L’économie solidaire change pour le mieux les habitudes de consommation

Réginald Harvey Collaboration spéciale
En réalisant ses activités de compostage sur place, l’Université de Sherbrooke intègre complètement la gestion des matières compostables, allant de la collecte au compostage des résidus organiques et de la vaisselle compostable, jusqu’à l’utilisation du compost en interne (photo ci-dessous, dans le texte).
Photo: Michel Caron Université de Sherbrooke En réalisant ses activités de compostage sur place, l’Université de Sherbrooke intègre complètement la gestion des matières compostables, allant de la collecte au compostage des résidus organiques et de la vaisselle compostable, jusqu’à l’utilisation du compost en interne (photo ci-dessous, dans le texte).

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Centre universitaire de formation en environnement et développement durable (CUFE) de l’Université de Sherbrooke se distingue par une démarche interdisciplinaire en vue d’assurer le mieux-être de la planète dans le cadre d’une société plus responsable. Il forme, depuis plus de 40 ans, des gens à la maîtrise en environnement qui feront ultérieurement des gestes favorables à des changements de comportement appropriés dans plusieurs sphères d’activité. Et voilà qu’il ajoute une corde à son arc en se tournant vers l’économie circulaire.

Le Centre relève conjointement et solidairement de sept facultés de l’Université ; il s’enrichit de la sorte de la présence de professeurs émanant de diverses disciplines : « Il en découle que le mot-clé chez nous, c’est vraiment multidisciplinarité, ce qui prend son sens dans notre structure même », explique son directeur adjoint, Jean-François Comeau.

Il est devenu complexe de s’attaquer à une problématique environnementale globale dont découlent une foule de particularités ; il en va de même des changements climatiques, qui ne peuvent être abordés sous un seul aspect : « Ce n’est pas un expert dans sa science, qui lui-même va apporter une solution magique susceptible de régler les enjeux actuels, qu’elle soit d’ordre technique ou juridique. »

Il parle par conséquent en ces mots du but poursuivi : « On cherche à former des gens qui sont capables d’intervenir dans notre société d’aujourd’hui pour effectuer les transformations auxquelles on s’attend. Ils doivent prendre en considération les différentes questions autour de l’enjeu environnemental. » Il ajoute : « On souhaite former des gens qui ont une belle vision de la globalité de ces enjeux environnementaux en étant capables de s’approprier les contributions variées de différents experts par la réalisation de travaux multidisciplinaires. »

Un nouveau genre d’économie

Le directeur présente de prime abord cette définition de l’économie solidaire, ce nouveau cheminement universitaire qui vient s’ajouter au parcours à la maîtrise en environnement : « Avec le soutien de celle-ci, on veut lutter contre notre société de consommation actuelle, qui est très linéaire ; la circulaire s’inscrit à l’opposé de cette forme d’économie. »

Il dépeint en quoi consiste cette façon courante d’agir linéairement de nos sociétés : « On extrait des ressources de notre planète, on les consomme et, à la fin de leur vie utile, on les jette. On remplit de grands trous de nos sites d’enfouissement avec des déchets qui sont les rejets de notre société de consommation. » Il se dégage d’un tel comportement que « l’on procède de la sorte avec une espèce d’a priori selon lequel ces ressources extraites de notre planète sont illimitées, ce qui n’est pas vrai. »

Photo: Michel Caron Université de Sherbrooke

Au contraire, poursuit-il, « l’économie circulaire tente de rompre cette linéarité en créant des boucles qui servent à réinsérer les ressources dans notre système économique. » Il prend cet exemple très simple : « Il en va ainsi de la logique de réparer les biens qui sont périmés ou brisés, qu’il s’agisse d’un outil, d’une table ou d’un autre objet. Chaque fois qu’on le fait, on évite ainsi de les envoyer à l’enfouissement. »

Un chef pour un concert d’enjeux

Jean-François Comeau résume l’objectif de départ en ces termes : « Le but ultime à la base, c’est essentiellement de prendre un ensemble d’initiatives qui vont lutter contre la linéarité de notre économie. » Par la suite, cette façon de faire se transpose dans une région ou un territoire donné, d’où il est possible d’envisager des solutions prises globalement : « Il peut s’agir, par exemple, d’un ensemble de municipalités qui se regroupent ; à l’intérieur du territoire où elles prennent place, on va profiter d’une vision élargie pour appliquer une meilleure utilisation des ressources disponibles. »

Cependant, un problème se pose : il s’avère complexe dans un tel environnement de rassembler les gens dans une volonté commune d’un meilleur usage des ressources. À titre d’exemple, il pose cette question : « Qui, de nos jours, est en mesure d’envisager, sur un territoire donné, que les déchets d’une entreprise pourraient servir de matière première pour une autre entreprise ? » Il importe qu’une personne, face à ce concept, pousse plus loin la réflexion et repère les solutions à apporter dans le contexte de ce qu’il appelle « un écosystème régional où on applique l’économie circulaire qui s’inspire de la nature ; celle-ci ne crée pas de déchets ».

Il en ressort qu’on apprend à intervenir localement « comme si on développait quelque part un contexte d’autosuffisance d’une région par rapport à ses ressources ». Et pour en arriver là « pour revenir à nos objectifs de formation, il est nécessaire de disposer de gens bien formés qui vont comprendre que, à l’intérieur d’un projet donné de ce type-là dans une région, il y a des enjeux économiques, politiques, environnementaux, voire même sociaux ». Il en va de même pour convaincre les personnes vivant dans ces milieux de la vision et de la démarche à appliquer, et pour obtenir leur adhésion à une telle initiative.

Le programme

Le Centre, dont il est le directeur adjoint, a par conséquent élaboré une formation qui correspond à l’acquisition des connaissances relatives à l’économie circulaire : « Nos étudiants vont graviter dans cette discipline durant leur cheminement à la maîtrise en environnement ; ils vont pouvoir se spécialiser sur les enjeux de ce type d’économie et ils vont avoir l’occasion, à l’intérieur d’un cours précis, de travailler sur des projets. »

Qui plus est, ils auront l’occasion de mettre la main à la pâte en raison du fait que l’Université de Sherbrooke travaille en étroite collaboration avec des partenaires du milieu qui lui fournissent des projets ; il leur revient de les mettre en application. Le programme est bâti et les étudiants pourront s’y frotter en septembre prochain aussi bien au campus de Sherbrooke qu’à celui de Longueuil.