Accès aux données sur les eaux usées: Québec fait volte-face

Les données sur la performance des usines d’épuration permettent, sur une base mensuelle, de vérifier la qualité des eaux rejetées par les usines d’épuration.
Photo: iStock Les données sur la performance des usines d’épuration permettent, sur une base mensuelle, de vérifier la qualité des eaux rejetées par les usines d’épuration.

Virage à 180 degrés à Québec. Après avoir décidé de restreindre l’accès aux données des systèmes d’assainissement des eaux usées des municipalités, le ministre de l’Environnement David Heurtel a fait volte-face mercredi. Il a promis qu’il n’y aurait « aucun recul » à l’égard de la diffusion de ces informations, qui permettent de surveiller la performance des 811 stations d’épuration de la province.

Le Devoir révélait mercredi matin que le gouvernement a choisi de restreindre l’accès aux données fournies par les municipalités dans le cadre du programme de suivi des systèmes d’assainissement des eaux usées. Cette mesure, qui rompt avec la pratique en vigueur depuis des années, signifie que plusieurs organismes ne pourront plus consulter les informations permettant de vérifier la conformité des stations d’épuration aux normes de rejets et de débordements.

À la suite de ces révélations, le gouvernement du Québec a toutefois rapidement changé de cap mercredi en promettant de maintenir l’accès à ces données environnementales. « Il n’y aura pas de recul à l’égard de l’accès à l’information », a confirmé au Devoir l’attachée de presse du ministre Heurtel, Émilie Simard, dans une brève réponse transmise par courriel.

Décision saluée

Interpellé à l’Assemblée nationale par le Parti québécois lors la période des questions, le ministre Heurtel a aussi promis de rencontrer les organismes de bassins versants, qui utilisent couramment les données sur la qualité de l’eau compilées sur une base mensuelle par les municipalités. Il a également dit que ces organismes auront accès à l’information « dont ils ont besoin pour faire leur travail », avant de souligner que celui-ci « est essentiel pour la gestion de nos cours d’eau ».

La directrice du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec (ROBVQ), Marie-Claude Leclerc, a salué mercredi la décision du ministre Heurtel. Il faut savoir que cet organisme réclamait depuis des mois que le gouvernement maintienne l’accès aux données des usines d’épuration. Le ROBVQ, pourtant reconnu par le ministère comme « l’interlocuteur privilégié pour la mise en place de la gestion intégrée de l’eau par bassin versant au Québec », n’avait jamais eu de réponses à ses demandes avant mercredi.

Les données sur la performance des usines d’épuration permettent, sur une base mensuelle, de vérifier la qualité des eaux rejetées par les usines d’épuration, puisque les exploitants sont tenus d’y consigner la présence de rejets de polluants : coliformes fécaux, phosphore, matières en suspension, eaux usées non traitées en raison de surverses, etc.

Or, avec le passage définitif au nouveau système géré par le ministère de l’Environnement, le 1er avril, seuls les « exploitants municipaux » des usines d’épuration devaient avoir accès aux informations mensuelles. En plus des organismes de bassins versants, des groupes comme la Fondation Rivières devaient se voir priver d’un accès aux données.

16 commentaires
  • André Tremblay - Abonné 22 mars 2017 16 h 51

    Improvisation...

    Heurtel passe d'une improvisation à une autre à l'environnement. Ce n'est pas surprenant . Depuis qu'il est là, il ne cesse de donner des preuves de son incompétence. Rien de surprenant puisqu'il a été choisi et soutenu par Couillard.

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 22 mars 2017 18 h 35

      On dirait que ce ministre ne sait pas ce qu'il fait avant qu'on l'en avise...

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 23 mars 2017 06 h 54

      Une chance que le devoir est là pour dénoncer les tendances opacites des ministres incompétents de la cuvée 2014.

  • François Laforest - Abonné 22 mars 2017 18 h 08

    La grande vadrouille au PLQ

    Issu de son comté de St-Michel déjà gagné d'avance au PLQ, ce type est la quintessence même de l'opportunisme et de l'improvisation. Ce genre de député peut être une nuissance publique. Heureusement qu'il fait marche arrière ici!

  • André Champagne - Abonné 22 mars 2017 20 h 33

    Gouvernement "versant" de son bassin.

