L'utilité des pesticides déboulonnée

Il est temps d’amorcer une transition vers «une production alimentaire et agricole plus saine», concluent les auteurs du rapport.
Photo: Matthew Thayer Archives AP/The Maui News Il est temps d’amorcer une transition vers «une production alimentaire et agricole plus saine», concluent les auteurs du rapport.

Alors que l’industrie des pesticides affirme que ses produits sont essentiels pour assurer la sécurité alimentaire d’une population mondiale en pleine croissance, un nouveau rapport de l’ONU conclut qu’il s’agit carrément d’un mythe. Qui plus est, ces produits toxiques posent des risques majeurs pour la santé et l’environnement.

Le rapport présenté ce mercredi au Conseil des droits de l’Homme des Nations unies critique sévèrement le recours à grande échelle aux pesticides dans toutes les régions du monde, au nom de la productivité de l’agriculture industrielle.

Les auteurs accusent directement la puissante industrie qui commercialise ces produits de nier systématiquement les risques et les impacts des pesticides pour la santé humaine et l’environnement. Les multinationales auraient aussi recours à des stratégies de marketing « non éthiques et agressives », en plus de mener d’intenses campagnes de lobbying auprès des gouvernements dans le but de « bloquer » les réformes et les restrictions sur l’utilisation des pesticides.

Décès prématurés

Pourtant, souligne le rapport, les pesticides ont « des impacts catastrophiques sur l’environnement, la santé humaine et la société ». Ils provoqueraient, chaque année, la mort de plus de 200 000 personnes, selon les conclusions des experts de l’ONU. La quasi-totalité de ces décès surviendrait dans les pays en développement, « où les réglementations dans le domaine de la santé, de la sécurité et de l’environnement sont plus souples et appliquées moins rigoureusement ».

L’utilisation de plus de pesticides n’a rien à voir avec la réduction de la faim [dans le monde]

 

Il est temps, concluent les auteurs du rapport, d’amorcer une transition vers « une production alimentaire et agricole plus saine ». En clair, sortir du paradigme de la seule agriculture industrielle intensive, grande consommatrice de pesticides. Plusieurs pays, sous la pression d’intérêts économiques, se sont en effet détournés de l’agriculture destinée à l’alimentation des populations locales pour prendre le virage de la grande industrie destinée à l’exportation.

Mythe industriel

L’ONU s’attaque du même coup aux prétentions de l’industrie, qui affirme couramment que ses produits sont essentiels pour assurer la sécurité alimentaire pour la population mondiale, dans un contexte où celle-ci doit dépasser les neuf milliards d’êtres humains en 2050.

« C’est un mythe, laisse tomber Hilal Elver, rapporteuse spéciale pour le droit à l’alimentation. L’utilisation de plus de pesticides n’a rien à voir avec la réduction de la faim [dans le monde]. Selon la FAO, nous pourrions nourrir neuf milliards de personnes aujourd’hui. La production augmente, mais le problème demeure la pauvreté, les inégalités et la distribution. »

Selon Mme Elver, le recours à plusieurs pesticides est dû à des cultures qui ne servent pas directement à nourrir l’humanité. C’est le cas par exemple de l’huile de palme, une culture qui contribue par ailleurs à la déforestation, notamment en Asie. « Les entreprises [du secteur des pesticides] ne travaillent pas pour la réduction de la faim, elles travaillent pour une croissance de l’activité agricole à grande échelle », insiste Mme Elver.

Ce rapport particulièrement sévère fait écho à de nombreuses critiques formulées au fil des ans par les groupes environnementaux et les écologistes. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la présence accrue des pesticides serait responsable de divers problèmes chroniques de santé, mais aussi de plusieurs milliers de décès prématurés chaque année.

Flou au Québec

Au Québec, le commissaire au développement durable concluait en juin dernier que le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) ne fait pas de suivi adéquat de l’utilisation des pesticides dans la province.

« Le MDDELCC n’a pas de portrait complet de l’utilisation des pesticides pour le milieu agricole, ce qui limite la précision de son calcul des indicateurs de risque pour la santé et l’environnement », soulignait ainsi le commissaire Jean Cinq-Mars.

