La chaleur en ville pourrait grimper de huit degrés d’ici 2100

Les villes représentent 1 % de la surface de la planète, mais consomment environ 78 % de l’énergie mondiale et produisent plus de 60 % des émissions de gaz à effet de serre.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse Les villes représentent 1 % de la surface de la planète, mais consomment environ 78 % de l’énergie mondiale et produisent plus de 60 % des émissions de gaz à effet de serre.

Paris — Sous l’effet du réchauffement mondial et du phénomène des « îlots de chaleur urbains », les grandes villes pourraient gagner 7 °C supplémentaires, voire 8 °C, d’ici 2100, selon une étude parue lundi.

Ces projections se basent sur le scénario d’une croissance continue des émissions de gaz à effet de serre tout au long du siècle.

Quelque 5 °C seraient à attribuer au réchauffement mondial, le reste venant des « îlots de chaleur urbains » générés par la disparition de la verdure au profit du béton et de l’asphalte, souligne l’étude parue dans Nature Climate Change.

Ce sont ces « îlots » qui rendent les villes plus chaudes que leurs abords et y accentuent encore canicules et vagues de chaleur, avec à la clé plus d’énergie dépensée pour refroidir les bâtiments, plus de risques sanitaires, d’inconfort, un air plus pollué, une moindre qualité de l’eau et moins de productivité au travail.

Les 5 % de villes les plus peuplées « pourraient voir des hausses de températures de 8 °C et plus, » a indiqué à l’AFP Francisco Estrada, de l’Institut d’études environnementales (Pays-Bas), coauteur de ces recherches.

Coûts pour l’économie

Les chercheurs ont aussi estimé le coût de ces évolutions pour les métropoles.

La ville médiane, au milieu de cet échantillon de 1692 cités étudié, perdrait l’équivalent de 1,4 à 1,7 % de PIB par an d’ici 2050, et entre 2,3 et 5,6 % d’ici 2100, selon eux. « Pour la ville la plus affectée, les pertes pourraient atteindre 10,9 % du PIB d’ici 2100, » estime l’équipe.

Dès lors, toutes les mesures permettant d’agir contre ces îlots de chaleur comptent, qu’il s’agisse de planter des arbres ou de végétaliser toits et trottoirs, ajoute-t-elle.

Les villes représentent 1 % de la surface de la planète, mais consomment environ 78 % de l’énergie mondiale et produisent plus de 60 % des émissions de gaz à effet de serre issues des énergies fossiles (gaz, charbon, pétrole), notent les chercheurs.

Les pays du monde se sont fixé comme objectif fin 2015 à Paris de limiter à 2 °C le réchauffement mondial par rapport au niveau de la Révolution industrielle, en réduisant les concentrations de GES dans l’atmosphère.

Les villes pourraient gagner 8 °C d’ici 2100 (étude)

5 commentaires
  • Louise Morand - Abonnée 30 mai 2017 08 h 40

    Hausse de température

    Il s'agit d'une moyenne de 8 degrés. Au Pakistan et en Australie, des canicules dépassent déjà 50 degrés C.

  • Guy Lafond - Abonné 30 mai 2017 09 h 07

    Mon voisin de droite à Montréal

    Mon voisin de droite et son épouse sont des gens très éduqués avec de très belles carrières, qui en font les élites économiques de notre société.

    Pourtant, ils ont remplacé du gazon et des arbrisseaux par une grande terrasse en pierres dans leur cour arrière.

    Pourtant, ils utilisent allègrement leur climatiseur central pour mieux dormir la nuit quand la température nocturne n'est que de 18 C à l'extérieur.

    À tous les Montréalais, mon message est le suivant:

    Nous vivons dans une ville qui prend de l'expansion rapidement. Et si nous ne voulons pas que Montréal devienne aussi une fournaise comme bien d'autres villes à travers le monde, il nous faudra revisiter rapidement cette notion de confort en Amérique du Nord.

    Ne l'oublons pas, le reste du monde observe nos manières de faire.

    Dans le reste du monde, beaucoup d'entre nous ont déjà mis l'épaule à la roue pour réduire nos empreintes carbones.

    Ne l'oublions pas: chacun doit faire sa part!

    Il en va de l'avenir de nos enfants,

    (Un Québécois à vélo et à pied d'oeuvre près de chez vous)

    • Jean Richard - Abonné 30 mai 2017 14 h 05

      Empreintes carbones ?

      Ne faites pas l'erreur de confondre les changements climatiques et les îlots de chaleur urbains. Le premier phénomène est global et s'étale sur une échelle temporelle assez longue. Le second est très local et immédiat. Bref, ce sont deux phénomènes aux antipodes des échelles temporelle et spatiale.