    Par chance, nos dirigeants penchent vers la solution acceptable. C'est tout un gouvernement qui indique ses volontés, les tests et si la réponse est mauvaise se rétraque!

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 23 mars 2017 08 h 51

      se rétracte...peut-être...mais semble plutôt détraqué dans son ensemble.

  • Marc Durand - Abonné 23 mars 2017 08 h 21

    Recul maintenu dans le cas des forages

    Tant mieux si l'accès aux données sur les eaux usées redevient possible. Je tiens cependant à rappeler qu'il est maintenant impossible d'avoir accès aux rapports des forages réalisés pour l'exploration pétrolière et gazière au Québec. Tous les rapports de forages devenaient publics avant 2014 dans la banque SIGPEG du gouvernement après une période de confidentialité de trois ans accordée aux compagnies. Or le gouvernement a introduit l'appellation "sondage stratigraphique" pour décrire les nouveaux forages d'exploration (ceux fait à Anticosti notamment en 2014 et 2015). Il n'y a donc pas de publication des rapports de ces forages récents. Leur appellation nouvelle enlève l'obligation de dépôt de rapport. Une astuce bien commode pour soustraire à l'examen indépendant toute l'information obtenue par ces forages récents.

    • Daniel Bérubé - Abonné 23 mars 2017 13 h 31

      Tout porte à croire que ce gouvernement met en place souvent des choses "impensables", pour avoir par la suite la possibilité de faire un peu de marche arrivère, qui fait taire bien des voix, mais ainsi faire avaler plus facilement à la population les changements désirés.

      Que l'on ne pense qu'à la loi baillon de l'automne dernier où tout pouvoir fut laissé aux pétrolières de venir explorer, voir exploiter des secteurs, avec le pouvoir même d'exproprier si une entente est considéré trop difficile avec le propriétaire ! Première au QUébec, qu,une entreprise puisse exproprier sans même avoir à obtenir du gouvernement des autorisations en ce sens !

      De fortes chances que la population se manifeste à l'arrivé des "pétrolières" de l'Alberta... alors le gouvernement entrera en "négociation" et... enlèvera le droit aux pétrolières de vous exproprier ! Wow ! Quel bon gouvernement ! Alors venez faire de la fragmentation, pas problème: nous manquerons sans doute d'eau potable dans 40-50 ou 60 ans car les nappes phréatiques seront contaminées, mais... pas problème, vous ne serez plus exproprié, tout le monde est content, même Mr. Couillard.

      L'économie à court terme tient à détruire l'économie à long terme, tout ceci pourtant gérer par des cerveaux (sans doute délavées)... ont semble prêt à faire disparaître les peuples pour sauver les "économies" !

    • Jean-Yves Arès - Abonné 23 mars 2017 14 h 03

      En rapport avec cette base de données, sa découverte par l'excellent chroniqueur scientifique Jean François Cliche du Soleil.

      www.goo.gl/rUWGyY

      Comme on peut le constater il y a des variantes dans l’appréciation qu’on peut faire des données qu’on y trouve.

    • Marc Durand - Abonné 23 mars 2017 14 h 17

      à J-Y Arès: le lien que vous donnez date de 2010 ! Il réfère à la base de données SIGPEG, qui est assez ancienne pour être bien connue de tout ceux sui suivent ces dossiers de près. C'est justement dans cette base de données qu'on constate que les rapports de forages qui étaient disponibles avant 2014, ne le sont plus depuis l'astuce du gouvernement qui a introduit le changement d'apellation 'sondage stratigraphique, au lieu de 'forage'. Les rapports de forage sont disponibles; les rapports de 'sondages stratigraphique' (forages Anticosti notamment) eux ne sont plus du tout accessibles. Je ne crois pas qu'on puisse dire que c'est un journaliste qui a "découvert" SIGPEG.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 24 mars 2017 10 h 27

      @ MD 8:21 et 14:17 Merci M. Durand de nous éclairer ...c'est ainsi que devrait se faire le bon journalisme d'enquête...Finalement c'était " La paille qui cachait la poutre" . Je m'explique: la paille c'est le supposé "avance-recule" des eaux usées et la poutre, c'est le jeu de passe-passe effectué par le gouvernement Couillard dans l'appellation ou changement de terme
      pour "rapports de forages" devenus " sondages stratigraphiques"...Une entourloupette de plus par ce gouvernement et ses sbires.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 24 mars 2017 13 h 32

      Monsieur Durand, je ne voulais nullement signifier que m. Cliche avait ''découvert'' cette base de données, qui aurait été inconnue de tous. Simplement que cette base est peu connue, sinon par les gens du milieu, et que la chose était une ‘’découverte’’ pour lui-même.