Le gouvernement du Québec avait pourtant promis en 2011 de réduire le recours aux pesticides de 25 %, et ce, d’ici 2021. En 1992, le gouvernement avait aussi promis de réduire leur présence de 50 % avant 2002. Chaque fois, ce fut un échec, puisque les pesticides ont connu une hausse marquée au cours des années.

10 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 8 mars 2017 14 h 54

    On une belle occasion

    Ne la laissons pas tomber.

    Mais si les gens chargés de faire un suivi ne le font pas... Faut d'abord savoir pourquoi?

    Et ensuite, agir!

  • Daniel Bérubé - Abonné 8 mars 2017 16 h 05

    Je serais curieux de savoir...

    combien d'argent Monsanto a versé à des partis politiques dans tout les pays, afin de supporter les politiques néolibérales...

    • Danielle Houle - Abonnée 8 mars 2017 16 h 10

      Énormément!!!

    • Daniel Cyr - Abonné 9 mars 2017 08 h 12

      "Je serais curieux de savoir" moi aussi combien y a t'il de lobbistes au delà de Monsanto, qui forcent les gouvernements comme le nôtre à ne pas toucher au modèle industrialo-agricole actuel, sinon de dérèglementer toujours plus à son avantage! Il y en a un gros ici même au Québec, je vous laisse le loisir de trouver lequel. Il ne tolère pas beaucoup la contestation!

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 8 mars 2017 20 h 51

    Il y a quelques années (2008 je crois), Marie-Monique Robin a publié un livre choc: Le monde selon Monsanto. Après la lecture de ce livre d'enquête, vous ne verrez plus jamais - au grand jamais - les pesticides ou les OGM de la même manière. Le présent article ne représente qu'une goutte dans cet océan extrêmement malsain engendré surtout par Monsanto. Ça donne un peu la nausée, mais il faut être au courant de ces choses.

    • Alexandre Thibodeau - Abonné 9 mars 2017 15 h 41

      À lire absolument: son livre "Notre poison quotidien".

  • René Pigeon - Abonné 9 mars 2017 10 h 45

    huile de palme pour les savons, biodiésel et cosmétiques ; coton vs rayonne de bois ; cellulose vs films de plastique transparents

    L’huile de palme sert à la fabrication de savons, de biodiésel pour remplacer le pétrodiésel, les cosmétiques.

    Le coton sert à la confection de vêtements de courte et de longue durée de vie. Les vêtements de coton peuvent être fabriqués en rayonne (parfois désignée sous la marque de commerce Viscose™) fabriquée à partir de certains arbres. Une usine de pâte et papier en Outaouais a été convertie à cette fin mais a suspendu sa production en attendant que le marché chinois soit rouvert à l’importation de pâtes de rayonne.

    Les films de cellulose remplacent les films de plastique transparents pour les enveloppes postales.

  • Yvon Pesant - Abonné 9 mars 2017 11 h 03

    Le poison

    Mes oncles, jardiniers maraîchers à l'Abord-à-Plouffe de naguère, avaient pour habitude de dire qu'ils utilisaient du poison pour venir à bout des insectes et autres bibittes qui s'attaquaient sans gène à leurs cultures de légumes et petits fruits. Ils avaient bien raison en cette fin d'années '50 tout début des années '60. Du poison!

    Ce qu'ils savaient moins voire pas du tout, en ces temps glorieux de l'agriculture lavalloise, c'est que, et pour beaucoup, le poison de ces ingrédients aujourd'hui qualifiés de "produits phytosanitaires" était également pour eux qui les manipulaient sans trop de précaution et pour les consommateurs de leurs récoltes provenant de cette terre si généreuse aujourd'hui couverte de maisons.

    Insecticides, fongicides, herbicides, etc., s'avèrent tous être des biocides. Des tueurs de vie. Une sérieuse réflexion mondiale s'impose en effet quant à leur utilisation à toutes les sauces.

    Hier encore, le glyphosate du RoundUp de Monsanto était réputé être inoffensif pour l'humain et complètement non résiduel dans la nature à titre de produit écosystémique. Aujourd'hui, alors qu'on le retrouve partout, dans la terre, dans l'eau, dans l'air et jusque dans nos propres cellules, paraît-il, on le déclare cancérogène, potentiellement inducteur de cancer chez l'humain.

    Sacré Monsanto, va! Merci pour le cadeau empoisonné!