Greenpeace prône une approche concertée pour la forêt boréale

Antoine Hasbrouck Collaboration spéciale
Le Canada possède en effet un tiers des 16 millions de kilomètres carrés des forêts du Nord, abritant 20 000 espèces végétales et animales et filtrant 80% de l’eau douce courante au monde.
Photo: Matt Medler / International Boreal Conservation Campaign / Associated Press Le Canada possède en effet un tiers des 16 millions de kilomètres carrés des forêts du Nord, abritant 20 000 espèces végétales et animales et filtrant 80% de l’eau douce courante au monde.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’organisme de protection environnementale poursuit ses efforts pour sauvegarder un écosystème aussi vaste qu’il est beau, mais aussi vaste qu’il est fragile. En point de mire, un modèle de gestion intégrant plus largement populations autochtones, responsables politiques et entreprises forestières.

Pour bon nombre de Québécois urbains et périurbains, la forêt boréale est avant tout le décor de carte postale qui entoure le chalet. Pour tenter d’en prendre la mesure, il faut alors imaginer une carte postale de taille continentale. Le Canada possède en effet un tiers des 16 millions de kilomètres carrés des forêts du Nord, abritant 20 000 espèces végétales et animales et filtrant 80 % de l’eau douce courante au monde. « C’est vrai que c’est un territoire dont il est difficile de saisir la taille », confie Olivier Kolmel, chargé de projet chez Greenpeace pour le Québec. Pour le grand public, il est tout aussi difficile de saisir les enjeux et les dangers qui menacent cet écosystème. L’intérêt a parfois tendance à se diluer dans l’immensité. D’où la présence de l’organisme dans ce dossier depuis plus de 15 ans. Un travail sans relâche qui porte aujourd’hui ses fruits sur le plan de la notoriété et de la légitimité de l’organisme pour commencer, comme l’explique le responsable de Greenpeace : « Selon le dernier sondage Environics, le nom de Greenpeace est cité spontanément par 25 % des Québécois comme meilleur intermédiaire dans la protection de la forêt boréale. C’est un chiffre incroyablement haut, le plus élevé en fait, et ça montre que nous avons beaucoup de crédibilité dans ce dossier. »

Vision à long terme

Fort de cette reconnaissance, Greenpeace veut maintenant prendre les devants pour exporter ce qui est, selon l’organisme, le meilleur modèle d’approche concertée : l’accord de la forêt pluviale du Grand Ours, en Colombie-Britannique. Une entente entre gouvernement, populations autochtones et industrie forestière qui aura mis 20 ans à voir le jour et qui prévoit d’interdire l’exploitation arboricole sur 85 % de la superficie, et de soumettre l’activité sur les 15 % restants aux normes les plus strictes de la planète. Pour Olivier Kolmel, cet accord est tout simplement la preuve qu’une nouvelle ère s’ouvre : « On a parfois l’impression que les organismes de protection comme le nôtre s’opposent radicalement à l’exploitation de la ressource forestière. C’est faux ! Ce que nous préconisons, c’est une exploitation responsable et surtout une exploitation ayant une vision de la ressource à long terme. Nous avons totalement conscience que des régions entières dépendent de cette industrie et nous voulons travailler avec tous les acteurs sur le terrain pour que ce type d’accord puisse se multiplier. »

Ce que nous préconisons, c’est une exploitation responsable, et surtout une exploitation ayant une vision de la ressource à long terme

 

Pour y parvenir, Greenpeace compte sur une plus grande intégration des peuples autochtones dans la gestion de ces espaces : « Leur présence dans ces territoires et surtout leur connaissance du milieu est extrêmement précieuse. Ils sont aussi les premières sentinelles quand un problème survient sur une espèce végétale ou animale », détaille le responsable de Greenpeace. L’organisme y voit également l’occasion de forger de nouvelles voies de réconciliation au Canada. Pour y parvenir, Greenpeace veut ainsi faire pression sur la ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, en l’exhortant à offrir des gestes concrets en accord avec la Déclaration des Nations unies pour les droits des peuples autochtones.

Des retards à combler

Pour Greenpeace, la protection du milieu va évidemment de pair avec la protection et la sauvegarde des espèces de la forêt boréale. Et là encore, selon l’organisme, le Canada est à la traîne, comme le confirme Olivier Kolmel : « La loi canadienne sur les espèces en péril accuse des retards chroniques quant au nombre d’espèces inscrites sur cette liste. Or, sans cette première étape d’inscription, il ne peut pas y avoir de protection. » Greenpeace demande donc une révision et une actualisation de ce dispositif pour en élargir la portée.

Autre retard à combler rapidement, selon Greenpeace, celui pris sur la mise en oeuvre de la Convention internationale sur la diversité biologique, signée en 2010 par le Canada. « Dans ce domaine, nous ne faisons vraiment pas partie des bons élèves, souligne Olivier Kolmel, ce qui est un comble quand on sait que le secrétariat de cette convention est situé à Montréal. Il faut aussi savoir que ce traité international est juridiquement contraignant. Il est donc doublement urgent d’avancer dans ce dossier. »

Le caribou forestier, comme un symbole

La mise en oeuvre de ces mesures, mises bout à bout, créerait un bien meilleur maillage législatif et réglementaire, selon Greenpeace, qui refuse d’être perçu uniquement comme un organisme critique, ainsi que le souligne son chargé de projet : « C’est aussi le message que nous voulons faire passer, nous voulons être une force de proposition. Notre expertise nous permet aussi d’apporter des solutions et des pistes de réflexion. » Comme un symbole, Greenpeace se porte aujourd’hui au chevet d’un véritable emblème national : le caribou forestier. Cet écotype (il n’est pas une espèce à proprement parler) serait aujourd’hui fortement menacé : « L’impact humain a grandement perturbé son environnement ces dernières années, confirme Olivier Kolmel. Il est repoussé de plus en plus vers le nord, dans des territoires qui ne sont pas habituellement les siens. C’est préoccupant parce que nous savons que ce type de caribou est un excellent baromètre de la santé de la forêt boréale. » Greenpeace l’assure, si rien n’est fait pour le caribou forestier, comme pour bon nombre d’autres espèces, « dans quelques années, il ne sera plus présent que sur nos pièces de 25 sous ».