Les États-Unis cesseraient de financer la restauration des Grands Lacs

En 2014, la ville de Toledo, en Ohio, qui borde le lac Érié, a été en bonne partie privée d’eau potable en raison de la présence de cyanobactéries.
Photo: Eric Albrecht / The Columbus Dispatch / Associated Press En 2014, la ville de Toledo, en Ohio, qui borde le lac Érié, a été en bonne partie privée d’eau potable en raison de la présence de cyanobactéries.

Le président américain, Donald Trump, s’apprêterait à éliminer la quasi-totalité du principal budget consacré à la restauration des Grands Lacs. Une situation qui soulève de vives critiques des deux côtés de la frontière, alors que plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer les compressions imposées à ce programme conçu pour améliorer la santé du plus important système d’eau douce de surface de la planète. 

Avant qu’il soit élu, M. Trump répondait à toutes les questions à caractère environnemental en promettant de protéger « la qualité de l’air et de l’eau ». Or, les prévisions budgétaires qui circulent présentement indiquent que les compressions imposées à l’Agence de protection de l’environnement se traduiront par une réduction draconienne du budget de l’Initiative de restauration des Grands Lacs. Son financement annuel passerait ainsi de 300 millions à 10 millions, soit une compression de près de 97 %.

Cette quasi-élimination de l’enveloppe provenant du gouvernement américain fait craindre le pire pour la suite de ce programme implanté en 2010 afin d’améliorer la qualité de l’eau des cinq vastes lacs. Cette initiative est « la source majeure de subventions pour la protection et la restauration des Grands Lacs », rappelle d’ailleurs un document interne d’information produit par l’Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent, obtenu par Le Devoir.

En six ans, le programme a déjà injecté un peu plus de deux milliards de dollars dans différents projets, et son financement avait même été prolongé de cinq ans en décembre dernier, à raison de 300 millions de dollars par année. Le hic, c’est que l’attribution des fonds publics doit être approuvée chaque année par le Congrès, contrôlé par les républicains.

« Les fonds de l’initiative sont utilisés pour la lutte contre les espèces envahissantes (carpes asiatiques et plusieurs autres), l’assainissement de secteurs particulièrement pollués, la réduction de l’écoulement des éléments nutritifs responsables des efflorescences algales et de la contamination de l’eau potable, la restauration et la protection des habitats et des milieux humides », précise le document de l’Alliance, qui évoque « d’importantes inquiétudes » dans la région des Grands Lacs, un écosystème de plus de 245 000 km2.

Eau et carpe

La fin de l’essentiel du financement signifierait en effet l’abandon de plusieurs mesures mises en place pour lutter contre la propagation de plus en plus problématique de la carpe asiatique, une espèce qui a fait des ravages dans les cours d’eau américains. D’autres programmes destinés à la lutte contre les cyanobactéries (toxiques pour les sources d’eau potable) ou à la réduction des rejets polluants des villes riveraines passeraient carrément à la trappe.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, qui préside l’Alliance, a abordé le sujet avec ses homologues lundi dans le cadre d’une conférence internationale qui réunissait plusieurs maires lundi à Chicago. Selon ce qu’a fait valoir M. Coderre en soirée, les Villes ont parlé d’une seule voix « pour réaffirmer que ce programme est essentiel et que ces compressions sont totalement inacceptables ». Les maires demandent donc au président Trump de « reculer » et d’abandonner des compressions qui seraient « dévastatrices » pour l’assainissement des Grands Lacs, un système qui draine 18 % des réserves mondiales d’eau douce.

Les maires ne sont pas seuls, puisque 12 sénateurs américains ont aussi envoyé vendredi une lettre au nouveau patron de l’Agence de protection de l’environnement, Scott Pruitt. Ces élus, dont un républicain, exigent le plein financement de l’Initiative de restauration. Ils rappellent dans leur missive que les Grands Lacs fournissent de l’eau potable à plus de 40 millions de personnes, qu’ils « contribuent au maintien de centaines de milliers d’emplois » et qu’ils soutiennent une industrie touristique dont les retombées annuelles dépassent les 10 milliards de dollars.

Impacts canadiens

Professeure à Polytechnique et spécialiste des questions d’eau potable, Sarah Dorner estime que les reculs en matière d’assainissement des eaux pourraient avoir des conséquences humaines et économiques importantes. Elle souligne d’ailleurs que, dans certains secteurs, notamment dans le lac Érié et le lac Ontario, la présence importante des cyanobactéries constitue déjà une réelle menace pour la qualité de l’eau.

