Hydro-Québec pourrait compenser le milieu naturel perdu dans la construction d'une ligne en Estrie

Pour le moment, le projet d’une ligne dite aérienne, avec ses pylônes, demeure l’option envisagée par Hydro-Québec.
Photo: Renaud Philippe Archives Le Devoir Pour le moment, le projet d’une ligne dite aérienne, avec ses pylônes, demeure l’option envisagée par Hydro-Québec.

Hydro-Québec entend privilégier l’idée de compenser le milieu naturel touché par son projet de ligne d’exportation vers le New Hampshire. C’est du moins ce qu’a laissé entendre mardi le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand.

Selon lui, l’enfouissement de la ligne réclamé par les écologistes aurait des impacts sur la forêt Hereford.

Interpellé par le Parti québécois au cours de la période des questions de l’Assemblée nationale, le ministre a dit qu’Hydro-Québec souhaiterait « contribuer financièrement » à l’agrandissement de la forêt Hereford.

Son attachée de presse, Véronique Normandin, a par la suite confirmé au Devoir que le ministre Arcand faisait référence à une éventuelle « compensation ».

Une telle option signifierait que la société d’État contribuerait à l’achat de terrains qui seraient par la suite protégés, et ce, dans le but de compenser la perte provoquée par le passage de la future ligne destinée à exporter de l’électricité vers les États-Unis.

Impacts visuels

Cette ligne doit traverser en plein coeur la forêt Hereford, un massif forestier pourtant dûment protégé. Ce secteur est situé au sud-est de Sherbrooke, en Estrie, tout près de la frontière américaine. Il couvre une superficie de 53 km2, y compris le mont Hereford. Il a été légué par son ancien propriétaire dans le but d’en préserver la richesse écologique « pour les générations futures ».

Pour le moment, le projet d’une ligne dite aérienne, avec ses pylônes, demeure l’option envisagée par Hydro-Québec. La société d’État a d’abord écarté l’idée d’enfouir la ligne en soulignant le coût d’une telle opération, mais aussi ses difficultés techniques. Le coût de l’enfouissement a été évalué à 70 millions de dollars, pour un projet totalisant des investissements de 2,7 milliards.

Le ministre Arcand a par ailleurs soutenu mardi que l’enfouissement « aurait des impacts visuels » et « ne permettrait pas nécessairement d’éviter le déboisement de la forêt ».


Scénarios à l’étude

Hydro-Québec répond toutefois que l’idée d’enfouir la ligne est sur la table.

« Nous nous sommes engagés à présenter une étude d’enfouissement à nos partenaires du milieu. L’option de l’enfouissement n’est donc pas définitivement écartée », a indiqué mardi son porte-parole, Serge Abergel.

Est-ce que le scénario de la « compensation » est à l’étude, comme le dit le ministre Arcand ?

« Tous les scénarios envisageables sont à l’étude afin de tenir compte de la situation de la forêt Hereford qui fait l’objet d’une servitude de conservation forestière, incluant le scénario de compensation », a répondu M. Abergel.

Les groupes environnementaux réclament l’enfouissement de la ligne sur un peu plus de 15 kilomètres. Nature Québec fait valoir qu’en sol américain, dans le secteur protégé des montagnes Blanches, la ligne sera enfouie. Pour son directeur général, Christian Simard, l’idée de compenser par l’ajout de terrains privés rachetés par Hydro-Québec créerait surtout un « dangereux précédent » pour la protection des « dons écologiques » comme celui de la forêt Hereford.

3 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 12 avril 2017 04 h 29

    La précision et la fierté s'imposent.

    L'on écrit souvent que tout est dans les détails! Et bien, le ministre Arcand s'en fait avare lorsqu'il soutient, selon cet article, que l’enfouissement « aurait des impacts visuels » et « ne permettrait pas nécessairement d’éviter le déboisement de la forêt ». Que veut-il exactement dire? Déboiser où, comment et combien? Même questions pour le reboisement et la protection de la biodiversité: les faciliterait-on ainsi? La gravité des enjeux d'acceptation sociale, de protection environnementale et de viabilité du projet d'Hydro-Québec invitent à plus profondeur dans des propos ministériels. Pourquoi notre société d'État ne ferait-elle pas mieux ici que les Américains font chez eux? Nous en serions alors plus fiers.

  • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 12 avril 2017 10 h 33

    Compensation : Prise 2

    Au début du deuxième millénaire, quand il était question de privatiser une partie du territoire du Parc National du Mont-Orford (PNMO), certains «agents» du gouvernement québécois d'alors - celui de Jean Charest- sont venus proposer aux opposants de procéder à une forme similaire de compensation territoriale en échange d'un appui à la privatisation.

    Le groupe de protection dont je faisais alors partie a rejeté ce stratagème.

    Quelques années plus tard, ces «territoires de compensation» constituent l'équivalent de l'agrandissement du PNMO vers le nord, même si le projet de privatisation est mort à cause du soulèvement quasi unanime de la population.

    Donc, soyons ferme dans le refus d'une ligne aérienne et invitons la richissime Hydro-Québec et son acolyte le Ministère de M. Arcand à donner ces terrains «nananes» pour agrandir cette aire protégée. Disons leur que nous ne sommes pas à vendre.

  • Jean Antonelli - Abonné 14 avril 2017 08 h 39

    Pauvre Québec!

    60 millions sur 2,7 milliards, soit ,22%: 1/4 de 1% ! Oui, vous avez bien lu:1/4 de 1%. Pour un projet dont la durée de vie peut facilement s'étaler sur plus de 60 ans, ce qui revient à un maigre million par année. Curieux tout de même, que l'on soit aussi avare quand vient le temps de protéger « l'environnement ». Sommes-nous, collectivement si pauvres que nous ne puissions nous permettre de conserver intacte une nature que nous avons déjà tellement malmenée, pour ne pas dire « massacrée »? Je pense qu'il s'agit beaucoup plus d'une pauvreté de l'esprit que matérielle. Car enfin, ce gouvernement n'a-t-il pas investi 1,7 milliards de dollars canadiens dans le gouffre sans fonds de Bombardier alors qu'il avance comme argument « massue » qu'il en coûterait 60 millions pour enfouir cette portion de ligne! Comment se fait-il que le New Hampshire enfouira la portion critique de cette ligne? Parce qu'il est plus riche? Non! Parce qu'il est moins pauvre intellectuellement et culturellement que le Québec. De quelles richesses naturelles ce Pierre Arcand est-il le ministre? Au fait, une question que je me pose depuis des lustres, et à laquelle je n'ai pas encore trouvé de réponse : comment ces gens sans convictions inébranlables pour lesquelles ils seraient prêts à monter au créneau, alors qu'ils mènent des batailles argumentaires d'une navrante pauvreté avec la conviction des croisés, font-ils pour se raser, le matin? Car enfin, ce geste répétitif et machinal requiert tout de même de se regarder dans le miroir!