Les changements climatiques pourraient multiplier les sinistres

Selon les travaux du consortium Ouranos, les précipitations hivernales pourraient augmenter jusqu’à près de 20 % dans la partie sud de la province à l’horizon 2050.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Selon les travaux du consortium Ouranos, les précipitations hivernales pourraient augmenter jusqu’à près de 20 % dans la partie sud de la province à l’horizon 2050.

Les épisodes d’inondations importantes pourraient être plus nombreux au Québec au cours des prochaines décennies, en raison des impacts des changements climatiques sur les précipitations. Une situation qui soulève des questions sur la construction dans les zones inondables, mais aussi sur l’adaptation à une réalité climatique dont les impacts demeurent difficiles à prévoir avec précision.

En point de presse lundi, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a évoqué une « tempête parfaite » pour parler de la « conjugaison de facteurs » qui a provoqué des inondations majeures dans plusieurs régions du Québec. Il a ainsi rappelé les importantes chutes de neige de l’hiver, mais aussi les précipitations « extrêmement élevées » des dernières semaines.

Si cette combinaison de phénomènes météorologiques est effectivement exceptionnelle, elle pourrait être de plus en plus fréquente au cours des prochaines décennies, au fur et à mesure que le climat du Québec se réchauffera.

Selon les travaux du consortium Ouranos, spécialisé dans la recherche sur les changements climatiques, les précipitations hivernales pourraient augmenter jusqu’à près de 20 % dans la partie sud de la province à l’horizon 2050, voire près de 30 % plus au nord. À cela s’ajoute une augmentation attendue des phénomènes météorologiques dits « extrêmes », a souligné lundi le directeur général adjoint du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec, Antoine Verville. Il a ainsi évoqué le risque d’une « augmentation des fontes hâtives ou plus tardives, en même temps que des pluies plus intenses ». Bref, les ingrédients de la « tempête parfaite » évoquée par le ministre Coiteux.

Plus d’inondations

Dans ce contexte, « la récurrence des inondations pourrait être plus importante », a-t-il précisé. Selon lui, il serait donc important de mieux déterminer les plaines inondables, puisque celles-ci « ne tiennent pas compte de ces nouveaux épisodes extrêmes ». Les cartes, conçues dans plusieurs cas dans les années 1970, devraient ainsi être mises à jour en prenant en compte le fait que la « récurrence » des inondations risque d’être plus élevée à l’avenir.

« Avec des températures plus élevées, l’atmosphère peut contenir plus de vapeur d’eau, donc les chances d’assister à des événements plus violents sont plus importantes », estime pour sa part François Anctil, professeur au Département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval. Mais selon lui, il est difficile de prévoir avec précision quel sera l’impact du réchauffement climatique sur le régime de précipitations. M. Anctil, qui collabore avec Ouranos, n’en juge pas moins pertinent de mieux planifier le développement territorial, pour tenir compte des risques accrus des prochaines décennies.

Un point de vue que partage Antoine Verville, tout en soulignant que les coûts associés aux mesures d’urgence mises en place pour faire face aux inondations sont considérables. Déjà, chaque année, ils s’élèveraient en moyenne à 70 millions de dollars au Québec. Une facture qui est par ailleurs appelée à croître au cours des prochaines années.

Professeure à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, Isabelle Thomas estime donc que davantage d’efforts devront être faits pour s’assurer de « mieux documenter notre vulnérabilité » à ce type d’événement. « Au-delà des changements climatiques, il faut faire avec ce qui existe déjà. Et nous avons construit dans des zones inondables. Nous avons donc créé notre propre vulnérabilité. »

Les bassins versants

Même si les précipitations abondantes des dernières semaines ont cessé dans certaines régions du Québec, le niveau d’eau de plusieurs rivières a continué de monter, pour atteindre son pic ce lundi. Pourquoi ? Selon ce qu’explique le directeur général adjoint du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec, Antoine Verville, certains bassins versants favorisent une montée plus lente des eaux dans les rivières importantes. C’est particulièrement le cas de ceux dont le relief est plus plat et dont les territoires drainés sont plus vastes. C’est le cas du bassin de la rivière Richelieu, qui a connu des inondations majeures en 2011. Les bassins qui comptaient des secteurs encore enneigés, dont la partie nord du bassin de la rivière des Outaouais, présentent aussi des risques de montée des eaux sur plusieurs jours, comme on l’a constaté au cours des derniers jours.
11 commentaires
  • Linda Dauphinais - Inscrit 9 mai 2017 09 h 01

