Les ratés de Paris, 25 ans après Rio

Jean Charest représentait le Canada au Sommet de la Terre, à Rio, en 1992.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jean Charest représentait le Canada au Sommet de la Terre, à Rio, en 1992.

Alors que Donald Trump a choisi de renier l’Accord de Paris, Le Devoir revient sur le chemin parcouru depuis le Sommet de la Terre de Rio de 1992, qui a donné le coup d’envoi au plan climatique mondial. Entrevue avec Jean Charest.

Même si des progrès majeurs ont été réalisés en matière de lutte contre les changements climatiques depuis le Sommet de Rio, la communauté internationale n’est toujours pas parvenue à négocier pleinement son virage vers une économie durable, constate Jean Charest. Il estime donc qu’il faudra poursuivre les efforts pour plusieurs années, malgré les reculs du nouveau gouvernement américain.

L’ex-premier ministre du Québec était ministre de l’Environnement du Canada au moment de la rencontre qui a conduit à la création de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. C’est d’ailleurs précisément à ce titre qu’il a accepté il y a quelques jours d’accorder une entrevue au Devoir, en prévision du 25e anniversaire du Sommet de Rio.

M. Charest se souvient de « l’idéalisme » qui animait ce Sommet de la Terre, qui a donné le coup d’envoi au plan de lutte contre les changements climatiques en plus de poser les premiers jalons de stratégies de protection de la diversité biologique, de lutte contre la désertification et d’objectifs liés au « développement durable ».

« Cet idéalisme était quelque chose qui nous inspirait et qui nous amenait à vouloir bouger, à poser des gestes », souligne celui qui dirigeait la délégation canadienne, au nom du premier ministre de l’époque, Brian Mulroney. « C’était très intense. Ce sont deux semaines extrêmement intenses dont le Canada est sorti grandi, parce qu’on a pu peser de tout notre poids dans le cadre du Sommet. »

Jean Charest dit aussi avoir été profondément marqué par le Sommet de Rio, au point d’en retenir des leçons lorsqu’il a pris la tête du gouvernement du Québec, en 2003. « Je suis arrivé avec une idée très claire de ce que je voulais faire. Je voulais une loi de développement durable qui allait engager tous les ministères. On l’a fait. Et nous sommes encore un des rares gouvernements à avoir fait une loi aussi rigoureuse et aussi contraignante pour tous les ministères, avec des obligations. »

Reculs politiques

Globalement, celui qui travaille aujourd’hui pour le cabinet McCarthy Tétrault estime que l’enjeu climatique, au coeur du sommet de 1992, a fait beaucoup de chemin. « Sur la question climatique, ça n’a pas été facile, mais nous sommes arrivés à la conférence de Paris [de 2015] avec des objectifs clairement énoncés et qui font l’objet du plus large consensus qu’on ait jamais eu. »

Le problème, c’est que les changements de gouvernement peuvent entraîner des reculs sur la question climatique, à l’instar de celui que tente d’imposer le président Donald Trump en remettant en question la nécessité d’agir. Pourtant, ajoute l’ex-chef du Parti libéral du Québec, le mouvement déjà engagé est « inévitable ». « Peut-être que le gouvernement Trump peut faire l’autruche pendant quatre ans, mais on va y arriver. Et le secteur privé le sait, parce que logiquement, c’est la voie à suivre. »

M. Charest n’en juge pas moins que les États-Unis ont un rôle majeur à jouer dans tout plan de lutte international contre les changements climatiques. « Le leadership américain est extrêmement important, parce que ce sont eux qui ont des moyens financiers : des moyens pour la recherche et des moyens pour l’aide au développement, mais aussi un leadership mondial. Et quand le leadership américain fait défaut, tout le monde en paie le prix. »

Outre la volonté politique d’agir, il dit croire en la mise en place d’« instruments économiques » qui vont dans le sens de « meilleurs choix sur le plan énergétique ». Il cite la tarification des émissions de gaz à effet de serre, que ce soit sous la forme d’une taxe ou d’un système de plafonnement et d’échanges de droits d’émissions, comme celui en place au Québec.

Avec le recul, Jean Charest constate enfin que le concept de développement durable a par ailleurs progressé de façon importante, même si la communauté internationale n’a pas encore atteint « l’idéal » fixé il y a 25 ans à Rio de Janeiro.

