Québec verrouille l’accès aux données sur les eaux usées

Les données recueillies par les municipalités permettent à des organismes comme la Fondation Rivières de vérifier si, par exemple, les stations d’épuration respectent les exigences.
Photo: iStock Les données recueillies par les municipalités permettent à des organismes comme la Fondation Rivières de vérifier si, par exemple, les stations d’épuration respectent les exigences.

Le gouvernement Couillard a décidé de restreindre l’accès aux données fournies par les municipalités dans le cadre du programme de suivi des systèmes d’assainissement des eaux usées, a appris Le Devoir. Cette mesure, qui rompt avec la pratique en vigueur depuis des années, signifie que plusieurs organismes ne pourront plus consulter les informations permettant de vérifier la conformité des stations d’épuration aux normes de rejets et de débordements.

« On avait accès aux données sur la qualité de l’eau qui sortait des usines de traitement. Maintenant, en n’ayant plus accès à ces données, on vient de plonger dans le noir », résume la directrice du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec (ROBVQ), Marie-Claude Leclerc.

Dès le 1er avril, le gouvernement du Québec complétera la mise en place du Suivi des ouvrages municipaux d’assainissement des eaux usées (SOMAEU). Ce nouveau système, placé sous l’autorité du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC), remplacera celui qui était auparavant géré par le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire.

Cela signifie que les rapports mensuels produits par les municipalités pour rendre compte de la performance de leurs systèmes d’assainissements seront mis en ligne sur un site administré par le MDDELCC. Un changement logique, dans la mesure où il est question de données qui témoignent de la présence de rejets de polluants : coliformes fécaux, phosphore, matières en suspension, eaux usées non traitées en raison de surverses, etc.

Accès refusé

Le problème, c’est que plusieurs organismes qui avaient accès aux données de l’ancienne plateforme Web n’auront pas accès au nouveau site sécurisé du SOMAEU. C’est le cas de la Fondation Rivières. Son président, Alain Saladzius, en a pourtant fait la demande au MDDELCC. Le ministère lui a répondu que seuls les « exploitants municipaux » des stations d’épuration auront accès au système SOMAEU.

Dans une lettre transmise au Devoir et disponible sur nos plateformes numériques, la Fondation Rivières dénonce ce recul en matière d’accès à l’information. « Ces données permettaient de repérer, de comprendre et d’identifier les sources de pollution, de vérifier si la performance des stations d’épuration respecte les exigences, de comptabiliser et de localiser les fameux débordements d’eaux usées, d’identifier les problèmes d’opération, de connaître les polluants qui subsistent malgré le traitement des eaux, et tout cela pour chaque mois de l’année », y souligne son porte-parole, l’acteur Roy Dupuis.

Marie-Claude Leclerc a tenté d’obtenir des réponses de la part du MDDELCC et du cabinet du ministre David Heurtel à plusieurs reprises depuis que la transition du système d’un ministère à un autre est prévue. Ses premières démarches remontent au mois d’août 2015, souligne-t-elle. Mais à quelques jours de l’échéance, c’est toujours le silence radio. « Nous n’avons pas de développements sur le sujet. » La directrice générale du ROBVQ juge la situation d’autant plus « étonnante » que l’organisme est reconnu par le ministère comme « l’interlocuteur privilégié pour la mise en place de la gestion intégrée de l’eau par bassin versant au Québec ».

« Les organismes de bassins versants sont mandatés par le gouvernement pour faire de la gouvernance de l’eau, explique-t-elle. Donc, on mandate un groupe, mais on ne lui donne pas accès aux données nécessaires pour faire son travail. C’est quand même particulier. » Le Québec compte 40 organismes de bassins versants. Ceux-ci utilisent constamment les données du système de suivi des ouvrages d’assainissements. Le ROBVQ a d’ailleurs transmis au Devoir une longue liste d’exemples où ces données ont permis de constater des problèmes environnementaux ou des éléments problématiques à surveiller.

Demandes d’accès

Selon Mme Leclerc, le fait de ne plus avoir accès aux informations en continu compliquera grandement le travail des organismes de bassins versants. À titre d’exemple, celui qui est responsable de la rivière Saint-François compte pas moins de 50 municipalités sur le cours de cette rivière. « Ce comité devra faire 50 demandes pour avoir la même information qu’il peut obtenir actuellement en un clic sur un site Web, souligne-t-elle. Les municipalités vont recevoir des tonnes de demandes d’informations. »

Pour la Fondation Rivières, la nouvelle donne imposée par le gouvernement Couillard constitue « un obstacle administratif quasi infranchissable ». « Comme on fait des portraits pour chaque rivière, il faudrait faire une demande d’accès à l’information chaque mois, et à chaque municipalité, en plus d’assurer le suivi. Ce n’est pas viable. Nous ne ferons jamais cela », fait valoir Alain Saladzius.

Dans une réponse transmise en début de soirée, le MDDELCC confirme que l’accès au nouveau système SOMAEU est réservé aux exploitants municipaux des ouvrages d’assainissement des eaux usées. Le ministre promet toutefois que « les données colligées à partir du système SOMAEU seront publiques et accessibles à partir du site Web du MDDELCC lorsque ces dernières seront officielles, c’est-à-dire lorsque l’exploitant municipal aura transmis son rapport annuel au ministère ».

