’ici été prise de façon formelle. « C’était une intention de les transférer, et non une décision », a-t-il dit. Le gouvernement a pourtant fait une annonce officielle le 22 avril dernier. Le ministre avait alors évoqué une « décision » prise dans le but « d’assurer la survie » de la harde de caribous forestiers.

Mardi, Luc Blanchette a d’ailleurs soutenu que ces animaux sont désormais condamnés à disparaître. « Ils vont vivre jusqu’à ce que la harde s’éteigne. Est-ce que ça va se passer dans 15, 20 ou 25 ans ? On ne le sait pas. Mais nous, on n’interviendra pas. »

Le gouvernement a autorisé plus tôt cette année l’entreprise EACOM à construire un chemin forestier au coeur du territoire protégé de ces caribous, malgré l’avis défavorable de ses propres experts de la faune.

Un projet de mine d’or à ciel ouvert, la mine Akasaba Ouest, doit aussi voir le jour dans l’habitat des caribous de Val-d’Or. Le BAPE estime que ce projet de mine ne devrait pas être autorisé à l’heure actuelle, en raison de la « pression supplémentaire » qu’il exercera sur l’habitat « déjà fortement perturbé » des caribous. Le rapport critique aussi les « impacts majeurs » du nouveau chemin forestier de l’entreprise EACOM.


7 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 6 juin 2017 14 h 31

    C'est la fin!

    Ça fait un demi-siècle que les industriels forestiers et miniers de l'Abitibi considèrent les caribous de la région comme des empêcheurs de piller en rond.
    Ils ont trouvé une oreille complaisante auprès des libéraux de Couillard qui a nommé le député local comme ministre de la faune, Luc Blanchette, qui considère la faune comme une nuisance pour le développement économique, en fidèle soldat de Couillard.
    Ç'est donc la fin pour le reste de ce troupeau avec un gouvernement qui ne lèvera pas le petit doigt pour le sauver et poursuivra sa politique de destruction de son habitat.
    Couillard pourra dorénavant concentrer son énergie sur la nuisance des caribous de la côte nord et du lac Saint-Jean et en finir avec les bélugas du Saint-Laurent tout en faisant semblant de les protéger.

    • Louise Collette - Abonnée 6 juin 2017 15 h 08

      Le 6 mars 2014, Le PM Couillard aurait dit : <<Je ne sacrifierai pas une seule job dans la forêt pour les caribous>> Une vraie honte.
      La nature, l'environnement, tout ça passe en dernier, pas vraiment important...Heureusement que certains se mobilisent car ce ne serait plus vivable sur cette planète, même si on s'en va vers ça : le plus vivable, lentement mais sûrement.
      C'est d'une tristesse...

    • André Chevalier - Abonné 6 juin 2017 15 h 42

      Couillard à bel et bien dit «Je ne sacrifierai pas une seule job dans la forêt pour les caribous»
      Je l'avais entendu, en direct, aux nouvelles.

      Depuis l'holocène, beaucoup d'humains ont conservé la même mentalité qu'à cette époque...
      «Depuis 13 000 ans, l'extinction de l'Holocène est provoquée par la colonisation de la planète par l'être humain ; elle est parfois surnommée la « sixième extinction » par des scientifiques...»
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Extinction_massive

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 6 juin 2017 20 h 17

      Ils peuvent bien tous critiquer Trump. Il est le seul à être assez honnête pour dire franchement qu'il ne fera rien pour la planète.

      Les Obama, Macron, Trudeau et Couillard: on ne peut pas trouver plus hypocrites. Grands parleurs, petits faiseurs.

  • Pierre Valois - Abonné 6 juin 2017 17 h 41

    Le canari dans la mine

    Il appartient peut-être à différentes espèces animales de jouer, ici et là, le rôle du canari dans la mine. Le Caribou forestier est probablement celui de la forêt de Val d'Or.

    Il criait trop fort! Certains ont voulu lui tordre le cou parce qu'il s'époumonait à annoncer une catastrophe.

    Chez les forestiers, on n'apprecie les canaris qu'en cage et les caribous qu'en zoo.

    Pauvre Val d'Or.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 6 juin 2017 21 h 18

    Mais le déplacement ...le transfert

    c'est-y comme le grand dérangement...on vous envoie mourir ailleurs .

    "Mais ce n'était qu'un scénario"..."on n'avait jamais prévu de faire une étude de viabilité" (sic) dit le très "mi-figue"," mi-raisin"... ministre Blanchette.

    De la bouillie pour les chats...leur seul et unique but est, et demeure, de permettre à une entreprise aurifère (Agnico Eagle ayant son siège social à Toronto) de venir sournoisement, en catimini, polluer comme l'a fait Malartic dans la même région...

    Maintenant que l'on sait...il faut en savoir plus!
    On veut bien un développement de l'économie du Québec mais une économie durable ce qui veut dire: "...une forme de développement économique ayant pour objectif principal de concilier le progrès économique et social avec la préservation de l'environnement et de notre patrimoine minier (ou autres)...Ce patrimoine devant être transmis aux générations futures. C'est ça la durabilité...

    Ministres, sous-ministres, fifres et sous-fifres...allez refaire vos devoirs.

  • Robert Beauchamp - Abonné 7 juin 2017 08 h 58

    Les beaux discours

    Les beaux discours des prédicateurs Barack Obama et de son ombre Justin Trudeau attirent les applaudissements nourris, mais là s'arrête la volonté de protéger l'environnement. Et pour dire comme notre ''vert'' premier ministre, un caribou n'empêchera pas la création d'un emploi. Logique désastreuse.