Les arbres peuvent aussi contribuer à la pollution

Un groupe de chercheurs a observé jusqu’à dix fois plus d’isoprène dans les zones boisées de la ville que dans les espaces autoroutiers.
Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse Un groupe de chercheurs a observé jusqu’à dix fois plus d’isoprène dans les zones boisées de la ville que dans les espaces autoroutiers.

On prête aux arbres de multiples vertus, notamment pour leur contribution à un air respirable dans les villes. Pourtant, en pleine canicule, la végétation contribue aux émissions d’ozone dans l’atmosphère.

Pour le citadin, les arbres sont de vrais refuges. Alignés au bord des rues ou foisonnants dans les parcs, squares et autres jardins, ils adoucissent le paysage urbain et l’égayent de chants d’oiseaux ; ils captent aussi des polluants, notamment des particules fines et les oxydes d’azote du trafic automobile. Et, l’été, ils nous offrent une ombre précieuse, tout en climatisant l’air grâce à l’évapotranspiration qui survient à la surface de leurs feuilles.

Mais il y a un revers à ces paysages parfois bucoliques qui parsèment les vastes étendues artificialisées : les arbres émettent des composés chimiques volatils (COV) qui peuvent contribuer à dégrader la qualité de l’air, vient de confirmer une équipe de l’Université de Berlin dans une étude publiée dans la revue Environmental Science Technology. Elle constate leur rôle amplificateur dans la pollution urbaine à l’ozone pendant les périodes de fortes chaleurs.

En hiver, la contribution de la végétation à cette pollution est négligeable, mais pendant la période de croissance des plantes, elle devient considérable

« Le feuillage est recouvert de pores par lesquels il capte le dioxyde de carbone dans l’air, explique Rob MacKenzie, professeur de sciences atmosphériques à l’Université de Birmingham (Grande-Bretagne). Mais ces pores rejettent aussi toute une panoplie de substances. » Parmi ces composés organiques volatils, le plus représenté est l’isoprène, un hydrocarbure très réactif qui transforme les oxydes d’azote présents dans l’atmosphère en ozone.

Surtout au printemps et au début de l’été

Or l’ozone est un des principaux polluants de l’air : son impact se fait sentir autant sur la santé humaine (notamment sur la fonction respiratoire) que sur les végétaux, dont il altère la croissance. Cet étonnant accroissement de la pollution de l’air par les arbres est particulièrement marqué au printemps et au début de l’été, quand la croissance végétale est à son maximum. Plus le feuillage est dense, plus il rejette de composés volatils.

Un groupe dirigé par Galina Churkina à l’Université Humboldt de Berlin a mesuré la concentration en composés volatils dans l’air de différents quartiers de la capitale allemande en 2014. Ils ont observé jusqu’à dix fois plus d’isoprène dans les zones boisées que dans les espaces autoroutiers, et cinq fois plus que dans des quartiers urbains peu végétalisés. Des données confirmées par un modèle qui tient compte de la physiologie des plantes et des conditions météorologiques pour estimer les émissions de composés volatils.

Ce ne sont pas les arbres qui polluent, c’est le trafic automobile !

Grâce à ce modèle, l’équipe allemande a pu produire des estimations pour l’épisode caniculaire qui a frappé l’Europe en 2006 : à cette époque, lors de pics de chaleur, jusqu’à 60 % de l’ozone relevé à Berlin aurait été produit par l’intermédiaire de l’isoprène végétal ! En moyenne, cette contribution était de 10 % sur le mois de juin, de 18,5 % en juillet — le mois le plus chaud dans la région — et de 7,5 % en août. « En hiver, la contribution de la végétation à cette pollution est négligeable, mais pendant la période de croissance des plantes, elle devient considérable, indique Galina Churkina. Mais il ne faut pas en conclure pour autant qu’il faudrait réduire la végétation en ville ! Elle rend de nombreux services, en particulier dans les pays du Sud, où elle permet aux populations urbaines pauvres de se nourrir. »

Arbres plus ou moins émetteurs

« Ce ne sont pas les arbres qui polluent, c’est le trafic automobile ! », renchérit Rob MacKenzie. Car sans les oxydes d’azote, émis notamment par les moteurs diesel, il n’y aurait pas ou peu d’ozone. « Par contre, la connaissance de ce mécanisme d’amplification de pollution peut guider, dans une certaine mesure, la planification urbaine », souligne le Britannique, qui a participé à l’élaboration d’un guide sur la gestion des arbres en ville, dont une édition francophone a été publiée l’an dernier à l’occasion du congrès de l’Association des maires de France. « Il faut considérer ce qu’on appelle la canopée urbaine, l’ensemble des constructions et des arbres. » Par exemple, pour éviter que cette canopée — naturelle et artificielle — bloque la pollution au sol, mais en faisant plutôt en sorte qu’elle participe à sa dilution.

« Il faut aussi choisir ses arbres, rappelle Galina Churkina. Car toutes les espèces n’émettent pas la même quantité d’isoprène. » Son groupe avait publié, en 2014, une évaluation portant sur 24 essences d’arbres. Parmi les plus émissives, on trouve le peuplier, le chêne pédonculé, le robinier faux acacia et le platane, des espèces très prisées dans les cités européennes, notamment à Berlin et à Paris, mais aussi dans les villes suisses.

En revanche, l’if commun, le tamaris à petites fleurs ou le pin sylvestre ne rejettent pratiquement pas d’isoprène. Pour Rob MacKenzie, « il ne faut pas pour autant abattre les grands arbres sains pour les remplacer par d’autres espèces. Cette végétation mature modèle le paysage urbain et aide à rendre la ville plus vivable ! »

6 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 5 juin 2017 05 h 32

    Libres et...

