Associer le travailleur au développement durable

Pierre Vallée Collaboration spéciale
L’écoresponsabilité est au centre de l’agrandissement du siège social de la CSN, notamment grâce à des incitatifs au transport actif, à des stationnements pour vélos et à des bornes électriques pour la recharge des véhicules.
Photo: CSN L’écoresponsabilité est au centre de l’agrandissement du siège social de la CSN, notamment grâce à des incitatifs au transport actif, à des stationnements pour vélos et à des bornes électriques pour la recharge des véhicules.

Ce texte fait partie du cahier spécial Jour de la Terre

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) vient de prendre le virage du développement durable et le sujet sera au menu de son prochain congrès qui se tiendra cet été, au mois de juin. « Comme nous tenons un congrès tous les trois ans, souligne Pierre Patry, trésorier de la centrale syndicale et responsable du dossier environnement et développement durable, le congrès de cet été sera notre premier congrès depuis l’Accord de Paris sur le climat. Ce sera donc la première fois que le sujet sera soulevé avec nos membres. »

Le virage vers le développement durable, de l’aveu même de Pierre Patry, s’est fait doucement. « On avait déjà mis en place des pratiques environnementales, comme le recyclage, mais il y a deux ans, on a décidé d’aller plus loin. On a d’abord ajouté un volet concernant le commerce équitable, puis un autre sur la consommation responsable, et finalement un dernier portant sur l’achat responsable et local. Récemment, on a décidé de réunir les trois volets dans une politique interne, et c’est ce qui nous sert aujourd’hui comme cadre de référence en matière de développement durable. »

Un cadre de référence nettement visible dans le projet d’agrandissement du siège social de la CSN, avenue de Lorimier. « Dès le départ de ce projet, qui visait à doubler la superficie du siège social, on a voulu qu’il soit écoresponsable. Des mesures en ce sens ont été mises en place, comme la récupération des eaux, des incitatifs au transport actif, des stationnements pour vélos et des bornes électriques pour la recharge des véhicules. On a confié la direction de la nouvelle cafétéria à une entreprise d’économie sociale, la Cuisine collective Hochelaga-Maisonneuve, qui fait aussi de la réinsertion sociale. Le compostage sera introduit dans tout l’immeuble. Nous sommes assez optimistes d’obtenir pour ce projet l’accréditation LEED argent. »

Photo: CSN

Syndicats affiliés

Présentement, la politique interne en développement durable de la CSN ne s’applique qu’à la centrale syndicale, et les fédérations et syndicats affiliés n’y sont pas assujettis. « On invite nos fédérations et nos syndicats affiliés à prendre le même tournant et déjà, plusieurs, sinon la plupart de ces organisations ont mis en place des politiques internes en développement durable qui s’inspirent de la nôtre. »

Dans certains cas, des syndicats affiliés à la CSN sont même allés plus loin et ont pris des mesures de leur propre chef. C’est le cas du syndicat de l’entreprise Bacon InterAmerica. « Chez Bacon InterAmerica, c’est le syndicat qui a trouvé la solution et convaincu la direction de mettre en place des mesures pour réduire le gaspillage de plastique. »

De plus, la centrale syndicale a mis en place des projets-pilotes avec deux de ses fédérations. « Le premier projet-pilote se fait avec la Fédération de l’industrie manufacturière, où l’on trouve des entreprises qui sont de gros joueurs, je pense à Kruger et à Cascades, et qui devront bientôt s’inscrire à la Bourse du carbone. On veut s’assurer que les syndicats comprennent bien les rouages de la Bourse du carbone et qu’ils soient suffisamment outillés pour agir auprès de l’employeur. » Le second projet-pilote implique la Fédération des employées et employés des services publics. « C’est dans cette fédération que l’on trouve le secteur du transport et l’on veut aider les syndicats qui y oeuvrent afin qu’ils puissent accompagner les employeurs dans la réduction de leur empreinte carbone. »

Gouvermenents et conseils d’administration, le pouvoir d’agir

En matière de développement durable, les syndicats, outre leurs propres actions internes, ont un rayon d’action limité ; ce sont plutôt les gouvernements, grâce à la législation et à la réglementation, ainsi que les entreprises, dont les conseils d’administration peuvent mettre en place des politiques de développement durable, qui ont le véritable pouvoir d’agir. Mais il ne faudrait pas pour autant en déduire que les travailleurs n’ont aucun rôle à jouer.

« Les gouvernements et les entreprises qui mettent en place des politiques de développement durable doivent tenir compte des effets qu’auront ces mesures sur les emplois et les travailleurs. Par exemple, des mesures de réduction des GES impliquent souvent de changer les processus et les manières de faire, et ces changements affectent et touchent les travailleurs. Si ces derniers se sentent perdants, ils ne seront pas très enthousiastes. Et il faut l’adhésion de tous si l’on veut que ces mesures soient efficaces. »

De plus, ces politiques de développement durable peuvent avoir un impact direct sur la formation des travailleurs, présents et futurs. « Prenons le cas d’une entreprise ou d’une société de transport qui passe du véhicule à essence ou au diesel au véhicule électrique. Que fait-on avec les mécaniciens qui travaillent déjà dans cette organisation ? A-t-on prévu une formation pour les amener à faire la transition ? La même question se pose pour ceux qui étudient présentement la mécanique. »

Sans compter que les travailleurs ont une contribution à apporter. « Ce sont les travailleurs qui sont au coeur de l’action et qui, par conséquent, sont à même de déterminer les problèmes et d’y trouver les solutions. Peut-on vraiment se passer de leur contribution ? À mon avis, toute politique de développement durable doit tenir compte de l’effet qu’elle aura sur l’emploi et les travailleurs, et elle doit non seulement permettre, mais aussi inciter la contribution des travailleurs à la recherche de solutions, si cette politique de développement durable se veut cohérente. »