    Merci M. Shields, de mentionner

    le fait que ces épisodes d'inondations soient de l'ordre des changements climatiques annoncés hélas depuis de nombreuses années afin que nous changions nos comportements de malotrus envers notre planète hôte et maintenant, comme la cigale ayant chanté tout l'été, nous nous trouvons fort dépourvus devant le résultat de notre laxisme, de notre procrastination érigée en système... Il est toujours temps de faire mieux... Refuser les explorations et exploitations de gaz et pétrole de schiste sur notre territoire en est une... Consommer moins en général, avoir des automobiles électriques si on peut se la payer ou sinon une automobile de grandeur minimale correspondant à nos véritables besoins, moins de bébelles polluantes pour les fins de semaine (genre 4-roues, motoneiges, grosses motos, grosse caravan)... Cessez le Think Big et lire Small is beautiful... Il faut respecter notre planète... Encore et toujours...

  • Yvon Pesant - Abonné 9 mai 2017 09 h 32

    Tout cela et plus encore

    À la combinaison de facteurs dont il est fait mention avec force raison dans l'article il nous faudrait en ajouter quelques autres qui, à mon avis, ont aussi leur importance dans le scénario catastrophe se rapportant aux grandes inondations et à leurs impacts sur nos environnements habités ou pas.

    Tous nos systèmes d'évacuation des eaux de surplus ont été conçus pour sortir l'eau rapidement de nos milieux urbains, agricoles et forestiers. Il en va ainsi pour les grosses canalisations de nos réseaux d'égouts pluviaux dans les villes et les villages et il en va ainsi pour tous les cours d'eau qui ont fait l'objet d'interventions de génie hydraulique en campagne cultivée.

    Aussi, dans les années 1970, quand il est question des cartes qui servent toujours à l'identification des lignes de récurrence des crues, il y avait encore passablement plus d'arbres, de haies champêtres et de bandes riveraines bien végétalisées dans nos milieux agricoles. De plus, la culture du foin restait bien présente un peu partout sur le territoire, ce qui n'est plus vraiment le cas désormais, le foin ayant beaucoup cédé sa place à des cultures annuelles. Et, par surcroît, les terres maintenant dénudées ont souvent fait l'objet de travaux de nivellement et de drainage souterrain propres à en sortir l'eau le plus rapidement possible.

    Le professeur Anctil de l'Université Laval a bien raison quand il dit en 2017 qu'il nous faudrait mieux planifier notre développement territorial. C'est là aussi ce que nous disaient des spécialistes du climat dont messieurs Hubert Reeves, Claude Villeneuve et Alain Bourque, d'Ouranos, dans le cadre d'une rencontre très particulière et mémorable avec notre groupe de travail en aménagement du territoire du temps,... en octobre 2006.

    • Linda Dauphinais - Inscrit 9 mai 2017 16 h 12

      L'aménagement du territoire... le comité sur la loi 125 en 1980 si je me souviens bien... j'étais secrétaire de ce comité dans la Mauricie et c'était une belle et bonne loi pleine de bonnes intentions de la part du parti Québécois... malheureusement, les années libérales ont massacré cette loi (entre autres car on pourrait parler aussi de l'environnement, de la protection des terres humides, de l'agriculture, (avec Jean Garon que nous regrettons encore et qui dénoncait la collusion haut et fort http://www.ledevoir.com/politique/quebec/374755/co Bref, la loi pour l'aménagement du territoire était une très belle idée mais malheureusement maintenant comme pour les autres ministères je crois, les demandes de dérogations, faciles à obtenir font légion... C'est pourquoi nous retrouvons aujourd'hui des MonsterHouse dans des secteurs de maisons pré-existantes beaucoup plus petites et qu'encore une fois, cela fait bâtard comme vision, autrement dit désorganisé...

  • Claude Bariteau - Abonné 9 mai 2017 09 h 35

    La « tempête parfaite », mon oeil.

    Votre texte montre que la « tempête parfaite » a pu se manifester parce que le gouvernement du Québec n'a pas tiré profit des enseignements de ce qui s'est passé en 2011 dans la vallée du Richelieu.

    Aussi m'apparaît-il très banal que le ministre Coiteux, à l'instar du directeur général de la CDPQ en 2008 pour expliquer la déconfiture des PCAA non banquaires, fasse écho à une « tempête parfaite » laissant entendre qu'il n'y pouvait rien alors que le gouvernement du Québec aurait du procéder à une analyse des risques.

    Chose certaine, il est temps de revoir les aménagements des barrages dans cette région pour cerner les risques et avoir à l'égard de constructions sur des rives inondables une politique en conséquence.