    Oui, et plusieurs oiseaux ont le propre de nous faire sur la tête ! Fiente qui n'est tout de même pas très bonne pour personne, vu la charge d'amoniaque qu'elle présente...
    Alors : Aux armes vaillants bûcherons et chasseurs, formez vos bataillons.
    Prenez toutes choses en main pour assainir enfin le monde. Coupez et tirez à vue sur tout ce qui est apparu comme dépasser notre capacité humaine de contrôle sur l'environnement.
    Et enfin, nous serons libres.
    Libres et éliminés du décors.

    Ce qui reste des espèces vivantes nous en tiendra gré longtemps...

    Tourlou !

    • Brigitte Garneau - Abonnée 5 juin 2017 20 h 01

      Voilà, c'est tout dit!

  • Jacques Morissette - Inscrit 5 juin 2017 20 h 00

    Les humains vont bien au toilette, on fait quoi avec eux???

    «L’isoprène est produit et émis dans l’atmosphère par beaucoup d’espèces d’arbres (par exemple chênes, peupliers, eucalyptus et quelques légumineuses). Le tonnage annuel des émissions d’isoprène par la végétation est d’environ 600 Mt, équivalente à l’émission de méthane. Cette production d’isoprène semblerait être un des mécanismes développés par les forêts pour surmonter la surchauffe des feuilles ou une irradiation excessive par le rayonnement ultra-violet. Une fois dans l’air, l’isoprène est converti en époxydes par des radicaux libres tels que le radical hydroxyle (HO•). Ces époxydes contribueraient ainsi à la production des aérosols impliqués dans la constitution de microclimats en facilitant la nucléation des gouttelettes d’eau qui forment des brumes ou des nuages, puis les gouttes de pluie.» (Source, Société chimique de France) [http://www.societechimiquedefrance.fr/isoprene.htm

    «Tous ces composés, renfermant le motif méthyl-2-buta-1,3-diène, constituent le plus vaste groupe de produits naturels. D’où la

    Pensée du jour :
    « Un méthyle de plus et la Nature fourmille de molécules »»

    Extrait de ce texte: «« Le feuillage est recouvert de pores par lesquels il capte le dioxyde de carbone dans l’air, explique Rob MacKenzie, professeur de sciences atmosphériques à l’Université de Birmingham (Grande-Bretagne). Mais ces pores rejettent aussi toute une panoplie de substances. » Parmi ces composés organiques volatils, le plus représenté est l’isoprène, un hydrocarbure très réactif qui transforme les oxydes d’azote présents dans l’atmosphère en ozone.»

    Ces pores ne sont-ils pas ce qui permet la photosynthèse qui transforme le Co2 en O2?

    Cet article, c'est vraiment n'importe quoi. Ce n'est pas un argument, c'est plutôt du galvaudage d'un groupe (???) qui cherche l'attention. Ce qui ne veut pas dire que c'est faux, probablement quelque chose de vrai mais tirer par es cheveux.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 5 juin 2017 21 h 40

    À la fin

    À la fin des fins, il ne restera dans l'univers qu'une masse diffuse d'atomes. C'est la nature qui est ainsi faite.

  • André Bourbonnais - Abonné 6 juin 2017 00 h 13

    Les arbres...

    Quand on dit que l'homme est en train d'abattre la forêt amasonienne, les poumons de la terre, comme on disait il y a quelques décennies. Les arbres absorbent le CO2, ils sont beaux, les oiseaux y chantent,dans les villes ils sont à coté des "îlots de chaleur", l'asphalte(du pétrole)
    sur laquelle circulent des voitures qui fonctionnent au"pétrole"etc. Laissez les arbres tranquilles SVP.
    André Bourbonnais.

  • Jacques Morissette - Inscrit 6 juin 2017 05 h 22

    Vous en voulez des questions?

    «Mais la science n’est plus la partie importante de l’équation. Aujourd’hui, le rationnel scientifique et l’argumentation solide, basés sur des faits établis et non des calculs théoriques simplistes et des prédictions plus erronées les unes que les autres, ont laissé la place à l’idéologie, à l’émotionnel, au quasi-religieux. Difficile de dialoguer dans de telles circonstances.»

    https://www.contrepoints.org/2017/06/05/291288-istvan-marko-directeur-scientifique-de-climat-15-verites-derangent

    Lecture suggérée donc: Climat : 15 vérités qui dérangent, de István E. Markó

    «Le débat sur l'origine des changements climatiques est loin d'être clos. Ces dernières années, les faits sont venus contredire les théories du groupe international d'experts sur le climat (le GIEC). Pourquoi les températures n'ont-elles plus augmenté à la surface du globe depuis 1998, tandis que les émissions de CO2 ne cessaient de croître ? Pourquoi le volume de glace en Antarctique ne diminue-t-il pas ? Pourquoi les scientifiques impliqués dans le « Climategate » refusent-ils de fournir les données sur lesquelles se basent leurs prévisions ? Et surtout, pourquoi les prédictions alarmistes proférées par ces scientifiques ne se sont-elles pas réalisées ? Pour la première fois, des professionnels issus de différentes disciplines unissent leurs forces pour montrer que le débat sur le climat n'est pas clos. En dépit des pressions professionnelles qu'ils subissent, et du tsunami médiatique d'hostilité qu'ils rencontrent à chacune de leurs initiatives, les auteurs du présent ouvrage, chimistes, géologue, ingénieurs, journaliste, épistémologue, dont plusieurs scientifiques reconnus dans leurs disciplines respectives, estiment qu'il n'est plus possible de se taire. Cet ouvrage, véritable bible du « climato-scepticisme », fait la synthèse des arguments qui réfutent les thèses dominantes dans le domaine climatique. Il est montré comment, depuis quinze ans, la réalité dément systématiquement les project