La Géorgie mise sur les énergies renouvelables

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
La Géorgie souhaite développer ses propres ressources énergétiques locales, comme l’énergie solaire et la biomasse, en plus de réduire l’énergie totale que l’État consomme pour une variété d’activités.
Photo: Scott Olson / Getty Images / Agence France-Presse La Géorgie souhaite développer ses propres ressources énergétiques locales, comme l’énergie solaire et la biomasse, en plus de réduire l’énergie totale que l’État consomme pour une variété d’activités.

Ce texte fait partie du cahier spécial Jour de la Terre

Depuis l’élection de Donald Trump en novembre dernier, les États-Unis semblent mettre le cap vers une exploitation accrue des énergies fossiles, notamment du charbon. Tous les États ? Non. La Géorgie, par exemple, travaille à accélérer le développement des technologies dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique pour des raisons… essentiellement économiques.

Vingt-six milliards de dollars américains. C’est la somme totale qui a été déboursée durant l’année 2014-2015 pour importer du pétrole, du gaz naturel et du charbon dans l’État de la Géorgie, qui ne produit aucune de ces énergies fossiles à l’intérieur de ses frontières. Ce montant dépasse le budget du gouvernement géorgien, qui avoisine pour sa part les 24 milliards.

« Nous regardons comment les technologies énergétiques peuvent améliorer non seulement notre environnement, mais aussi notre économie », a indiqué Steve Justice, directeur général des Centres d’innovation du département de Développement économique de la Géorgie, lors d’une présentation à l’École de technologie supérieure (ETS) le 10 avril dernier. M. Justice prenait la parole dans le cadre d’une journée de conférences sur les enjeux de la recherche en matière d’énergie verte, durable et renouvelable, organisée par le Fonds de recherche du Québec — Nature et technologie (FRQNT).

« Ce sont 26 milliards qui peuvent être utilisés à de meilleures fins dans l’État de Géorgie, a précisé par la suite M. Justice en entrevue avec Le Devoir. Nous voulons développer nos propres ressources énergétiques locales, comme l’énergie solaire et la biomasse […] De plus, nous voulons réduire l’énergie totale que nous consommons pour une variété d’activités. »

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Six Centres d’innovation ont été créés en 2003 pour autant de secteurs d’activité jugés clés dans cet État du sud-est des États-Unis. L’un d’eux est justement consacré aux technologies énergétiques. Il a pour mission de mailler les entreprises, les organismes non gouvernementaux, les investisseurs, le gouvernement et les universités pour stimuler le développement de technologies dans le domaine des énergies durables. Des fonds d’investissement, dans lequel l’État contribue pour lever de l’investissement privé, injectent de l’argent dans la recherche effectuée dans une dizaine d’établissements d’enseignement supérieur, dont le Georgia Institute of Technology (Georgia Tech), ainsi que dans la création de jeunes entreprises technologiques dans le secteur de l’énergie et de l’ingénierie environnementale.

Le but : encourager les percées et les innovations pour réduire la dépendance de l’État aux énergies fossiles. M. Justice donne l’exemple de Delta Airlines, où il a travaillé durant deux ans au tournant du millénaire, dont le siège social et l’aéroport d’opération se trouvent à Atlanta. « Delta Airlines utilise à elle seule 1,6 milliard de gallons [6 milliards de litres] de carburant chaque année. C’est beaucoup d’argent que Delta dépense à l’extérieur de notre État. En Géorgie, nous avons beaucoup de biomasses à moins de cent milles [200 km] de l’aéroport », a-t-il souligné. Il souhaite ainsi qu’un biocarburant produit en Géorgie puisse un jour combler les besoins de la compagnie aérienne. « Nous avons besoin d’innovations et de technologies pour rattraper cet écart. Nous ne sommes pas encore là, mais dans la prochaine décennie, j’espère que nous y arriverons. »

Économie circulaire à l’échelle d’un État

Parmi les secteurs actuellement en croissance en Géorgie, M. Justice a souligné celui de l’énergie solaire. Il affirme que ce secteur a créé, à lui seul, 3000 nouveaux emplois dans l’État durant la dernière année. Le secteur des technologies propres en Géorgie regroupe dans son ensemble près de 800 entreprises, qui représentent 19 000 emplois et 3 milliards de dollars de revenus. Des projets d’infrastructures de recharge de véhicule électrique et de réseaux intelligents sont notamment en cours dans cet État, sans compter les démarches de l’entreprise géorgienne Blue Bird pour concevoir des autobus scolaires électriques.

De plus, la Géorgie cherche à mettre en pratique le principe de l’économie circulaire. Les Centres d’innovation travaillent actuellement avec la division de la protection de l’environnement de la Géorgie pour concevoir une base de données des flux de déchets dans l’ensemble de l’État. « Nous avons vu certains le faire au cas par cas pour des endroits. Nous avons pensé que nous devions le faire à l’échelle de l’État », a observé M. Justice. L’objectif : faciliter les maillages entre les entreprises qui doivent payer pour enfouir ou se débarrasser de déchets générés par leurs activités et celles pour qui ces rebuts représenteraient une ressource moins coûteuse que celle qu’elles importent actuellement pour réaliser leur production ou leurs activités. « Cela aide les deux entreprises, en plus d’améliorer l’environnement et l’économie de l’État dans son ensemble. »

Une source de création d’emplois

En Europe aussi, tabler sur les énergies durables semble bénéfique à l’économie de certaines régions. Sebastian Goers, chercheur à l’Institut de l’énergie de l’Université Johannes Kepler de Liz, en Autriche, a évalué que le secteur des énergies renouvelables et des technologies environnementales avait entraîné la création de 45 000 emplois en Haute-Autriche, une région dont la population totale tourne autour de 1,4 million d’habitants.

Depuis le milieu des années 1990, cet État d’Autriche a mis en oeuvre différentes stratégies pour développer l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et les technologies énergétiques innovatrices sur son territoire. Selon le chercheur, l’investissement réalisé dans ce secteur a créé une réaction en chaîne en stimulant une croissance économique, une hausse du nombre d’emplois, une augmentation des sommes prêtées puis un accroissement de la consommation. « Ce qui est bien avec les énergies renouvelables, c’est que vous pouvez faire quelque chose de bien pour le climat et, d’un autre côté, vous générez une croissance économique et une création d’emploi qui sont importantes aux yeux des politiciens », a exprimé M. Goers en entrevue avec Le Devoir.

Selon les chiffres que le chercheur a présentés lors de l’événement organisé par le FQRNT à l’ETS, 30 000 mètres carrés de murs solaires thermiques et 2000 systèmes de chauffage à la biomasse ont notamment été installés en 2015 dans cette région autrichienne. Du point de vue de M. Goers, la Haute-Autriche a ainsi acquis des compétences dans les domaines de l’ingénierie énergétique et environnementale, qui peuvent désormais servir comme une base et une valeur ajoutée de son économie.