      Et bien sûr vous avez totalement raison de vous plaindre s’il y a des données d’analyses de forages d’intérêt public qui sont rendus indisponibles par quelques méthodes que ce soit.

      Reste que ces données ont par le passé servies de façon abusive et bien impertinente pour fabriquer des épouvantails et ainsi induire des peurs au public. Mon commentaire est simplement pour rappeler qu’il y a des interprétations plus neutres et crédibles sur le sujet.

  • François Laforest - Abonné 24 mars 2017 08 h 08

    Précision ou autres omissions en rf. à SIGPEG

    La banque de données mentionnée par le journaliste J.-François Cliche (www.goo.gl/rUWGyY ) souffre de l'apport des produits ajoutés pour l'extraction du gaz emprisonné dans les schistes dont l'eau et les agents chimiques qu'elles contiennent en particulier pouvant contaminer les sous-sols longtemps après l'exploitation des sites. Également, dissoudre et mettre en circulation des métaux lourds indétectables pouvant contaminer l'eau potable et les milieux sensibles. Cette banque contient des informations intéressantes, mais prises hors contexte, constitue un apport digne d'une belle conversation de salons puisque les produits utilisés pour fin d'extraction ne sont pas pris en compte. Pour ce qui est de "l'excellent" journaliste, son travail est incomplet et manque de sources, de clarté( par exemple: qui financent et produisent ses données l'industrie, des Universités, etc.?).

    • Jean-Yves Arès - Abonné 24 mars 2017 13 h 39

      Le premier lien sur le blog de m. Cliche donne un lien sur un article complémentaire a son blog et publié en même temps. On y retrouve des commentaires de Normand Mousseau, physicien et co-président de la Commission sur les enjeux énergétique du Québec, ainsi que du chimiste de l'Université de Sherbrooke Patrick Ayotte.

      www.goo.gl/3LPZew

      Cet article traite aussi des additifs de fracturation. Et s’il n’est pas creusé en profondeur le journaliste y présente tout de même des entrevus sur le sujet avec deux scientifiques, ce qui est bien mieux qu’une simple conversation de salon.

      Pour vos interrogations sur la probité des analyses, sur le premier lien, m.Cliche spécifie qu’il a été interpelé sur le sujet, et écrit ceci :

      «Un militant écologiste m’a appelé aujourd’hui pour me dire que les systèmes de déclaration volontaire ne sont pas fiables, mais quand je vois une analyse provenant d’un labo universitaire, je me dis qu’il en faudra plus pour me faire croire à la probabilité d’une falsification.»

    • Marc Durand - Abonné 24 mars 2017 17 h 30

      à J-Y Arès: Les articles de journaux datant de 2010 que vous citez ne reflètent pas les opinions plus récentes que les mêmes personnes peuvent exprimer sept ans plus tard. Contactez N. Mousseau pour vous en convaincre.
      Je crois que les références que vous donnez qui disent avoir lu les rapports de forages de la base de données SIGPEG font une erreur fondamentale : ils confondent forage et fracturation. Les opérations de forages ne sont que la première étape d'un puits; surviennent ensuite les opérations de fracturation hydraulique. SIGPEG ne contient que des rapports de forage et aucun rapport des opérations de fracturation n’a jamais été mis dans SIGPEG, car les cies ne sont tout simplement pas obligées de déposer ces 2e rapports, seulement le rapport de forage. Les opérations de forage n’affectent qu’un volume limité de roc ; les opérations de fracturation affectent au contraire un volume considérable de roc. Il serait très rare de détecter des composés nocifs ou radioactifs dans les simples rejets des opérations de forage. C’est évidemment après les opérations de fracturation que ces éléments sont mobilisés. Certaines personnes ont donc conclu un peu vite en 2010 à … « Gaz de schiste: sous-sol «propre» dans les basses terres » comme le texte du journal LeSoleil que vous citez.