ONE: aucun conflit d’intérêts, soutient la coprésidente du comité fédéral

Des opposants aux projets de pipelines ont manifesté mardi devant l’hôtel où se tenaient les audiences du comité chargé de faire des recommandations au gouvernement Trudeau sur la modernisation de l’ONE.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Des opposants aux projets de pipelines ont manifesté mardi devant l’hôtel où se tenaient les audiences du comité chargé de faire des recommandations au gouvernement Trudeau sur la modernisation de l’ONE.

La coprésidente du comité mis sur pied pour recommander des moyens de moderniser l’Office national de l’énergie, Hélène Lauzon, l’a dit sans détour en entrevue au Devoir : elle ne voit aucun problème à ce que trois des cinq membres de ce comité aient oeuvré au sein d’organisations liées directement à des entreprises du secteur des pipelines.

Le comité mis sur pied par le gouvernement Trudeau entamait mardi à Montréal la dernière étape des consultations publiques pancanadiennes sur la structure, le rôle et le mandat de l’Office national de l’énergie, l’organisme fédéral qui réglemente des actifs énergétiques de plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Comme cela a été le cas dans d’autres villes du pays, des participants ont dénoncé l’apparence de conflit d’intérêts concernant trois membres du comité. Son coprésident, Gary Merasty, est directeur de la Canada West Foundation, une organisation qui fait la promotion de l’exploitation pétrolière et gazière, mais aussi de la construction de pipelines.

Une autre membre, Brenda Kenny, a été, de 2008 à 2016, présidente et chef de la direction de l’Association canadienne des pipelines d’énergie. Quant à Hélène Lauzon, elle est présidente du Conseil patronal de l’environnement du Québec (CPEQ), qui compterait parmi ses membres plusieurs entreprises du secteur des énergies fossiles, dont TransCanada et Enbridge.

Aucun problème

Mme Lauzon ne voit toutefois pas de problème à ce qu’elle et ses collègues aient été ou soient encore aujourd’hui liés à une industrie dont plusieurs projets dépendent directement de la réglementation appliquée par l’Office national de l’énergie (ONE). « Nous sommes capables de faire la part des choses, a-t-elle fait valoir mardi, en entrevue. Je crois que les gens autour de la table doivent être capables de faire abstraction de leurs affiliations et de dire : “Qu’est-ce qui est le mieux à faire pour le bien-être des citoyens canadiens ?” »

« S’il y avait une enquête sur l’éthique journalistique, je suis certaine qu’il y aurait des journalistes qui devraient être sur ce panel, a aussi illustré Mme Lauzon. Et je suis certaine que ces journalistes seraient capables d’être impartiaux. On est capable, à un certain moment, de prendre du recul par rapport à ce qu’on a déjà vu dans des situations et se dire : “OK, il y a une demande et il faut rétablir la confiance dans cette institution démocratique.” »

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La coprésidente du comité sur la modernisation de l’Office national de l’énergie, Hélène Lauzon

Qu’en est-il de Gary Merasty, directeur de la Canada West Foundation ? Cette organisation a pris position en faveur de l’ONE l’an dernier, au moment où l’organisme était sous le feu de la critique à la suite des rencontres secrètes organisées avec l’ancien premier ministre Jean Charest alors qu’il était consultant pour TransCanada ? « Je ne peux pas parler pour lui, a-t-elle simplement dit. Je ne sais pas si Gary [Merasty] appuyait ce que son organisation faisait. Nous n’en avons jamais parlé. » Dans le même ordre d’idées, elle dit qu’elle ne sait « pas toujours » qui est membre du CPEQ.

Selon Mme Lauzon, le comité est bien conscient du devoir de rigueur qui lui incombe. « Depuis le début, chaque fois qu’on organise quelque chose, je m’assure toujours que personne de l’industrie ne peut communiquer avec les membres. Et les membres autour de la table savent qu’ils n’ont pas le droit de communiquer [avec l’industrie]. »

« Je peux vous rassurer, a-t-elle ajouté. Ça a fait partie de nos discussions dès le départ. Il faut que ce soit complètement opaque et que personne n’ait le droit d’entrer en contact avec nous pendant tout le mandat. »

Inquiétudes

Le comité, qui doit remettre son rapport au gouvernement fédéral d’ici le 15 mai, a par ailleurs pris note d’éléments qui ont été soulignés à plusieurs reprises depuis le début des audiences publiques. Selon Mme Lauzon, les citoyens canadiens souhaitent que la réforme de l’ONE débouche sur un processus « plus inclusif » et une meilleure diffusion de l’information. « Partout, les gens sont inquiets. Ils n’ont pas d’information sur les pipelines existants, notamment sur ce qui circule dans les pipelines et où ils passent. Ils voudraient avoir accès plus facilement aux informations. »

Dans le cadre des audiences à Montréal, le Centre québécois du droit de l’environnement a aussi soutenu que l’évaluation environnementale des projets de pipelines ne devrait plus être confiée à l’ONE, mais bien à l’Agence canadienne d’évaluation environnementale.

Une suggestion reprise par des groupes environnementaux comme Greenpeace, qui ont également réaffirmé leur souhait que le processus de l’ONE soit réformé avant que débute l’évaluation du pipeline Énergie Est. Pour le moment, le projet de TransCanada doit être étudié en vertu des règles actuellement en vigueur, et ce, même si le fédéral estime qu’il est nécessaire de les moderniser.

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