Québec a les moyens d’indemniser Pétrolia, affirme Carlos Leitão

Québec a promis de mettre fin à tous les projets de recherche d’énergies fossiles et de protéger intégralement l’île d’ici 2020. Il pourrait pour cela devoir négocier avec Junex.
Photo: Source Pierre Lahoud Québec a promis de mettre fin à tous les projets de recherche d’énergies fossiles et de protéger intégralement l’île d’ici 2020. Il pourrait pour cela devoir négocier avec Junex.

Le gouvernement dispose de la marge de manoeuvre budgétaire nécessaire pour offrir une compensation à Pétrolia et Corridor Resources, a soutenu jeudi le ministre des Finances, Carlos Leitão. Selon ce qu’a révélé Le Devoir, les partenaires de Québec dans le projet pétrolier sur Anticosti entendent réclamer 200 millions pour la rupture du contrat.

« Nous avons les marges nécessaires pour renégocier ce contrat, qui était par ailleurs un très mauvais contrat », a fait valoir jeudi matin le ministre Leitão. Selon ce qu’il a précisé, le plus récent budget du gouvernement Couillard permettrait d’utiliser des fonds publics pour indemniser les pétrolières Pétrolia et Corridor Resources, notamment à même les provisions pour éventualités. « Nous sommes très à l’aise », a-t-il assuré.

Est-ce que le gouvernement pourrait accéder aux demandes de départ des deux entreprises, qui s’élèveraient à plus de 200 millions de dollars ? « Nous avons des marges importantes qui nous permettront de faire face à de telles éventualités », s’est contenté de répondre M. Leitão.

Porte de sortie

L’important, selon lui, est de négocier « une porte de sortie » pour l’État québécois, engagé depuis 2014 dans « un contrat très mal ficelé » signé par le gouvernement péquiste de Pauline Marois.

Québec avait alors accepté — après avoir négocié avec l’ancien premier ministre Lucien Bouchard, négociateur de Pétrolia — d’accorder une valeur de 200 millions de dollars aux 38 permis cédés par Pétrolia et Corridor Resources à la Société en commandite Hydrocarbures Anticosti. Le gouvernement s’était également engagé à injecter 56,7 millions de dollars dans un programme de recherche de pétrole et de gaz de schiste sur l’île.

Selon les détails du contrat, qui n’a jamais été rendu public, le gouvernement péquiste a aussi accordé un peu plus de 13 millions à Corridor afin d’acquérir une plus grande participation dans Hydrocarbures Anticosti.

Or, ce projet ne passe tout simplement pas chez les Québécois, selon Carlos Leitão. « Nous constatons qu’il y a zéro acceptabilité sociale pour un tel projet. C’est donc dans l’intérêt public de négocier une entente équitable pour les deux parties », a-t-il expliqué jeudi.

Potentiel hypothétique

Le potentiel pétrolier du sous-sol d’Anticosti n’a jamais été démontré, malgré des décennies de travaux d’exploration. Le gouvernement Couillard a par ailleurs offert son appui à la candidature de la municipalité de L’Île-d’Anticosti, qui souhaite que la plus grande île du Québec soit inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Québec a aussi promis de mettre fin à tous les projets de recherche d’énergies fossiles et de protéger intégralement l’île d’ici 2020. Il pourrait pour cela devoir négocier avec Junex, qui détient cinq permis d’exploration sur Anticosti. Interpellée par Le Devoir, l’entreprise n’a pas voulu commenter le dossier jeudi.

Martine Ouellet, qui était ministre des Ressources naturelles au moment de la signature du contrat avec Pétrolia et Corridor, a pour sa part rejeté l’idée d’indemniser les deux entreprises jeudi. « Ce n’est pas au gouvernement et aux contribuables de payer des compensations pour l’île d’Anticosti », a-t-elle dit, jugeant que ce projet serait « non rentable ».

La députée solidaire Manon Massé a exigé la divulgation de l’entente, en plus de rejeter elle aussi l’idée de verser des millions de dollars de « fonds publics » à Pétrolia. L’entreprise bénéficie déjà de l’appui du gouvernement, qui est son « premier actionnaire ». Ressources Québec a notamment versé 12,3 millions pour le projet d’exploration gazière Bourque, en Gaspésie.