      Il faut aussi comprendre le pourquoi et le comment de ces îlots de chaleur. Votre voisin qui remplace son gazon par des pierres ne va pas nécessairement contribuer à réchauffer l'atmosphère locale. Il pourrait même faire le contraire, selon le type de pierre utilisé. Par contre, s'il y met de l'asphalte bien noire qu'il regoudronne périodiquement pour lui conserver son éclat bien noir, c'est autre chose. Il ne faut pas confondre pierre et asphalte. Bien des pierres ont un albédo plus élevé qu'un surface gazonnée et par conséquent, absorbent moins de chaleur du rayonnement solaire. De même si on s'arrête strictement à la température ambiante, un toit blanc fera mieux qu'un toit végétalisé pour repousser le rayonnement solaire. Un toit noir, c'est autre chose.
      Nos édifices et bâtiments absorbent beaucoup de rayonnement solaire contributif au réchauffement local. Ils le font pour au moins deux raisons : l'usage de matériaux trop foncés et pire, les immenses surfaces vitrées (qu'il faudrait protéger par des persiennes, qui ne sont pas que décoratives contrairement à la croyance contemporaine).
      Bref, dans un premier temps, il faut réduire l'absorption de rayonnement solaire le jour pendant la saison chaude. Pour y arriver, il faut agir sur le sol et le territoire (en commençant par un désasphaltage en règle, l'asphalte ayant un albédo très faible). Ensuite, il faut agir au niveau des structures bâties. Une architecture adaptée au climat et à l'environnement s'impose : or elle est actuellement très très marginale, le monumentalisme déraciné étant plutôt la norme.

    • Jean Richard - Abonné 30 mai 2017 14 h 27

      Et le climatiseur du voisin ?

      Là, vous avez raison et ça nous amène au deuxième aspect du problème : la transformation locale de l'énergie. Une partie du réchauffement local est due à la transformation en chaleur sur place à partir d'énergie transportée d'ailleurs. Un climatiseur transporte de la chaleur d'un point à un autre (de l'intérieur vers l'extérieur dans le cas de votre voisin). Le processus nécessite beaucoup d'énergie (électrique dans ce cas-ci), qui finit à son tour en chaleur. On capte de l'énergie à la baie James pour la transporter à Montréal où elle sera convertie en très grande partie en chaleur. Ajoutons aux climatiseurs les transports. Avec une voiture à essence, nous utilisons du pétrole, de l'énergie solaire emmagasinée de longue date et la transformons en énergie mécanique, mais au bout du processus, ce sera surtout de la chaleur qui en restera. Et n'allez pas croire que les voitures électriques sont la solutions : elles utilisent de l'énergie électrique captée à l'extérieur, stockées dans des batteries et convertie essentiellement en chaleur. Le choix du rechargeable dans le cas des autobus par exemple est un mauvais choix. Outre la friction qui se termine en chaleur, il y a les batteries qui chauffent et qu'il faut climatiser. C'est la même chose avec les voitures individuelles : il faut climatiser les batteries, ce qui libère beaucoup de chaleur dans l'air ambiant.
      Et à la rigueur, même les humains et les animaux y vont d'une contribution. Le corps humain dégage de la chaleur. D'où vient cette chaleur ? De l'énergie emmagasinée dans ce que nous mangeons. Une pomme qui pousse à Saint-Hilaire est transportée à Montréal où celui qui la mange réchauffe l'air environnant. Il ne faudrait toutefois pas se sentir coupable : ce ne sont que quelques calories, un ver d'eau dans la mer.

  • Guy Lafond - Abonné 30 mai 2017 19 h 03

    L'effet albedo des matériaux

    Merci Monsieur Richard pour vos commentaires.

    Je continue malgré tout de croire que les grandes villes à travers le monde contribuent pour une très bonne part au réchauffement climatique à cause de la très grande concentration de véhicules et d'usines qui brûlent en grande quantité des énergies fossiles et qui envoient des quantités énormes de gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

    Je cherche à observer les phénomène à grande échelle. Je semble comprendre que vous tentez de trouver des explications à un niveau très locale et très ciblé.

    Laissez-moi vous donner un exemple à un niveau local cette fois-ci. Saviez vous que des scientifiques ont observé des concentrations de plus en plus grandes de particules de pollution au niveau du sol dans les régions des pôles. Ces particules ont un albédo proche de zéro et contribuent à absorber davantage la chaleur des rayons solaires et à faire fondre la neige et la glace plus rapidement?

    Je crois les scientifiques quand ils déclarent que nous sommes entrés dans une nouvelle période géologique: l'anthropocène. C'est-à-dire une période où notre activité industrielle omniprésente a un effet accéléré sur l'érosion des sols, et sur d'autres types de transformation sur notre magnifique planète, la Terre.