Émissions de méthane: Ottawa fixe une cible ambitieuse

La ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne La ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna

Le gouvernement Trudeau a annoncé jeudi les détails de son plan de réduction des émissions de méthane de l’industrie pétrolière et gazière. Ottawa, qui accumule les retards en matière de lutte contre les changements climatiques, confirme ainsi que le fédéral reporte à 2023 la mise en oeuvre de certaines mesures majeures pour réduire ce puissant gaz à effet de serre.

Selon ce qu’a fait valoir la ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, le gouvernement fédéral a bon espoir de parvenir à réduire les émissions de méthane de 40 % à 45 % d’ici 2025. Une telle mesure doit permettre de diminuer les émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES) du Canada de 20 millions de tonnes, soit l’équivalent d’environ quatre millions de véhicules.

Pour atteindre cet objectif, Ottawa a prévu d’imposer différentes mesures à l’industrie pétrolière et gazière, qui compte pour 44 % des émissions canadiennes de méthane, soit 48 millions de tonnes par année. Au total, le méthane compte pour 15 % des émissions de GES au pays.

Restrictions en 2023

Dans le but de répondre à des demandes de l’industrie, les libéraux ont toutefois choisi de reporter à 2023 la mise en place de certaines mesures majeures. C’est le cas pour les dispositions qui prévoient d’imposer une limite sur l’« évacuation » du méthane. Le document technique présenté jeudi précise aussi que les entreprises pourront alors continuer d’évacuer du méthane, en fixant une limite annuelle. Ce méthane pourra aussi être brûlé, une technique qui émet des GES.

Une autre mesure de réduction comptant pour 20 % des émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier est remise à plus tard. Cela signifie que 43 % des émissions du secteur seront réglementées seulement à partir de 2023, soit possiblement dans deux élections fédérales.

D’autres mesures, qui visent 44 % des émissions du secteur, seront toutefois en vigueur dès 2020. C’est le cas de la première cause d’émissions de méthane (34 % du total), soit les émissions dites fugitives. Ottawa veut mieux « détecter et réparer » ces fuites. Des inspections annuelles seront prévues, mais aussi des délais pour effectuer les réparations nécessaires. Deux autres mesures sont prévues pour 2020, dont une qui vise l’évacuation de méthane lors des opérations de fracturation de puits de pétrole ou de gaz de schiste. L’Alberta et la Colombie-Britannique sont exemptées de ces nouvelles mesures fédérales.

15%
Le pourcentage que représente le méthane dans l'ensemble des émissions de GES au pays

Bons emplois

« En repérant mieux les fuites et en les colmatant, les entreprises seront en mesure de récupérer ce gaz naturel et de le vendre. Elles participeront ainsi à la lutte contre les changements climatiques, a fait valoir, par voie de communiqué, la ministre McKenna. Ces mesures aideront au développement d’une technologie encore plus moderne et à la création de bons emplois dans le secteur pétrolier et gazier. »

S’ils ont salué l’intention du fédéral de réduire les émissions de méthane, les groupes environnementaux ont néanmoins critiqué le report à 2023 de certaines mesures importantes du plan. Selon Environmental Defence, ces délais supplémentaires vont provoquer l’émission de 55 millions de tonnes de GES.

L’organisme estime aussi que le gouvernement devrait mener davantage d’inspections pour détecter les fuites. Selon ce qui a été annoncé jeudi, trois inspections seront menées annuellement.

Réductions essentielles

Le plan de réduction des émissions de méthane avait d’abord fait l’objet d’une annonce conjointe avec l’ancien président américain Barack Obama, en mars 2016. Il était alors prévu que l’ensemble des mesures de réduction serait en place dès 2020. Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, le gouvernement américain tente d’annuler le plan de réduction des émissions. Il a toutefois fait face à un blocage du Sénat récemment.

Chose certaine, la réduction des émissions de méthane est essentielle pour le Canada s’il souhaite atteindre ses objectifs de réduction des émissions de GES. Les données démontrent en effet l’ampleur du fossé qui sépare le Canada de ses objectifs. Entre 2005 et 2015, les émissions du pays ont été réduites d’à peine 2,2 %, alors qu’elles devraient être en baisse de 17 % d’ici 2020 pour espérer atteindre la cible du 30 % en 2030.

Les émissions de GES du secteur pétrolier représentent aujourd’hui pas moins de 25 % du total canadien. Celles-ci dépassent même légèrement le secteur des transports, à 23 %. Dans les deux cas, les GES sont toujours en hausse constante. Et la situation ne risque pas de s’améliorer puisque le gouvernement fédéral prévoit une croissance continue de l’exploitation des sables bitumineux d’ici 2030.

3 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 25 mai 2017 14 h 50

    Le bon vieux truc des calendes grecques.

    Reportez un objectif à un moment si lointain que vous ne serez plus là pour en rendre compte.

    Et hop! Le tour est joué.

    2023 arrivera et on dira: ah mon dieu, on n'a pas atteint notre objectif - fixons-en un nouveu pour 2050!

    On nous prend pour des valises.

  • Denis Desmeules - Abonné 26 mai 2017 07 h 17

    Quelle déception une fois de plus !!!

    C'est quand même incroyable de constater le niveau de déresponsabilisation des acteurs politiques les plus importants au pays. Avec tous les instances de l'industrie pétrolieres, ces personnes devraient être accusées de crime contre l'humanité et de crime cotre la planète, tellement ils sont conscients de la destruction qu'ils contribuent à maintenir et à permettre années après années...

  • Yvon Pesant - Abonné 26 mai 2017 10 h 00

    Et pendant ce temps...

    Il n'y a pas que l'industrie gazière et pétrolière qui accuse du retard,pouvons-nous constater avec ce grand effort de procrastination dont fait preuve le gouvernement Trudeau. Parle, parle, jase, jase, selfie par ci, selfie par là, et, pendant ce temps...

    Combien de reports dans le temps, encore? Combien d'autorisations à tire-larigot pour la poursuite de l'exploitation des sables bitumineux et des pétroles et gaz de schiste? Combien d'autorisations, aussi, pour la construction de nouveaux gazoducs et oléoducs pour permettre la poursuite de ce qui précède?

    Faut-il vraiment nous contenter du fait que l'on bouchera des trous dans la tuyauterie pour permettre au Canada de vendre plus de gaz et de pétrole à l'étranger? Plus de gaz et de pétrole à brûler ou à transformer pour générer quoi?
    Ah, oui! Des gaz à effet de serre et des plastiques qui contribuent beaucoup à nous empoisonner l'existence de bien des manières. Et pas seulement la nôtre, soit dit en passant. Celle itou des autres animaux moins bêtes qui habitent la planète pour cause de pollution de l'air, de l'eau et des sols si nécessaires à notre existence terrestre.

    Qu'est-ce qu'ils sont contents, madame McKenna et monsieur Trudeau, de nous annoncer cela.