On ne précise toutefois pas quels seront les délais avant la publication de ces données, qui ne seront plus rendues publiques sur une base mensuelle. Qui plus est, au cours des dernières années, plusieurs « avis de non-conformité » ont été donnés par le MDDELCC en raison de retards dans la transmission des rapports annuels pour les ouvrages municipaux d’assainissement.

Par ailleurs, les données qui sont toujours disponibles à l’heure actuelle sur le Web pour les années antérieures seront supprimées en date du 1er avril. Le gouvernement invite les municipalités à sauvegarder les documents « pertinents ».

  
30 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 22 mars 2017 00 h 42

    Douce servitude comme tu me plais

    Serait-ce que nous n'avons pas les sous pour mettre a niveau nos usines d'épuration et que peut-être beaucoup de municipalités doivent s'en passer,voila ou nous mène notre servitude, ils peuvent bien nos parler de surplus budgétaire, quels hypocrites, mais les remplacer par qui et pour faire quoi, même nos terres, ne nous appatiennent plus, Charest les a toutes bradées

  • Denis Paquette - Abonné 22 mars 2017 00 h 42

    Douce servitude comme tu me plais

    Serait-ce que nous n'avons pas les sous pour mettre a niveau nos usines d'épuration et que peut-être beaucoup de municipalités doivent s'en passer,voila ou nous mène notre servitude, ils peuvent bien nos parler de surplus budgétaire, quels hypocrites, mais les remplacer par qui et pour faire quoi, même nos terres, ne nous appatiennent plus, Charest les a toutes bradées

  • André Champagne - Abonné 22 mars 2017 00 h 43

    La bureaucratie, moyen de dynamiter la circulation de l'information.

    Il m'apparaît évident que le gouvernement cherche à cacher le plus possible des informations sensibles qui pourraient montrer son incompétence.
    Les ministres ne se privent pas de vanter leurs gestes pour améliorer l'environnement, mais cachent à la population les moyens pour valider ces informations. Sortir les données avec un délai de 12 mois (minimum) est injustifiable.
    Il faut dénoncer ces comportements inacceptables.

  • Nadia Alexan - Abonnée 22 mars 2017 01 h 44

    Où est la transparence promise par ce gouvernement?

    Quand le gouvernement ne veut pas donner accès aux données sur un sujet sensible comme les systèmes d’assainissement des eaux usées, c'est qu'il veut cacher quelque chose de ses citoyens. L'eau potable n'est pas un luxe, mais une nécessité à la vie. Il faudrait que le gouvernement ouvre ces données pour qu'on puisse savoir l'état de notre eau potable. Où est la transparence promise par ce gouvernement?

    • Marie-Claude Delisle - Inscrite 22 mars 2017 09 h 33

      Je pense qu'on peut maintenant parler de censure. Carrément. Si vous saviez comme ces infos nous étaient précieuses pour sauvergarder, protéger, réparer la Yamaska et ses affluents. Et l'OBV Yamaska qui est nommé par la Ville pour nous apporter son support ! Le voilà amputé ! Difficile de ne pas le prendre comme un affront personnel. Quand je pense que tous nos appels au MDDLCC ne sont jamais retournés ! Mais faut-y être autoritaires, déconnectés, inciviles, je ne trouve plus les mots pour exprimer ma colère. Et nous, qui travaillons comme des dingues sur cette question de l'eau en tant que bien commun, on est sans doute moins à plaindre que ceux qui subissent de plus en plus ces bâillons de tous types et qui se retrouvent muselés, impuissants, résignés. Mais c'est ça qu'ils veulent au gvt, gérer une gang de moutons comme durant la Grande Noirceur.

  • Yves Côté - Abonné 22 mars 2017 03 h 57

    Quand on a quelque chose à cacher...

    Quand on a quelque chose à cacher, eh bien mon cher ami, on le cache !
    Hier un abandon obscur des poursuites contre des mafieux et aujourd'hui, un voile sur les conditions et les résultats des déversements sales dans les cours d'eau du Québec.
    Le comportement du gouvernement Couillard est celui de la terre brulée : il faut tout faire disparaître ce qui pourrait servir à l'adversaire.
    Quel adversaire, demandez-vous ?
    Mais voyons bonnes gens, non pas les opposants politiques qui se regroupent sous un parti, mais les Québécois eux-mêmes pris dans leur ensemble.

    Le gouvernement Couillard est devenu depuis longtemps un cancer pour nous puisqu'il étale ses ramifications partout où ses mesures individualistes ou son inaction collective, empoisonnés, font plaisir à X ou à Y qui y trouvent leur compte personnel.
    C'est la raison pour laquelle plus nous attendons pour nous en débarasser, plus les dommages sur le Québec et notre peuple seront sévères...

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 22 mars 2017 10 h 34

      Le gouvernement Couillard est écologiquement aussi digne que Donald Trump.