    Il est tout aussi important que le gouvernement du Québec ait à l'égard de la gestion du niveau d'eau du Saint-Laurent une approche globale, qui s'imposait préalablement au déploiement d'une stratégie maritime à des fins économiques.

    Or, en 2016, le gouvernement Couillard a donné son aval à la nouvelle gestion proposée par le CMI, dont une des conséquences fut la disparition de l'entité conseil de gestion des niveaux d'eau du Fleuve Saint-Laurent au profit d'une entité canadienne chapeautant la gestion du Lac Ontario et du Fleuve Saint-Laurent.

    Sur ces deux points, des informations stratégiques manquent pour saisir l'ampleur des inondations de la section nord-ouest du Grand Montréal alors qu'avec elles, on aurait une meilleure lecture des responsabilités des gouvernements du Québec et de l'Ontario dans le bassin-versant de la Rivière des Outaouais et de celles du gouvernement du Canada concernant la gestion du niveau du Lac Ontario.

    Du coup, la « tempête parfaite » perdrait son aura et on comprendrait que la venue de l'Armée et de la Croix rouge fut plus une conséquence des décisions de gouvernements responsables. que d'une « tempête parfaite ».

    • Linda Dauphinais - Inscrit 10 mai 2017 07 h 38

      Ne serait-ce pas une bonne idée que les sinistrés s'adressent au Protecteur du citoyen et se questionnent sur leurs droits suite à cette inondation qui semble être attribuable à tant de facteurs qui peuvent être causés pour certains, par la cupidité des gouvernements et le manque de rigueur pour leur stratégie maritime et de leur analyse de risques???

  • Jean Richard - Abonné 9 mai 2017 10 h 53

    Bon article mais mauvais titre

    « Au-delà des changements climatiques, il faut faire avec ce qui existe déjà. Et nous avons construit dans des zones inondables. Nous avons donc créé notre propre vulnérabilité. » (Isabelle Thomas)

    Certes, il peut sembler délicat de dire aux actuels sinistrés qu'ils sont les auteurs de leur propre malheur, mais on ne doit pas s'épargner la réflexion sur au moins un aspect de la question : la gestion irresponsable de l'aménagement du territoire. Et bien sûr, le problème n'est pas exclusivement politique, mais il est plus politique que climatique. Les abords des villes et des cours d'eau ont été développés de façon anarchique, dans l'ignorance (souvent volontaire) de l'environnement.

    Qui veut parier qu'une fois le niveau de l'eau redescendu, on ne va pas tout reconstruire sans rien changer à la façon de construire ? Il suffira de respecter le code du bâtiment, lequel attache plus d'importance à la hauteur des poignées de porte qu'à la vulnérabilité face à l'environnement. Il suffira également d'un permis de la Ville, pour qui résidence signifie taxes foncières et non environnement.

    L'ignorance de l'environnement nous a permis de construire dans des zones inondables. Cette même ignorance n'est pas étrangère à la multiplication des zones artificiellement imperméabilisées ainsi que du détournement des zones d'écoulement de l'eau.

    Il ne s'agit pas de nier l'existence des changements climatiques, mais il faudra bien qu'un jour on cesse de braquer les projecteurs sur un phénomène imprévisible et incontrôlable à l'échelle régionale et même nationale car trop souvent, ça devient un outil politique pour détourner l'attention du public.

    On a des inondations ? Ah ! Ce sont les changements climatiques. Point ! Une fatalité, tant pis pour la perte de contrôle de notre vulnérabilité. C'est le discours entendu, discours qui malheureusement détourne l'attention à l'avantage de certains.

    • Linda Dauphinais - Inscrit 9 mai 2017 11 h 16

      Bonjour Monsieur Richard, très bon point celui du fait que beaucoup de maisons sont bâties dans des zones inondables et que les maires des villes et municipalités sont souvent bien heureux de toutes ces taxes en surplus la plupart du temps... Je dirais que les inondations peuvent être multifactorielles, donc avoir plusieurs causes dont les dérogations pour construire en milieu humide, les changements climatiques et aussi le point mentionné par M. Barbeau, le manque d'analyse de risques de notre gouvernement ainsi que la gestion du niveau d'eau du Saint-Laurent...

  • Serge Lamarche - Abonné 9 mai 2017 14 h 15

    Un avant-goût

    Oui, le danger des inondations est multiplié par le réchauffement qui augmente la capacité de l'atmosphère au point d'appeler le phénomène "rivières atmosphériques". Mais ce n'est que le début, car si vous étudiez les cartes projetées lorsque les glaces arctiques et antartiques seront fondues, Montréal sera sous l'eau!