La Caisse de dépôt augmente à un milliard son investissement dans la pétrolière TransCanada

Le gestionnaire de régimes de retraite de millions de Québécois a accru sa participation dans d’autres entreprises actives dans l’industrie des pipelines au Canada.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le gestionnaire de régimes de retraite de millions de Québécois a accru sa participation dans d’autres entreprises actives dans l’industrie des pipelines au Canada.

La Caisse de dépôt et placement du Québec a augmenté l’an dernier sa participation dans TransCanada de plus de 400 millions de dollars. Le plus gros investisseur institutionnel de la province, qui gère plusieurs régimes de retraite, a aussi accru son implication dans d’autres entreprises importantes du secteur des sables bitumineux, a constaté Le Devoir.

Selon ce qu’on peut lire dans le rapport annuel 2016 de la Caisse, la valeur des investissements dans TransCanada s’élevait à plus de 1,02 milliard de dollars au 31 décembre de l’an dernier. De ce montant, 915 millions étaient sous forme d’actions de la pétrolière de Calgary.

En comparant les données du plus récent rapport avec celles de 2015, on constate aussi que la valeur des investissements de la Caisse dans TransCanada a bondi de 408,5 millions de dollars d’une année à l’autre, soit une augmentation de 67 %.

Le gestionnaire de régimes de retraite de millions de Québécois a aussi accru sa participation dans d’autres entreprises actives dans l’industrie des pipelines au Canada. C’est le cas d’Enbridge. Les investissements dans la multinationale sont passés de 627,6 millions au 31 décembre 2015 à 930,6 millions à la fin de 2016. On parle donc d’une hausse de plus de 300 millions (48 %) des avoirs dans cette pétrolière.

En plus d’exploiter le pipeline 9B en sol québécois, Enbridge pilote un important projet d’expansion de pipeline d’exportation approuvé par le gouvernement Trudeau en novembre dernier, la Ligne 3. Les données de la Caisse démontrent d’ailleurs qu’elle est actionnaire de deux autres entreprises dont les projets d’exportation de pétrole ou de gaz ont été approuvés au cours des derniers mois par Ottawa, soit Kinder Morgan et Petronas.

L’investisseur institutionnel est également plus impliqué dans Pembina Pipeline, une entreprise qui exploite des réseaux de pipelines et de gazoducs dans l’ouest du pays. La valeur des actifs de la Caisse dans Pembina a bondi de 73 % entre 2015 et 2016, passant de 295 à 510 millions.

On note aussi une légère augmentation des investissements du côté de Suncor, un joueur très important de l’exploitation des sables bitumineux. Les actifs de la Caisse dans l’entreprise atteignaient, à la fin de l’an dernier, 980 millions de dollars.

Risque économique

Sébastien Collard, de « Recycle ta caisse », déplore cet état de fait. « Pour parvenir à une rentabilité pour ces investissements, il faut miser sur l’échec de l’Accord de Paris sur le climat, donc je ne comprends pas l’investissement de la Caisse. »

Il rappelle que le gouverneur de la Banque d’Angleterre, le Canadien Mark Carney, a déjà dit que les investissements dans les énergies fossiles constituent un pari risqué, en raison des politiques de lutte contre les changements climatiques. Selon une étude de l’organisation DivestInvest publiée à la fin de 2016, l’actif des investisseurs institutionnels et individuels qui veulent retirer leurs billes de ce secteur se situe aujourd’hui à plus de 5000 milliards de dollars américains, un record.

À moyen terme, le pétrole et le gaz sont toutefois là pour de bon, souligne Maxime Chagnon, directeur principal des communications avec les médias à la Caisse. « Nous sommes en marche vers une transition énergétique vers une économie qui est sobre en carbone. Mais cette transition ne se fera pas du jour au lendemain. Nous avons donc encore des investissements dans les énergies traditionnelles, dans les entreprises qui sont les plus performantes sur le plan environnemental. »

M. Chagnon précise par ailleurs que la Caisse de dépôt investit de plus en plus dans les énergies renouvelables, surtout dans le secteur de l’énergie éolienne, où elle est particulièrement active, mais aussi dans l’énergie solaire. Il cite aussi comme exemples des projets qui auront des impacts environnementaux positifs, dont le Réseau électrique métropolitain (REM).

15 commentaires
  • Guy Coderre - Abonné 28 avril 2017 07 h 41

    Honteux et innaceptable

    Choc et consternation. J'ai tellement honte d'apprendre que mon argent est investi dans l'industrie de la production et du transport des sables bitumeux. Je refuse que ma caisse de dépôt participe à ce crime contre le climat, ce crime contre l'humanité qu'est le développement insensé des hydrocarbures extrèmes.