19 commentaires
  • Danielle Houle - Inscrite 6 avril 2017 13 h 04

    Favoritisme et magouilles gouvernementales!

    Ce gouverne-ment a les moyens pour qui il décide d'avoir les moyens et tant pis pour les autres. Tous pour les médecins et pétrolia de ce monde.

    En tant que citoyenne et payeuse de taxes et d'impôt, je considère ne pas avoir les moyens de payer à pétrolia quoi que se soit. Ce gouvernement m'écoe...

  • Bernard McCann - Abonné 6 avril 2017 13 h 16

    Incroyable ce Leitao

    jouer avec un jeu complètement ouvert !!! 'nous sommes à l'aise' dit-il... veut-il donner 400 millions à ces profiteurs.... jamais il n'aurait dit pareil chose lors d'une négociation avec sa fonction publique... Cette afirmation est d'une insignifiance terrible pour quelqu'un à la tête du trésor public... Sont-ils devenus amis par hasard ?

  • Yves Archambault - Inscrit 6 avril 2017 14 h 01

    libéral?

    cela me fais diablement penser à l'affaire Tapie/Lagarde en France...Laitao/Pétrolia même combat celui du gaspillage de fonds publics?

  • André Boisvert - Abonné 6 avril 2017 14 h 26

    200 millions pour acheter la paix...

    Il restera encore 1,2 milliard de dollars que nous avons payé en trop à Hydro-Québec pour compenser pour d'autres ruptures de contrat!!!

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 6 avril 2017 15 h 27

    Corrompus à l'os

    Rappel historique

    Au début de 2008, Hydro-Québec cédait ses droits d’exploration à Anticosti à l’entreprise Pétrolia en vertu d’une entente secrète.

    Les travaux d’exploration de Pétrolia commencèrent à l’été de 2010.

    Quelques mois plus tard, le président de cette compagnie déclarait fièrement que le sous-sol d’Anticosti possédait le potentiel pétrolier terrestre le plus élevé au Québec.

    Cette déclaration a donné naissance à la rumeur selon laquelle le gouvernement de Jean Charest avait vendu la poule aux œufs d’or pour une bouchée de pain à des pétrolières amies.

    Pour en avoir le cœur net, le gouvernement péquiste de Mme Marois s’est engagé à investir 56,7 millions de dollars (sur les 115 milions$ originellement prévus) dans le capital-action de la pétrolière à la condition que cet argent serve exclusivement à la recherche d’énergie fossile (et non à payer des augmentations de salaire à ses dirigeants).

    Cet investissement spéculatif donnait l’assurance que _si_ Anticosti était riche en hydrocarbures, le peuple du Québec aurait obtenu une part appréciable des profits d’une éventuelle exploitation.

    Or il s’avère que même à 100$ du baril, l’exploitation du pétrole de schiste d’Anticosti n’est pas rentable.

    Depuis ce temps, Pétrolia cherche à se sortir du pétrin.

    De toute évidence, le gouvernement Couillard est complice de la compagnie et manipule l'opinion publique à ce sujet.

    Après s’être volontairement exposés à des poursuites pour rupture de contrat, voilà que les Libéraux pourraient débourser jusqu’à 200 millions pour racheter ce qui ne vaut rien et clore un dossier qui n’aurait jamais été ouvert si Charest n’avait pas obligé Hydro-Québec à vendre des droits sur l’ile.

    En refusant catégoriquement de payer un cent à Pétrolia, l'État éviterait une appéciation spéculative de la valeur de l'action de cette compagne et pourrait même acheter ce canard boiteux pour beaucoup moins que 200 millions$ s'il le voulait.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 7 avril 2017 13 h 32

      Ce matin, la valeur capitalisée de Pétrolia est de 16,5 millions$.

      Donc, si on comprend bien, le bon ministre Leitão, après nous avoir saignés à blanc depuis trois ans, après avoir fait chuter le revenu par personne des Québécois au dernier rang des provinces canadiennes, pourrait accepter un règlement à l’amiable atteignant 200 millions$ pour une compagnie qu’il pourrait très bien acheter pour seulement 16,5 millions$.

      Évidemment, la compagnie ne vaut pas grand-chose. Mais 200 millions$, c’est 200 millions$.

      Pourquoi ne pas la laisser moisir dans son jus ? Cela ne nous couterait rien.