« Je pense que nous avons fait des progrès importants, mais nous ne sommes pas rendus à l’idéal que nous nous étions fixé en 1992, soit d’aider l’économie à migrer vers le vrai développement durable, souligne-t-il. C’est le type de développement que nous souhaitons, et c’est celui qui va nous permettre de parvenir à des politiques qui nous poussent véritablement vers les meilleurs choix. Et cet effort-là doit continuer pour encore plusieurs années. »


 
9 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 3 juin 2017 04 h 21

    Déception...

    De l'espace d'information perdu par mon journal, voilà tout ce que je pense de cet article.
    Donner la parole à quelqu'un qui non seulement n'a aucune crédibilité politique dans le domaine de l'environnement (et bien ailleurs aussi...) et qui plus est, ne sert plus que de caution "morale" au clan Couillard, ne peut personnellement que me décevoir.
    C'est dit.

    • Antoine Caron - Abonné 3 juin 2017 09 h 28

      M Côté,

      je partage votre irritation de voir Jean Charest interviewé dans le Devoir au vu de l'enquête de l'UPAC sur ce dernier, mais tant et aussi longtemps que - malheureusement - les allégations ne deviendront pas des accusations formelles, voire une reconnaissance formelle de culpabilité, le Devoir fait ce qu'il doit faire : donner la parole à un acteur clé de l'Accord de Rio, et, plus encore, et quoi qu'on en pense, à un analyste crédible pour ce qui est de la mécanique ayant amené l'Accord de Paris sur le climat. Ainsi, difficile de trouver meilleur interlocuteur, à moins d'avoir un biais idéologique...

      Antoine Caron

  • Gilles Théberge - Abonné 3 juin 2017 07 h 56

    Tiens... Il n'est pas encore en prison lui ?

    Que fait donc l'UPAC qui ne sait plus quoi faire pour ne rien faire...

  • Jacques Lapointe - Abonné 3 juin 2017 14 h 07

    Quelle hypocrisie !

    Charest qui copine avec Trans Canada pour la construction d’un pipeline d’une durée de vie de 60 ans et peut être plus, viens nous dire que des progrès ont été fait . En parole, oui mais en action, je ne vois pas. Les autobus et camions fonctionnent toujours au Diésel. Pendant que les grandes pétrolières se retirent des sables bitumineux, La Caisse de dépôt et placement du Québec investi plus de $ 13 milliards de non fonds de pension dans Trans Canada, Enbridge , et autre pétrolières canadiennes. Et en surplus elle a le front d’investir dans les Paradis fiscaux. C’est le monde a l’envers. Pour moi c’est tout simplement dégelasse.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 3 juin 2017 19 h 45

      Dégueulasse! Comme vous, Monsieur Lapointe, je pense que ce qualificatif décrit très bien la situation. Que voulez-vous, les Québécois sont dans un profond coma. L'ignorance et l'indifférence mènent le bal.

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 4 juin 2017 08 h 30

      Vous ne pouvez dire plus juste M. Lapointe.

  • Gilles St-Pierre - Abonné 4 juin 2017 02 h 12

    C'est pour quand son procès?

    Décévant de le revoir encore celui-là, il me semble que Le Devoir pourrait se forcer un peu et produire des articles basées sur d'autres personnages disons "plus intéressants" pour ne pas dire plus crédibles que Charest.

    Espérons que le prochain article sur ce dernier sera plutôt pour nous annoncer enfin des résultats d'enquêtes de l'UPAC et en attendant s.v.p. cessez de nous en parler, nous en faisons une indigestion.

  • Yvon Beaudoin - Abonné 4 juin 2017 08 h 53

    Quel hypocrite

    Le Quebec a dépensé 4 fois plus en construction d'autoroutes qu'en transport en commun en 2016. Trudeau continue à subventionner l'industrie pétrolière à coup de milliards, à financer et forcer la construction d'oléoduc. Et on ne parle pas de notre bilan de consommation énergétique ou de ressources. Vous avez juste à regarder Les chiffres de ventes des pick-up ou VUS eco-energetiques(sic) pour voir l'engagement profond de la population dans les changements climatiques. Le Canada et le Quebec devrait se regarder avant de commenter. C'est pas les photos de là ministre McKenna en kayak, les selfies de Trudeau ou les plantureux honoraires de Charest et des professionnels de l'industrie des accords et conférences climatiques qui feront du Canada un réel acteur sérieux de la lutte pour l'environnement