    • Robert Beaulieu - Abonné 28 avril 2017 10 h 02

      Devoir 28 avril 2017

      Les mots nous manquent pour qualifier cet état de faits. Les dirigeants de la Caisse de dépôt ne sont pas en poste pour leur capacité à comprendre et agir sur les enjeux cruciaux et les menaces qui planent sur les populations et leur milieu de vie, ils en sont incapables.
      Ces administrateurs à l'esprit obtus n'ont pas l'éducation nécessaire ni la sensibilité instinctive requise pour apprécier leur propre origine et appartenance au monde naturel.
      Il sont en poste uniquement parce qu'ils répondent aux exigences simplistes du devoir envers leur caste, assurant ainsi leur maintient dans l’opulence du cercle de pouvoir et d'influence.
      Ce qu'affirme Maxime Chagnon est faux.
      Nous ne sommes pas en marche vers la transition énergétique puisque les investissements faramineux dans les hydrocarbures extrêmes bloquent efficacement les efforts majeurs nécessaires en recherche, en éducation et en mise en oeuvre de stratégies énergétiques d'avenir qui peuvent créer beaucoup plus d'emplois.
      Un plus grand nombre de citoyens bien informés doit prendre part aux décisions importantes qui nous affectent tous.

    • Gilles Théberge - Abonné 28 avril 2017 11 h 25

      Moi aussi j'ai honte.

      Mais ce n'est pas le pire. Imaginez que le Québec s'oppose au passage du pipeline. Cela ferait baisser la valeur de cet investissement...

      Façon de faire pression, pour que l'on laisse passer le pipeline.

      Cadeau empoisonné du jovial Michael Sabia ?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 28 avril 2017 17 h 56

      @ GT "Imaginez que le Québec ...etc etc" Tout à fait, c'est la première chose qui m'est venue à l'esprit.
      La CDPQ nous doit des explications...autres que celles-ci (plus haut)

    • Robert Beauchamp - Abonné 28 avril 2017 18 h 55

      Sous les pression de la pétrolière TOTAL et de l'un de ses actionnaires: Power-Desmarais.

  • Diane Germain - Abonné 28 avril 2017 08 h 18

    La caisse de dépôt et sa courte vue

    Les investisseurs feront peut-être de l'argent à court terme, mais quand est-il à long terme ? Quel sera le coût pour les générations futures ? et la biodiversité ? Alors que de gros investisseurs institutionnels se départissent de leurs avoirs dans les sables bitumineux, nous on en ajoute... . Sommes-nous devenus des porteurs de pétrole d'autrui ? Choc et consternation pour moi aussi.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 28 avril 2017 08 h 34

    Un mauvais investissement

    Cette nouvelle me surprend énormément, tellement je m'attendais à ce que la Caisse se désinvestisse tranquillement de ce secteur d'activité en fort déclin pour manque de compétitivité internationale. En faisant le contraire, elle montre aux autres une voie sans issue parce que trop dévoreuse de capitaux pour survivre. Elle compromet aussi l'efficacité de traités internationaux et met en danger l'humanité toute entière. Plus localement, elle nous met collectivement en conflit d'intérêts lorsqu'il s'agira tantôt de construire un oléoduc très sécuritaire. Se pourrait-il qu'elle se fasse ici le docile instrument de nos gouvernements provincial et fédéral, et ceci au risque d'être obligé tantôt d'encaisser de fortes pertes sur les marchés? À moins qu'elle n'ait cédé pour mieux faire passer son projet de train de banlieu?

  • Jacques Rousseau - Abonné 28 avril 2017 08 h 41

    Retarder la transition énergétique

    Investir dans Trans-Canada, c'est investir dans une entreprise qui a intérêt à promouvoir l'utilisation, le plus longtemps possible, des hydrocarbures, dont ceux issus des sables bitumineux (dit pétrole sale). À moins de considérer que l'activité humaine, et en particulier l'utilisation des hydrocarbures, ne contribuent pas au réchauffement climatique, investir dans Petro-Canada, c'est s'associer avec ceux qui tentent de retarder la nécessaire transition énergétique.

    La filière des hydrocarbures n'est pourtant pas, comme source d'énergie, une solution d'avenir. Que la CDPQ participe à une industrie dont les infrastructures sont condamnées à être mises au rancard le plus rapidement possible ne peut être profitable pour l'ensemble de la société. Il conviendrait que la CDPQ nous évite d'avoir à construire des infrastructures destinées aux hydrocarbures et de recommencer pour construire ensuite celles qui seront destinées aux énergies renouvelables.

    Je suis de ceux qui souhaitent que la CDPQ s'engage dans le désinvestissement du secteur des hydrocarbures, plutôt que d'y investir toujours davantage.

  • Daniel Bérubé - Abonné 28 avril 2017 10 h 31

    Elle risque de se faire "embarquer",

    comme elle le fut un jour avec certains "papiers commerciaux" et une perte de 40G$... À trop vouloir profiter de haut taux, ils semblent oublier que ces taux élevés sont en lien direct avec le "taux de risques"...

    • Richard Olivier - Inscrit 28 avril 2017 17 h 00

      Les pipelines toujours admissibles à l'aide du Fonds vert

      La pétrolière Énergie Valero serait toujours admissible à recevoir de l'argent du Fonds vert pour construire un pipeline, a révélé jeudi la sous-ministre des Transports Dominique Savoie

      Et je paie 0.04$ le litre pour EUX ?