Dans ce contexte, il est selon elle essentiel de maintenir les efforts entrepris depuis 2010. « Les problèmes existent, il faut donc les régler, sinon on risque de se retrouver avec des problèmes et des coûts très élevés. » Mme Dorner cite en exemple le cas de la ville de Toledo, en Ohio, située sur les rives du lac Érié. En 2014, la ville a été en bonne partie privée d’eau potable, en raison de la présence de cyanobactéries.

Selon la Coalition Eau Secours, les compressions imposées par le gouvernement Trump risquent par ailleurs d’avoir des impacts au Canada, alors que près de 10 millions de citoyens puisent leur eau directement dans le bassin versant des Grands Lacs. C’est notamment le cas de municipalités de la région de Montréal.

6 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 14 mars 2017 09 h 24

    Grands Lacs et grandes lacunes

    Lacune: 1. Espace vide à l'intérieur d'un corps. (Petit Larousse)

    Chez le sieur Trump et selon de plus en plus nombreux observateurs profanes et spécialistes de la chose, la principale lacune se trouverait directement sous la capote jaune variable lui faisant office de chevelure. L'autre, de grande importance itou, se situerait quelque part où on devrait normalement trouver un coeur. Non seulement l'homme manque-t-il de connaisances et de bon jugement mais, en sus, il manque de sentiment qui pourrait l'amener à prendre des décisions mieux éclairées

    Lacune: 3. Ce qui manque pour compléter une chose; défaillance, insuffisance.

    Là, ça, c'est vraiment en regard des Grands Lacs comme tel. De l'argent, beaucoup d'argent, et des gestes concrets visant l'assainissement des eaux et de tout le biotope de cet impressionnant réservoir d'eau douce nécessaire au maintien de la vie d'un immense écosystème et à l'approvisionnement en eau potable pour une grande population et ses animaux d'élevage.

    Lacune: 2. Interruption dans un texte.

    Les mots finissent par nous manquer pour dénoncer ces aberrations qui se succèdent à un rythme effréné depuis l'arrivée de ce triste sire sur la scène politique américaine et mondiale, par voie de conséquence.

  • Daniel Bérubé - Abonné 14 mars 2017 10 h 51

    Un jour...

    le rêve Américain sera: avoir de l'eau potable en son pays...
    rêve quelque peu différent de celui des années '60...

    Nous prenons conscience de l'importance de l'électricité quand nous n'en avons plus... il en sera sans doute pareil pour l'eau.

  • Micheline Gagnon - Abonnée 14 mars 2017 11 h 24

    L'eau du fleuve Saint-Laurent...

    ... vient des Grands-Lacs. Alors, toutes les villes le long du fleuve subiront les conséquences de cette décision de Trump.

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 14 mars 2017 12 h 40

      Micheline Gagnon

      la responsabilité du fleuve Saint-Laurent revient aussi en partie aux Québécois.
      Vous vous souvenez du "flushgate" de Coderre?

    • Daniel Bérubé - Abonné 14 mars 2017 13 h 42

      Je serais fortement surpris que "toutes" les villes y puisent leurs eaux, comme Montréal et Québec en partie je crois. Mais comme Rimouski et autres, les belles terres agricoles et nappes phréatique sont disponible beaucoup plus facilement qu'à Montréal, et... j'imagine que Montréal "viderait" une nappe d'eau sous le sol en peu de temps, car ces dernières sont toujours limité en nombre et en réserve d'eau contenue... une simple petite ville comme Rimouski en a plusieurs, alors Montréal...

      Mais chose certaine, si la qualité diminue dans les grands lacs, elle sera diminuée dans le fleuve aussi, et malheureusement, ce n'est pas ce qui dérangera la carpe envahissante arrivé chez nous... elle en a vu d'autres en Indes, ce qui fait sans doute sa résistance si grande face aux pollutions humaines.

  • Andrée Le Blanc - Abonnée 15 mars 2017 19 h 02

    Une longue série nous attend...

    Voici qui se poursuit une longue série de décisions à courte vue, irrationnelles et suicidaires à quelque part. L'humanité fait des choix qui accélère sa course vers sa perte. Je n'en reviens pas.